La révolte des esclaves Par Beat Kappeler
La révolte des esclaves Par Beat Kappeler
Comparaison insolite entre la situation des esclaves dans les Caraïbes à l’époque moderne, et celle des jeunes chômeurs du sud de l’Europe
D’abord, les différences sociales ne correspondent pas à l’appartenance à une race précise. Ensuite, le statut des citoyens est républicain. En politique, ils ont les mêmes droits, les différences ne concernent que leur rémunération sur les marchés sur lesquels ils œuvrent. Et ces marchés sont, en principe, ouverts à tous, les couches sociales n’ont pas l’avenir bouché. La mobilité vers le haut et vers le bas est possible. Et finalement, les révoltés qui utiliseraient la force en Occident feraient la même expérience que faisaient les Noirs en Jamaïque après leur révolte victorieuse: il fallait bien travailler aux champs comme avant. Sans l’exportation du sucre vers l’Angleterre, pas de revenu, pas d’outils, pas de vêtements, point d’argent.
Les forces productives de notre société sont encore bien plus imbriquées que jadis. Les gens le savent. Les rôles sont rémunérés différemment, mais ils sont nécessaires: une usine automobile se base sur ses vendeurs, sur ses agents généraux, souvent riches, sur les ingénieurs, sur les financiers, les assureurs, les chaînes de transport, sur la connaissance des sources d’approvisionnement et d’écoulement. C’est pourquoi les laissés-pour-compte ne demandent qu’une chose, que ces chaînons du système fonctionnent mieux, rapportent mieux, embauchent plus. Ils demandent l’intégration dans cette société, non pas sa destruction. Même les dictatures du XXe siècle, en rupture apparente avec tout, ont été «productivistes», ceux de gauche comme ceux de droite promettaient d’actionner mieux les rouages économiques et essayaient de se légitimer ainsi – avec l’insuccès que l’on sait.
Si cependant l’avenir économique paraît bouché à un nombre croissant de citoyens, en Europe du Sud, bientôt, les perceptions pourraient changer. Les programmes d’austérité ne ramèneront pas de solutions rapides, ils dureront une décennie ou plus. Presque une génération de jeunes se sentira sacrifiée, celle des retraités aussi, parce qu’ils perdront une partie de leurs droits. Les réformes visant à redresser la croissance sont douloureuses, avec des effets tardant à se concrétiser, et elles maintiennent l’illusion du rattrapage vers la productivité allemande ou chinoise. Au mieux, l’écart ne se creusera pas plus, et voilà tout. Car l’Allemagne, la Suisse, la Chine ne s’arrêteront pas, et ils ont des rouages de société qui sont bien huilés, à l’opposé des pays du sud européen (et aussi de l’Afrique du Nord).
Ces citoyens autour de la Méditerranée ne feront pas la révolte économique en détruisant les usines et les banques, comme les esclaves détruisaient les plantations. Mais ils voteront autrement, en tant que citoyens républicains. Le danger de décomposition européenne, ou au moins de l’euro, vient dorénavant de la politique, et pas seulement des circuits financiers. Je pense que des partis contestataires surgiront et couperont ce lien monétaire. On verra bien. Pour voir comment une société se fait et se défait (ou presque), le livre de Matthew Parker est très instructif: The Sugar Barons. Family, Corruption, Empire and War (Walker & Co, non traduit). Il montre des sociétés à l’état brut, dans leur naissance par le pouvoir et la force, et dans leur rechute possible dans la force brute et aveugle.
source Le Temps janv12
Sans liasses d’argent Par Beat Kappeler
Sans liasses d’argent Par Beat Kappeler
Monétiser les montagnes de dettes en comptant sur la BCE pour imprimer de la monnaie? C’est la solution de facilité désormais préconisée par l’analyste du Financial Times, Martin Wolf. Mais les faits sont têtus. Mieux vaut l’austérité sans croissance que la fuite en avant qui précipiterait la zone euro dans la faillite

Sans argent en liasses, c’est la déprime. Telle est la conclusion après le refus de la Banque centrale européenne d’acheter des dettes européennes en masse contre de la monnaie supplémentaire. Et dans le quart d’heure même, toutes les bourses du monde dérapent.
