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Qui ose critiquer la pensée dominante? Par Andreas Höfert

Qui ose critiquer la pensée dominante? Par Andreas Höfert

Les experts débattent-ils vraiment? Si l’on cherche vraiment une pensée originale et critique à l’égard des politiques menées par les banques centrales, les gouvernements et les institutions internationales, il faut se rabattre sur des penseurs hétérodoxes

L’élection française est derrière nous avec son lot de débats étranges (viande halal, permis de conduire, droit des policiers à l’autodéfense). L’élection américaine est devant nous et nous aurons sans doute droit à d’autres débats tout aussi bizarres. N’y aurait-il donc plus de débat réellement important? Et qui pour débattre de questions telles que: l’austérité ou la croissance, les conséquences à long terme d’une expansion monétaire sans précédent en temps de paix, la forme du système de change post-crise.

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07/05/2012 Publié par | Mon Banquier est Central, Behaviorisme et Finance Comportementale, Monétarisme, Idées Courtes, Idées Fausses, Commentaire de Marché, Le Temps, Libéralisme | , , , , , | 4 Commentaires

Le marché obligataire aurait toujours raison. Toujours? par Andreas Höfert

Le marché obligataire aurait toujours raison. Toujours? par Andreas Höfert

Il pousse actuellement les taux d’intérêts à la hausse. Mais ses motivations semblent fort contestables.

Les marchés des emprunts d’Etat sont restés pessimistes lors de la spectaculaire montée des marchés d’actions ces trois derniers mois. Cependant, il y a deux semaines, les taux d’intérêts du Trésor américain ont enfin amorcé un rebond. Celui-ci n’indique toutefois pas nécessairement une amélioration des fondamentaux économiques. Beaucoup doivent regretter d’être restés en marge du récent rally boursier. Néanmoins, il y avait peu d’arguments valables pour persuader les investisseurs prudents d’entrer sur le marché. Trois éléments me semblaient notamment douteux.

Tout d’abord, la hausse spectaculaire s’est faite sur des volumes de transactions relativement faibles: environ 25% de moins que la moyenne sur deux ans du S&P 500. Les analystes techniques en concluent que le marché n’est pas assis sur des bases solides.

Deuxièmement, toutes les catégories d’actifs ont évolué de façon synchrone. En janvier et février, les actions ont rebondi, à l’instar des obligations, de l’or, du pétrole et d’autres véhicules de placement. Difficile dès lors de trouver cette année un investisseur mécontent. Lorsque tous les actifs évoluent ainsi, cela signifie en général qu’un torrent de nouvelles liquidités a été déversé sur les marchés. Et c’est bien le cas ici. Par ses opérations de refinancement à long terme, la Banque centrale européenne a injecté plus de mille milliards d’euros. Le 3e programme d’assouplissement quantitatif de la Banque d’Angleterre portait sur 50 milliards de livres sterling et, à présent, même la Banque du Japon a recours aux mesures non conventionnelles.

Enfin et surtout, les rendements des titres du Trésor américain étaient très faibles jusqu’il y a deux semaines, signe que les participants au marché obligataire se méfiaient de cette euphorie. Des taux des bons du Trésor à 10 ans inférieurs à 2% sont généralement un marqueur d’économie faible, voire en récession. Il y a deux semaines cependant, les taux ont soudainement commencé à remonter. Après une hausse de 0,4%, les rendements des bons du Trésor à 10 ans ont retrouvé leur niveau d’octobre 2011. Normalement, la règle boursière veut que le marché des emprunts d’Etat, bien que plus pessimiste de nature, ait toujours raison, alors que le marché des actions est plus prompt à céder aux euphories. Du coup, on peut se demander, si cette brusque hausse des taux est due au fait que le marché obligataire avait tort et que donc, pour une fois, c’est le marché des actions qui avait vu juste.

Pourquoi pas? Après tout, ce serait une bonne nouvelle si les taux des emprunts d’Etat reflétaient un retour à la normale aux Etats-Unis. Mais d’autres explications plausibles sont moins réjouissantes. Tout d’abord, le mythe de l’inflation zéro aux Etats-Unis a une fois de plus connu des accrocs: ces deux derniers mois, l’inflation sous-jacente s’y est avérée plus forte que prévu. Tout comme le prix du pétrole, qui reste élevé.

Autre possibilité: les marchés doutent de la volonté des Etats-Unis à résorber la dette publique. Le président Obama a récemment prolongé d’un an la baisse des prélèvements sur les salaires, une mesure évaluée à près de 150 milliards de dollars. 2012 s’annonce comme une autre année perdue pour la dette, un problème que personne ne voudra sérieusement prendre en main à l’approche de l’élection présidentielle. Entre-temps, la Chine et le Japon voient leurs excédents commerciaux fondre et sont donc moins enclins – voire moins capables – de financer les Etats-Unis à de si faibles rendements.

Le marché obligataire a sans doute raison de pousser les taux d’intérêts à la hausse. Malheureusement, à mon avis, ses motivations ne sont pas celles que les participants au marché des actions aimeraient croire.

Andreas Höfert Economiste en chef d’UBS mars12

28/03/2012 Publié par | Agefi, Commentaire de Marché, Formation a la gestion de portefeuille, Marché Obligataire, Marchés Financiers et Boursiers Actions | , , | 2 Commentaires

Démystifier la mythologie grecque par Andreas Hofert

Démystifier la mythologie grecque par Andreas Hofert

 La crise de la dette européenne est devenue si complexe que nous préférons croire en des illusions réconfortantes plutôt que regarder la réalité.

Voyageant en Allemagne la semaine passée, j’ai été abasourdi par la classe politique de ce pays: un ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, à la limite de la schizophrénie réclamant la sortie de la Grèce de la zone euro tout en votant avec ses collègues le nouveau plan de sauvetage du pays. Un ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, d’une candeur frisant la naïveté, avouant qu’il y aurait encore d’autres plans de sauvetage de la Grèce avant même que le plan actuel soit voté. Une chancelière, qui a besoin des voix de l’opposition pour faire passer le texte. Des parlementaires recevant les 726 pages du plan, en anglais, à peine deux heures avant le vote!

Je n’ai que rarement été témoin d’un décalage aussi flagrant entre les paroles et la pensée de responsables politiques. Ces derniers semblent se rabattre sur des fictions bien pratiques pour donner l’impression que la situation est sous contrôle. Il faut pourtant savoir démystifier ces mythes si nous voulons trouver une solution durable à la crise de l’euro. Commençons par les quelques affirmations qui suivent.

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08/03/2012 Publié par | Agefi, Changes et Devises, Commentaire de Marché, Europe, L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous, Marché Obligataire, Mon Banquier est Central, Trappe à Dettes | | Laisser un commentaire

Les économistes piégés par le raisonnement de groupe par Andreas Höfert

Les économistes piégés par le raisonnement de groupe par Andreas Höfert

L’unanimité franche confirme le manque légendaire de curiosité et d’humilité de la profession.

L’un de mes plus mauvais souvenirs en tant qu’économiste, a été le jour où l’on m’a raconté l’anecdote suivante: le 5 novembre 2008, alors qu’elle inaugurait un nouveau bâtiment de la London School of Economics, la reine Elizabeth II a demandé aux professeurs présents: «Pourquoi personne ne l’a vue venir?» Elle faisait bien évidemment allusion à la crise financière, alors à son paroxysme.

En voilà une critique cinglante à l’adresse d’une profession supposée «scientifique» mais complètement prise au dépourvu! Depuis, de nombreux économistes ont tenté de répondre à ca dérangeante question de Sa Majesté confirmant l’adage: nous arrivons toujours à expliquer demain pourquoi nos prévisions d’hier sont fausses aujourd’hui. Une des excuses les plus illustres remises à la reine par un groupe d’économistes britanniques particulièrement réputés m’a tout spécialement plu: «Pour résumer, Votre Majesté, l’incapacité à prévoir le moment, l’étendue et la gravité de la crise et, en conséquence, à y faire face, bien qu’elle ait de nombreuses causes, est essentiellement due à l’incapacité de l’imagination collective de notre profession, tant dans notre pays que dans le monde, à comprendre les risques qui menaçaient l’ensemble du système.»

Une «incapacité de l’imagination collective de notre profession», quelle belle excuse! Où donc est la science là-dedans? Jusqu’en 2007-2008, bon nombre d’entre nous, économistes, même les plus éminents, étaient prisonniers de modèles, de concepts et d’autres pensées de groupe rendant un scénario de crise financière inconcevable. Une grande partie d’entre nous le sont toujours.

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29/02/2012 Publié par | Agefi, Behaviorisme et Finance Comportementale, Changes et Devises, Commentaire de Marché, Etats-Unis, Gold et Métaux Précieux, l'hérésie keynésienne, Mon Banquier est Central | , | 4 Commentaires

LTRO efficace mais pas magique par Andreas Höfert

LTRO efficace mais pas magique par Andreas Höfert

L’impact à long terme des opérations de refinancement à long terme de la BCE pourrait être extrêmement négatif.

La confiance est revenue sur les marchés depuis la fin 2011, notamment grâce aux opérations de refinancement à long terme (LTRO) de la Banque centrale européenne (BCE). En décembre 2011, cette dernière a prêté aux banques européennes 489 milliards d’euros, sur trois ans, au taux de 1%. Les LTRO comme initiative majeure pour endiguer la crise ont pourtant connu un début laborieux. Plus de 90% des fonds empruntés ont d’abord été replacés auprès de la BCE et rémunérés à 0,25%. Le secteur bancaire européen perdait donc 0,75% sur une large part des prêts obtenus via les LTRO. C’est dire à quel point les établissements financiers européens avaient fin 2011 des problèmes de liquidités. Depuis, il y a eu cependant une montée en puissance des LTRO et les tensions sur les marchés du crédit souverain et des prêts interbancaires se sont atténuées.