Sans nouvelle avalanche d’argent, que reste-t-il à faire? Il faut économiser. Et tant pis si l’économie ne progresse plus. Car pendant les 60 années passées, chaque fois que la demande vacillait, on augmentait les déficits des Etats occidentaux pour la relancer. Le solde de cette manie est palpable, ce sont les montagnes de dettes. Les monétiser maintenant, ce serait se dispenser de toute conséquence, de tout effort d’assainissement, quitte à avoir une inflation monstre.
Pour l’instant, et en Europe seulement, cette variante de mesure anti-crise est donc écartée par Mario Draghi, le nouveau chef de la BCE. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne y foncent allègrement. Beaucoup d’économistes de ces pays exhortaient d’ailleurs Draghi à faire de même. Seule la résistance allemande a fait avorter cette solution.
source Financial Times

source Wall Street Journal
Martin Wolf, le commentateur en chef du Financial Times, jadis respecté, est devenu un des meneurs de la frivolité nouvelle. Il parle relance, il veut la monétisation des dettes européennes. Pour moi, ce sont des vues sectaires, et celui qui connaît un peu seulement l’histoire économique, doit abhorrer ces positions. Martin Wolf est repris par Le Monde dont la ligne générale concorde avec sa vue, je pense.
Mais cette semaine, Le Monde ouvrait ses colonnes à un sectaire de l’autre bord. «Il faut définanciariser l’économie», revendique André Orléan, directeur de recherche au CNRS. La justification de cette position étrange part du niveau des taux d’intérêt élevés que les pays européens en surendettement doivent payer. Pourquoi sont-ils inappropriés? Parce qu’ils sont «une ponction sur la richesse sociale». Mais les économistes classiques rappellent ce fait depuis toujours – les intérêts sont encaissés plutôt par les classes aisées, et payées en impôt par les autres. Il fallait simplement y penser avant d’endetter l’Etat par des demandes socialistes de relance constante. Ensuite, les taux «incitent à des politiques de rigueur exagérées». Mais cet endettement doit être amorti et , là encore, il aurait fallu y penser avant. Et puis ces taux «poussent des économies solvables à la faillite». Mais l’Europe du Sud est en faillite, tout simplement, avant même de payer des intérêts. Et comme Martin Wolf veut tout résoudre par une avalanche de monnaie, Orléan veut le retirer tout simplement. A l’avenir, tout sera déterminé par «des entrepreneurs, syndicats, pouvoirs publics, associations». Il réinvente la planification soviétique, qui dirigeait par des quantités, pas par des prix. Ce serait, selon lui, «une révolution intellectuelle». Effectivement, mais Orléan consacre exactement quatre lignes sur une page entière à cette révolution. C’est de la paresse intellectuelle. C’est aussi un style de raisonnement assez français qui rejette élégamment toute monnaie et toute discipline imposée par celle-ci, récoltant des applaudissements faciles.
Mais à la fin de son article, Orléan qui veut définanciariser tout rejoint Martin Wolf qui veut tout noyer dans de la monnaie, car «racheter de la dette publique, c’est pour la banque centrale défendre une autre évaluation que celle des marchés». Alors encore plus de monnaie, de finances! On reste béat devant une telle logique.
Pour une fois, Angela Merkel a trouvé la perspective juste pour ce continent: on en aura pour dix ans de frugalité, de désendettement. On vivra sans croissance, avec des prix et des salaires qui baissent plutôt. On améliorera l’offre au lieu de la demande enflée, endettée, on facilitera les moyens d’ouvrir boutique, on abaissera les règles, on améliorera la flexibilité et la formation de la main-d’œuvre, on rendra l’administration publique svelte et plus performante. Sans sectarisme, sans liasses d’argent.