En plus des problèmes de liquidités, trois autres facteurs ont justifié le recours aux LTRO: la solvabilité précaire des banques européennes, la contagion géographique de la crise de la dette souveraine et le resserrement du crédit. Cependant, alors que le problème de liquidités a été résolu, il n’en est pas de même des trois autres.

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22/02/2012 Publié par | Agefi, Commentaire de Marché, crédit crunch, Europe, Marché Obligataire, Mon Banquier est Central, Normes Comptables et Règles Prudentielles, Trappe à Dettes | , | 1 Commentaire

La BCE manœuvre pour éviter des pertes sur les obligations grecques

La BCE manœuvre pour éviter des pertes sur les obligations grecques

L’institution a toujours refusé une décote, assimilée au financement illégal de l’Etat. Elle serait en train de réaliser des échanges de titres

«La Banque centrale européenne cherche à quitter le navire avant qu’il ne coule.» C’est de cette manière qu’Andreas Höfert, chef économiste d’UBS, analyse les récentes rumeurs entourant la BCE.

Cette dernière aurait fait voter ses gouverneurs jeudi sur la possibilité d’une opération d’échange des obligations grecques qu’elle détient contre de nouveaux titres, selon l’AFP, qui citait vendredi une «source proche du dossier». Objet de rumeurs depuis jeudi, relayées par Die Welt, l’opération – ou son éventualité – n’a suscité aucun commentaire de l’institution. Selon le quotidien allemand, la BCE et les banques centrales de l’eurosystème échangeraient l’équivalent de 50 milliards d’euros (60,4 milliards de francs) d’emprunts grecs selon leur valeur nominale. En réalité, l’institution les a acquis aux prix du marché, c’est-à-dire à une valeur moindre que la valeur nominale.

Ne sont concernées par cet échange que les obligations acquises sous le programme baptisé SMP, qui a vu la BCE racheter, à partir de mai 2010 sur le marché secondaire, des titres grecs, aujourd’hui détenus par toutes les Banques centrales de la région au prorata de leur capital au sein de la BCE. Leur montant est estimé à une cinquantaine de milliards d’euros. Elles seront échangées contre de nouvelles obligations grecques de valeur faciale identique. La Banque centrale européenne et ses composantes nationales devraient, donc d’ici à la fin du week-end, échanger les obligations grecques en leur possession qui ont été rachetées à bas prix sur les marchés depuis mai 2010.

Outre la préservation des intérêts de la BCE, l’opération en cours pourrait permettre de faire un geste en direction d’Athènes. Comme elle avait, dans le cadre du SMP, racheté les titres à moindre prix que leur valeur nominale — la décote estimée est de 20 % à 30 % —, la BCE dégagera potentiellement des plus-values. L’idée est que ces gains reviennent sous une forme ou une autre à la Grèce. Selon un scénario évoqué, la BCE pourrait transférer au fonds de secours européen ses obligations grecques au prix de leur achat, ce qui signifierait une ristourne de 11 à 12 milliards d’euros qui pourrait bénéficier à Athènes.

C’est ce qu’avait suggéré la semaine dernière le président de la BCE, Mario Draghi : la redistribution de ces plus-values aux Etats de la zone euro, en utilisant leur participation au capital de l’institution comme clé de répartition, est le seul moyen pour la BCE de faire un geste en direction d’Athènes sans contrevenir à l’interdiction de financer directement les Etats.

Autre possibilité en discussion, la BCE pourrait vendre ses dettes grecques au Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui encaisserait les pertes

Pour Andreas Höfert, l’attitude de la banque centrale n’a rien d’irresponsable. «D’autres institutions procéderaient peut-être différemment, mais elle a toujours prévenu qu’elle refuserait d’encaisser des pertes et elle agit selon son mandat, qui lui interdit de financer des Etats», explique-t-il. L’expert reconnaît que la manœuvre de la BCE, qui obtiendrait de meilleures conditions, pourrait agacer quelque peu les créanciers privés qui négocient une décote – probablement de 70% – des obligations grecques qu’ils détiennent afin d’effacer une partie de l’ardoise d’Athènes. C’est d’ailleurs bien la crainte que l’on peut prêter à Jens Weidmann, si celui-ci a bien, comme l’affirme la source de l’AFP, voté contre le projet. Le président de la Bundesbank se serait inquiété de «plaintes des créanciers privés» de la Grèce, contraints, eux, d’essuyer une perte. Cela pourrait entraîner une méfiance des investisseurs envers la zone euro, par crainte qu’une telle initiative ne soit aussi prise pour les autres obligations en possession de la BCE, aurait-il prévenu.

Accord en vue sur une décote des titres détenus par des banques centrales

En parallèle la Banque centrale européenne envisagerait de permettre aux obligations grecques détenues par les banques centrales de la zone euro de subir des décotes similaires à celles consenties par les investisseurs privés, ont indiqué à l’agence Reuters des sources au sein de ces banques vendredi 17 février. Celles-ci détiennent quelque 20 milliards d’euros de titres grecs dans leurs portefeuilles d’investissement. Ils sont distincts des 40 milliards d’euros de dette acquis par la BCE dans le cadre de son programme de rachat de titres lancé en mai 2010. 

Les chances de voir une telle décote appliquée sont de 50 %, a ajouté l’une des sources, précisant que la question, en discussions au sein de la BCE, devait être tranchée avant un accord définitif avec le secteur privé sur la restructuration de la dette grecque, dont la conclusion est attendue pour début de la semaine prochaine. 

Si les banques centrales consentaient à subir des pertes sur leurs titres grecs, cela apporterait à la Grèce des fonds immédiatement disponibles, qui s’ajouteraient aux 12-15 milliards d’euros de plus-values réalisées par la BCE sur ses titres de dette grecque et que cette dernière propose de rétrocéder indirectement à Athènes.

 source afp/reuters/le temps fev12

18/02/2012 Publié par | Art de la guerre monétaire et économique, Der Spiegel, Financial Times, Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette, L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous, Le Graphique du Jour, Le Temps, Marché Obligataire, Mon Banquier est Central, Reuters, Trappe à Dettes | , | 5 Commentaires

L’optimisme, le pessimisme et le paradoxe du contrarien par Andreas Höfert

L’optimisme, le pessimisme et le paradoxe du contrarien parAndreas Höfert

L’approche tendanciellement négative se révèle en général être une stratégie dominante pour un prévisionniste.

Mes collègues et amis s’en plaignent bien souvent. Je suis un pessimiste invétéré. Un ouvrage de Cioran trône toujours sur ma table de nuit. «Espérer, c’est démentir l’avenir», comme l’exprime si bien le penseur roumain. Néanmoins, je ne suis pas le seul économiste pessimiste. Bien au contraire, depuis Malthus au moins, le pessimisme est un trait de notre métier. La science économique se définit comme science lugubre, car elle cherche à réconcilier l’infini des envies avec la limitation des ressources, entreprise vouée par définition à l’échec ou, tout au moins, source permanente de conflits. 

Ce pessimisme professionnel a cependant un avantage. Il permet de compenser ce que l’on nomme en finance comportementale le «biais optimiste», c’est-à-dire la tendance systématique qu’ont les êtres humains à surestimer les issues positives et à sous-estimer les issues négatives dans le futur.

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31/01/2012 Publié par | Behaviorisme et Finance Comportementale, Commentaire de Marché, Formation a la gestion de portefeuille, Hedge Funds, Private Equity..., Idées Courtes, Idées Fausses, Marchés Financiers et Boursiers Actions | | Laisser un commentaire

Pourquoi je n’aime pas le dollar Par Andreas Höfert

Pourquoi je n’aime pas le dollar Par Andreas Höfert

Choisir entre l’euro et le dollar revient à choisir entre la peste et le choléra. La monnaie européenne continue à être menacée dans son existence, naviguant à vue entre les sommets de la dernière chance, les plans définitifs dévoilés aux petites heures matinales, les salades d’acronymes (ESM, EFSF, etc.) et les dégradations à répétition. C’est pour cela que les investisseurs se ruent à présent sur le bon vieux «greenback», croyant en la magie de la Réserve fédérale américaine.

Les mythes ont la vie dure, mais ils sont parfois rattrapés par la réalité. Celle-ci ne plaide pas forcément en faveur du dollar. En effet, comme la loi l’y oblige, la Réserve fédérale vient de publier cinq ans après les faits, les transcriptions de ses meetings de 2006.

La lecture de ces procès-verbaux donne le vertige. Alors que, en 2006, bon nombre d’économistes commençaient à s’inquiéter de l’évolution des prix de l’immobilier américain et des conséquences d’une explosion de la bulle, pour la Fed tout allait bien. Merci d’avoir posé la question.

Le 31 janvier 2006, lors de l’ultime meeting qu’il préside, Alan Greenspan est qualifié par un de ses collègues de «Yoda de la politique monétaire» autant pour sa sagesse que sans doute pour son langage nébuleux. L’actuel secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, à l’époque vice-président de la Fed, poursuit les louanges en pastichant la légendaire logorrhée de Greenspan: «Le risque que nous constations à l’avenir que vous êtes encore meilleur que nous le pensons est plus grand que l’inverse.»

Le 27 mars 2006, lors du premier meeting avec le nouveau président de la Fed, Ben Bernanke, ce dernier affirme: «Il est peu probable que nous voyions la croissance dérailler à cause du marché immobilier.» Affirmation peu ou prou reprise lors du dernier meeting de 2006: «Il y a des signes encourageants que la demande de maisons s’est stabilisée…»

C’est avec une certaine impatience que les historiens attendent maintenant les transcriptions de 2007, l’année où tout a définitivement basculé. Il n’empêche que la plupart des acteurs de 2006, et notamment Ben Bernanke et Timothy Geithner, sont toujours aux commandes et nous affirment à présent avec force que le triplement de la masse monétaire américaine depuis 2008 est sous contrôle. Nous voudrions tellement les croire.