source Le Temps dec11
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De l’or, de l’or, pas Delors! Par Beat Kappeler
De l’or, de l’or, pas Delors! Par Beat Kappeler
Le continent court donc à sa dévaluation, à la fausse allocation des ressources, au pillage des épargnants, des pensions
Si l’on veut revenir à la sagesse monétaire, un jour, des mesures dramatiques s’imposeront. Pour récupérer la monnaie créée, la BCE devrait vendre les obligations achetées, et, pour y arriver, elle baisserait leurs prix, augmentant donc les taux d’intérêt
La corne d’abondance est à la portée de l’Europe. Il suffit que les dettes européennes soient achetées en grande quantité par la Banque centrale européenne (BCE). Les cours en bourse flamberont comme ils l’ont fait après le jet d’eau de liquidité en dollars lancé par les banques centrales cette semaine.
Après la bourse, la consommation – les pays du Sud européen auront de quoi dépenser, finies les cures d’amaigrissement trop dures. Les investissements reprendront en vue des dépenses soutenues, dorénavant, par les privés comme par les Etats. La baisse conjoncturelle annoncée s’estompera. Les autorités anglo-saxonnes, Obama et les Anglais, Nicolas Sarkozy poussent la BCE vers cette intervention massive, les analystes boursiers aussi, par un intérêt évident.
Pour l’instant, les Allemands et le chef de la BCE, Mario Draghi, s’y opposent encore. Mais on a de plus en plus l’impression qu’Angela Merkel n’attend plus que le sommet du 9 décembre, qui devrait entériner une coordination future des politiques fiscales, pour finalement céder. En plus, les faits poussent vers cette fulminante solution de la crise. La BCE tient pour 200 milliards de dettes du Sud dans ses coffres et elle en a placé d’autres, 300 à 400 milliards, dans les banques du Sud. Si un pépin arrive – la banqueroute ou une sortie de ces Etats de l’euro – la BCE est en faillite aussi. Les intérêts sont donc en place pour cette aventure monétaire.
Des économistes sérieux cependant dressent le chemin ultérieur de cet exploit. La manne monétaire ne sera plus basée sur l’extension du crédit privé qui, lui, reflète, en temps normaux, la construction de nouvelles capacités de production et d’entrepôts remplis. Non, la base de la monnaie sera les obligations des Etats du Sud, donc de la consommation publique passée. Et la monnaie sera abondante, inflationniste. L’euro se dévaluera par rapport aux autres monnaies, soutenant ainsi l’exportation et le boom intérieur.
Cet effet se fera sentir dans deux ans, et il sera difficile de contenir les taux d’inflation en dessous de 10% pour longtemps. A la sortie des usines, il est déjà de 5,5%. Le continent court donc à sa dévaluation, à la fausse allocation des ressources, au pillage des épargnants, des pensions.
Si l’on veut revenir à la sagesse monétaire, un jour, des mesures dramatiques s’imposeront. Pour récupérer la monnaie créée, la BCE devrait vendre les obligations achetées, et, pour y arriver, elle baisserait leurs prix, augmentant donc les taux d’intérêt. Elle ne renouvellerait plus les obligations arrivées à leur terme, forçant les Etats – alors plus endettés encore – à se refinancer sur les marchés à des taux exorbitants, causant leur banqueroute, qui n’est donc qu’ajournée. Le précédent d’une telle politique était mené par Paul Volcker, président de la banque centrale américaine entre 1979 et 1982. Il relevait les taux d’intérêt à 21%, causant la faillite en série de banques, d’entreprises et d’agriculteurs. Personne ne discute maintenant ces scénarios de sortie de la monétisation des dettes étatiques. La corne d’abondance sera bien desséchée.
En revanche, Jacques Delors, le responsable du Traité de Maastricht, donc de l’introduction de l’euro, mène une opération de diversion. Depuis l’automne, il pousse pour l’augmentation massive du budget de l’Union. Les pays membres doivent s’étrangler en économies forcées, mais leur superstructure pas du tout. Faire cette comparaison «est impossible et donc démagogique», dit Delors. Je ne comprendrai jamais ces gens, ni le vieux Delors, ni les faux-monnayeurs d’aujourd’hui.