Je n’aime pas le dollar et je crains pour l’euro. Que me reste-il donc? Pas grand-chose. Et je suis de plus en plus enclin à suivre certains de mes collègues économistes de l’école autrichienne qui pensent que nous vivons les dernières années folles de l’expérimentation commencée en 1972 avec la monnaie fiduciaire. Le bouquet final, dans quelques années sera une inflation non maîtrisée avant le retour de l’étalon-or et la disparition des banquiers centraux considérés comme des demi-dieux.

Andreas Höfert  Chef économiste, UBS/ LE Temps janv12

24/01/2012 Publié par | Behaviorisme et Finance Comportementale, Changes et Devises, Etats-Unis, Gold et Métaux Précieux, Immobilier, Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette, Le Temps, Mon Banquier est Central | | 2 Commentaires

Répression Fiscale en marche : Les nations déficitaires et surendettées n’auront pas vraiment d’échappatoire par Andreas Höfert

Répression Fiscale en marche :  Les nations déficitaires et surendettées n’auront pas vraiment d’échappatoire par Andreas Höfert

Le mauvais état actuel des finances de nombreux pays est le signe précurseur d’une répression fiscale accrue.

 

Lors d’une présentation sur les perspectives économiques à Hambourg il y a environ deux ans, j’ai insisté sur le risque de forte inflation à moyen terme qu’allaient engendrer la création massive de monnaie et la monétisation de la dette publique aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et, indirectement aussi, en Europe. Puis, j’en suis arrivé à parler d’hyperinflation. Interrogé sur la manière de se protéger contre un tel scénario, j’ai donné les pistes les plus évidentes: l’or, l’immobilier et tout ce qui est lié aux actifs «physiques».

Après cette présentation un monsieur d’un certain âge m’a abordé: «Je ne suis pas d’accord avec vos derniers propos sur les investissements à faire en période d’hyperinflation. Mes grands-parents ont bien surmonté l’hyperinflation allemande du début des années 1920 parce qu’ils possédaient des biens immobiliers de première qualité ici, à Hambourg, ainsi qu’à Berlin. Mais quand l’hyperinflation a pris fin, le gouvernement allemand avait toujours besoin d’argent. Il a alors introduit des taxes prohibitives, et même confiscatoires, sur l’immobilier, et mes grands-parents ont perdu la moitié de leur fortune.»

Ce témoignage m’a fait réfléchir. Les problèmes actuels des pays développés ne se limitent pas aux effets des politiques monétaires ultra-expansives et potentiellement inflationnistes. Les Etats sont confrontés à une difficulté bien plus profonde (à laquelle l’inflation apporte une solution): le manque de financement pour leurs dépenses à venir. Formulé de manière plus simple: les Etats ont besoin d’argent et feront tout pour en trouver. Aucun actif financier n’est vraiment sûr dans une telle situation.

Lorsqu’en 1933 le président Roosevelt décida de réduire la valeur en or du dollar US d’un vingtième d’once à 1/35e d’once (dévaluation de 43%), il introduisit d’abord le décret 6102, interdisant la thésaurisation de l’or aux Etats-Unis. Lors de la crise en Argentine en 2001, avant que le gouvernement ne se décide à dévaluer le peso, le «corralito» fut créé, gelant tous les comptes bancaires nationaux (en pesos et en dollars US), puis le «corralón», pour forcer la transformation des dépôts (y compris en dollars US) en obligations libellées en pesos.

L’an dernier, la Hongrie – en quête de financement – a décidé que les fonds de pension privés seraient nationalisés et contribueraient ainsi à financer la dette publique. En ce moment, la France envisage d’introduire la taxe Tobin sur les transactions financières, même si elle doit agir seule. Cette taxe, qualifiée d’»absurdité» en 1999 par le président Sarkozy, est selon moi plus qu’un simple gadget destiné à séduire les électeurs français, à punir les méchants marchés financiers et à embêter les Britanniques. Avec un ratio dette/PIB qui atteindra les 90% cette année, un déficit qui refuse de baisser, des perspectives de croissance très maussades et une note de crédit qui vient d’être baissée par Standard & Poor’s, la France recherche désespérément de nouvelles sources de financement.

Au cours des prochains mois et années, la croissance des pays développés demeurera modérée du fait du désendettement des particuliers et des contraintes démographiques. De plus les promesses publiques non-financées deviendront toujours plus perceptibles. Les gouvernements auront donc de plus en plus recours à des tactiques de répression financière pour remplir leurs caisses. C’est pourquoi il faut s’attendre à la réintroduction et l’augmentation des contrôles des capitaux et des barrières tarifaires et commerciales et, pour finir, au déclin de la mondialisation.

Andréas HOFERT  Economiste en chef UBS Jan 12

18/01/2012 Publié par | Agefi, Art de la guerre monétaire et économique, Behaviorisme et Finance Comportementale, Commentaire de Marché, Douce France, Etats-Unis, Europe, Gold et Métaux Précieux, Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette, L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous, Mon Banquier est Central | | 4 Commentaires

A l’orée de 2012, les stratèges des banques privilégient à nouveau la sécurité

A l’orée de 2012, les stratèges des banques privilégient à nouveau la sécurité

Fin 2010, les experts recommandaient les actions. Pour l’an prochain, les emprunts de qualité et l’or sont les placements les plus conseillés

En décembre 2010, les stratèges bancaires recommandaient à l’unisson d’augmenter la pondération des actions dans les portefeuilles. Après un an et demi de hausse quasi ininterrompue des bourses depuis le printemps 2009, la crainte de manquer une troisième année de rebond des marchés pesait plus lourd que les risques liés à la crise de la dette souveraine.

L’année 2011 des bourses

Il y a un an, les spécialistes de la gestion de fortune de Credit Suisse recommandaient d’accroître la part des actions de 40 à 43%. Les responsables de la recherche d’UBS mettaient aussi en évidence la «valorisation attractive» des actions pour 2011. Parmi les plus optimistes, la Banque Sarasin anticipait une progression de 12 à 14% des principaux indices boursiers, soit environ 1400 points pour le S&P 500 aux Etats-Unis, 8000 points pour le DAX et 7300 points pour le SMI à la fin 2011. Julius Baer prévoyait également une hausse d’environ 12% des marchés des actions internationaux. Même les économistes de Saxo Bank, d’ordinaire plutôt prudents, évoquaient un plus haut à 1600 points en cours d’année pour le S&P 500.

Surprises de 2011

Comment expliquer le décalage entre ces prévisions et le niveau actuel des bourses? Concernant le marché suisse, Philipp Bärtschi admet avoir sous-estimé l’impact des variations de change sur les bénéfices des entreprises. La forte augmentation de l’aversion au risque des investisseurs en raison de la crise de la zone euro l’a aussi surpris. Néanmoins, le stratège observe une stabilisation de la situation. Celle-ci jette les bases pour un rebond de 10 à 15% des marchés actions jusqu’à la mi-2012, suivi d’une évolution de type latéral.

«Crise profonde»

Revenant sur l’année écoulée, Andreas Höfert, chef économiste chez UBS, a été surtout surpris «de l’incapacité des politiques en Europe à résoudre la crise de l’euro». «D’une situation somme toute très spécifique – la Grèce est en faillite – on est arrivé à une crise profonde qui touche à présent le cœur de l’Europe», observe l’économiste. De plus, l’inflation mettra plus de temps à se manifester que ce qu’il avait anticipé il y a un an. Dans ce contexte, UBS mise sur quatre classes d’actifs: les emprunts d’entreprises «non-financières solides», les obligations souveraines de marchés émergents, les actions offrant de bons rendements des dividendes et l’or. La banque, qui prévoyait l’an dernier un cours de 1650 dollars pour le métal précieux, place désormais un objectif à 2200 dollars l’once dans un délai de 12 à 18 mois.

L’or à 3000 dollars?

Paradoxalement, les pronostics qui apparaissaient les plus audacieux l’an dernier se sont parfois révélés les plus justes. Dans ses prévisions «outrageuses», Saxo Bank prévoyait en décembre un pic de 1800 dollars l’once durant 2011, un seuil aisément franchi en août.

De son côté, Pictet & Cie rehausse désormais son objectif à 3000 dollars l’once pour l’or. Principale raison avancée: les banques centrales, y compris la BCE, finiront tôt ou tard par «monétiser» les dettes souveraines. UBP partage cet avis: l’or constitue la «meilleure protection face aux troubles conjoncturels actuels et à la dépréciation de la monnaie papier», estime aussi Alan Mudie, chef des investissements. Hyposwiss se méfie de l’or, «qui présente désormais toutes les caractéristiques d’une bulle», même si celle-ci n’est pas encore prête à éclater, selon la banque privée.

«Ne pas jouer les héros»

La prudence domine la plupart des prévisions. Les stratèges de Julius Baer anticipent d’importants mouvements de vente sur les marchés, contrebalancés par de brusques rebonds de courte durée. «Les valeurs refuges continueront d’être privilégiées jusqu’à une phase avancée du ­premier semestre 2012», pronostique Christian Gattiker, stratège en chef et responsable de la recherche chez Julius Baer. «Résister à la tentation de vouloir jouer les héros sera l’une des vertus essentielles durant les douze prochains mois», conseille-t-il.

A cet égard, il recommande les emprunts de débiteurs de qualité ainsi que l’or. Pour la partie plus risquée, on peut y ajouter les obligations d’entreprises non financières. Tactiquement, les obligations de la catégorie «investissement sûr» inférieure – soit une note au moins égale à «BBB –» – restent attrayantes, au vu de leur faible taux de défaillance et de la bonne solvabilité des émetteurs. Concernant les actions, la banque recommande les stratégies à dividende élevé et stable. Sur un horizon de douze mois, Julius Baer prévoit une hausse de l’indice SMI à 6200 points (vendredi à 5793 points), à 2500 points pour l’Euro Stoxx 50 (2342 points vendredi) et à 1350 points pour le S&P 500 (1254 points vendredi à la mi-séance). Parmi ses thèmes d’investissement, la banque propose à contre-courant les actions d’entreprises biotechnologiques, jugées intéressantes techniquement.

Les risques sont déjà inclus dans les cours

Stefan Keitel, responsable global des investissements chez Credit Suisse, estime que la «plupart des risques de marché sont déjà inclus dans les cours». «Il ne s’agit ni d’un scénario à la japonaise, ni d’une répétition des années 2008 et 2009», estime le stratège. Selon lui, les valeurs refuges «supposées» telles que l’or, le franc ou les obligations d’Etat sont toutes déjà chères. Credit Suisse leur préfère les actifs «réels» comme les matières premières ou l’immobilier ainsi que les actions.

Le pari des actions européennes

Malgré une croissance nulle attendue pour la zone euro et amorphe aux Etats-Unis, AXA ­Investment Managers juge les actions de ces deux régions attrayantes. Le multiple cours/bénéfice de 12,5 estimé pour les Etats-Unis est «plutôt bas» d’un point de vue historique. Avec un multiple de 9, il est même ­qualifié de «très bas» pour la zone euro. Quant aux actions suisses, la diversification inter­nationale des entreprises hel­vétiques permettra de compenser quelque peu la faiblesse de l’économie européenne, estime Christina Böck, responsable des solutions d’investissement en Suisse chez AXA. Chez UBP, Alan Mudie donne aussi sa préférence aux actions européennes: «Les rendements des dividendes étant à leur plus haut depuis 20 ans, tandis que ceux des obligations d’Etat sont à leur plus bas, il existe indéniablement de belles opportunités», juge-t-il. En revanche, il doute que les estimations de croissance des bénéfices de l’ordre de 10% pour les entreprises américaines puissent se réaliser. Dans leurs prévisions pour 2012, les stratèges bancaires sont tiraillés entre d’un côté les opportunités de rebond des bourses et les risques d’aggravation de la crise de l’autre. Une année qui, comme l’indique Schroders, correspond typiquement au terme de «wei ji», un mot qui signifie à la fois défi et opportunité en Chinois.

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27/12/2011 Publié par | Analyse Technique, Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise, Chinamerica, Etats-Unis, Europe, Formation a la gestion de portefeuille, Gold et Métaux Précieux, Le Temps, Marché Obligataire, Marchés Financiers et Boursiers Actions, Mon Banquier est Central, Pictet, Schroders | , , | Laisser un commentaire

L’Eurobicon a été franchi Par Andreas Höfert

L’Eurobicon a été franchi Par Andreas Höfert

L’Eurobicon a été franchi, selon Andreas Höfert, chef économiste d’UBS Il n’existe à présent plus que deux fins possibles pour la crise européenne. Soit la Banque centrale européenne assume pleinement son rôle stabilisateur du système financier en sauvant de manière inconditionnelle l’Italie, soit l’euro éclatera, inéluctablement

Tel César traversant la célèbre rivière pour changer de manière permanente la vieille république romaine, le passage des taux d’intérêt de l’Italie au-delà de 7%, entraînant le pays dans une spirale explosive de sa dette, a changé l’avenir de l’euro de manière définitive et irréversible.

Les dés sont tombés, et il n’existe à présent plus que deux fins possibles pour la crise européenne. Soit la Banque centrale européenne assume pleinement son rôle stabilisateur du système financier en sauvant de manière inconditionnelle l’Italie, soit l’euro éclatera, inéluctablement.

A la différence de la Grèce, l’Italie n’est pas en faillite. Certes, la dette publique italienne est supérieure à 1900 milliards d’euros et représente 120% du PIB. Mais est-ce vraiment quelque chose de nouveau? L’Italie affiche un ratio dette sur le PIB très élevé depuis plus de trente ans, et personne ne semblait s’en émouvoir il y a quelques semaines encore. Mais tout à coup, c’est devenu un problème.

Pourtant l’Etat italien a été l’un des plus vertueux d’Europe depuis son entrée dans l’euro, avec un ratio dette publique sur le PIB supérieur à 115% en 1999, ramené à 104% en 2007 malgré une croissance atone. Si l’ex-premier ministre Silvio Berlusconi a pu être considéré comme un bouffon et traîne toujours énormément de casseroles, le laxisme budgétaire n’a cependant jamais fait partie de ses défauts. Plus encore, l’Italie est stable internationalement: à l’instar du Japon (ratio de dette sur le PIB de plus de 220%), plus des trois quarts de sa dette publique sont détenus par les Italiens.

Certes, l’Italie a un problème de croissance. Depuis son entrée dans la zone euro, sa compétitivité s’est érodée de plus de 30% par rapport à l’Allemagne. Mais l’austérité ne résoudra pas ce problème. Au contraire, elle risque de l’exacerber.

Composé de technocrates, le nouveau gouvernement Monti va sans doute s’atteler à des mesures d’austérité encore plus drastiques. Mais, d’une part, cette politique n’est pas garante de succès, car elle ne résout pas le problème de compétitivité de l’Italie et, d’autre part, la question de la légitimité de ce gouvernement non élu mais imposé par l’Allemagne, la France et les marchés va très rapidement être posée.

Une alternative à la descente aux enfers pour l’Italie serait sa sortie de l’euro. Une réintroduction de la lire avec une dévaluation significative résoudrait son problème de compétitivité. Les créanciers internationaux pâtiraient d’une dette libellée à présent en lires, mais pas les créanciers domestiques. Et la lire, monnaie faible, serait néanmoins celle de la troisième économie d’Europe continentale.

L’Italie pourrait donc se passer de l’euro avec succès: c’est en tout cas mon avis. En revanche, un euro sans l’Italie, même plus fort, devra être considéré comme un échec.

Andreas Höfert  Chef économiste, UBS./le temps nov11

22/11/2011 Publié par | Changes et Devises, Commentaire de Marché, Europe, L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous, Le Temps, Trappe à Dettes | | 1 Commentaire

Un pavé de bonnes intentions par Andreas Höfert

Un pavé de bonnes intentions par Andreas Höfert

EURO. Il faut s’attendre à d’autres plans définitifs et réunions de la dernière chance ces prochains mois.

 

Il y a quelques années, un spot publicitaire amusant de Berlitz Languages mettait en scène un jeune garde-côte allemand surveillant seul les radars dans une salle de contrôle. Soudain, une voix se fait entendre à la radio: «Mayday, mayday! Can you hear us? We are sinking, we are sinking! (A l’aide, à l’aide! Vous nous entendez? Nous coulons, nous coulons!)» Dans un anglais approximatif, teinté d’un fort accent allemand, l’officier novice répond nerveusement à l’émetteur: «Hello? Zis is ze Cherman Coast Guard. What are you sinking about? (Bonjour, ici la garde côtière allemande. A quoi pensez-vous?)» Le jeu de mots provient de la confusion entre «to sink» (couler) et «to think» (penser) prononcé avec l’accent allemand. 

A mon avis, il n’y a pas meilleure métaphore pour illustrer le dernier plan définitif pour résoudre, une fois encore et une bonne fois pour toutes, la crise de l’euro. Une fois de plus, il est trop timide, trop tardif et repose sur une incompréhension fondamentale entre l’Allemagne et d’autres pays du nord de la zone euro d’un côté, et la France et les pays périphériques de l’autre. Le président français Nicolas Sarkozy a beau assurer que la France et l’Allemagne sont sur la même longueur d’ondes, il n’en est rien.

Deux trilemmes, l’un qui concerne l’Europe dans son ensemble et un autre propre à l’Allemagne, sont à l’origine de la crise actuelle. Si un dilemme consiste à choisir entre deux options, un trilemme exige de choisir deux des trois options existantes dans la mesure où, logiquement, seules deux options sont possibles à un moment donné. Celui auquel l’Europe est confrontée est le trilemme sur la mondialisation, dont la paternité est attribuée à l’économiste Dani Rodrik, de l’Université de Harvard. Dans le contexte européen actuel, il exclut la coexistence d’une entité supranationale dotée d’une monnaie commune, d’Etats-nations souverains et de démocraties. Entre la zone euro, les Etats-nations souverains et la démocratie, l’un doit être sacrifié.

La zone euro et les Etats-nations peuvent coexister, mais ce sera au détriment de la démocratie. C’est la situation actuelle des Grecs, des Portugais et des populations de tous les autres pays de la périphérie de l’Europe: ils n’ont pas leur mot à dire face à l’austérité qui leur est infligée. Vous pouvez avoir une zone euro démocratique mais cela impliquerait une réelle perte de souveraineté pour les Etats-nations. C’est précisément ce en quoi consisterait une union fiscale. Enfin, vous pouvez avoir des Etats-nations démocratiques sans zone euro. Ce serait le scénario d’un éclatement de la zone euro.

Le trilemme de Rodrik n’appréhende cependant pas toute la complexité de la crise. Il faut lui ajouter un autre trilemme spécifique à l’Allemagne, qui veut garder l’euro sans payer davantage et en excluant toute solution qui alimenterait l’inflation. Il y a là encore incompatibilité de l’un des trois souhaits. En conservant l’euro, le chemin vers l’union fiscale impliquera bien plus de transferts du cœur de la zone euro vers sa périphérie.

Pour conserver l’euro sans mettre la main au porte-monnaie, on pourrait monétiser la dette toxique des pays périphériques. C’est l’option choisie par des banques centrales aussi «sérieuses» que la Réserve fédérale des Etats-Unis et la Banque d’Angleterre dans le cadre de leurs programmes d’assouplissement quantitatif. Mais pour des raisons historiques, l’Allemagne continue de s’y refuser catégoriquement.

Dans ce cas, si une contribution accrue et l’inflation sont exclues, c’est tout le concept de l’euro qui est à revoir. Après sept plans définitifs, aucune réponse crédible n’a encore été apportée à ces deux trilemmes. Par conséquent, il faut s’attendre à d’autres plans définitifs et réunions de la dernière chance ces prochaines semaines et mois. A moins qu’une solution ne s’impose d’elle-même. Une solution qui ne sera pas nécessairement la meilleure. Sans réflexion sérieuse, l’euro coulera.

Andreas Höfert UBS Wealth Management nov11

09/11/2011 Publié par | Commentaire de Marché, Europe, Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette | | 1 Commentaire

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