Pour conclure, vouons donc une pensée tendre au préposé des statistiques de l’Etat grec. Il est accusé de haute trahison des intérêts du pays, parce qu’il livre les chiffres vrais, troublants, sur le déficit. Son accusateur est le prédécesseur, chassé pour ses mensonges par les experts allemands et américains. La cour – c’est sérieux – commence à enquêter. Jamais je ne comprendrai non plus ces Grecs.
source Le Temps dec11
Au-delà de l’impasse keynésienne Par Beat Kappeler
Au-delà de l’impasse keynésienne Par Beat Kappeler
Lorsque les dettes atteignent un point critique, la demande ne peut plus être relancée par des déficits encore croissants. C’est «the keynesian endpoint»
Le citoyen vote ce week-end en Suisse sur l’introduction d’un salaire minimal cantonal à Genève et à Neuchâtel.Si une initiative en cours aboutit, il devra aussi voter sur un salaire minimal national. Il a voté sur le calcul des rentes de retraite, en faveur d’un taux de conversion généreux. Le corps électoral suisse s’est accordé également l’assurance maladie pour la médecine dite «naturelle», c’est-à-dire vaudoue. Bref, de plus en plus souvent le citoyen essaie de s’octroyer par la voie des urnes des avantages qu’il n’est pas en mesure de se procurer sur le marché et par le travail.

Ce sera la ruine des démocraties occidentales, disent depuis un certain temps déjà des politologues désabusés. Entre-temps, avec l’endettement spectaculaire et ruineux de ces mêmes Etats, on ne peut pas leur dénier une perspicacité certaine.
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A bonnes intentions, effets pervers Par Beat Kappeler
A bonnes intentions, effets pervers Par Beat Kappeler
Les conséquences de l’action humaine sont souvent tout autres que celles envisagées. Un exemple anodin: les services autoroutiers suisses entendent protéger les animaux. On creuse ainsi des canaux sous les autoroutes pour les grenouilles et les salamandres, et des ponts enjambent les voies pour la circulation des quadrupèdes de toutes sortes. Ces espèces renouent donc, en dessous et au-dessus des voitures vrombissantes, avec les différents secteurs de leur habitat traditionnel. Mais ô surprise, les prédateurs n’ont qu’à se poster devant les canaux et les ponts, et la proie s’engouffre directement dans leur bouche salivante. Au lieu d’être en paix, les espèces en question vivent de bien pénibles moments.

Malheureusement, cet exemple parfait des conséquences non intentionnées se retrouve aussi chez les humains. Les politiciens européens entendaient sauver l’euro par des aménagements de haute technicité: le gigantesque fonds FESF, l’assurance qu’il offrira aux créanciers, les concessions des banques envers la Grèce. Mais voilà qu’une simple menace de laisser parler le peuple grec a tout déstabilisé. Les mesures futures, si futées qu’elles soient, seront de plus en plus mises hors d’état de fonctionner par des soubresauts politiques. Les gouvernements irlandais et portugais sont déjà tombés, le gouvernement socialiste grec est en train de les suivre, l’Espagne a chaviré à l’autre bord de l’échiquier politique. En Finlande et en Hollande les partis opposés au sauvetage rassemblent près de 20% des voix. Les mesures techniques provoquent des mésaventures politiques qui déstabilisent le résultat escompté.


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La menace du coup de balai Par Beat Kappeler
La menace du coup de balai Par Beat Kappeler
Les démocraties comme les dictatures supposent des courroies de transmission plus ou moins efficaces. L’avantage avec la démocratie, c’est que le peuple a la liberté, tous les quatre ans, de changer les têtes
Et ainsi la dictature d’un seul homme sur ce pays est terminée», dit le commentateur de la BBC après la mort du colonel Kadhafi. Mais la politologie de ce bilan est erronée. Elle suggère un dictateur qui manipule son entourage immédiat par l’arme à bout portant pour commettre des actes exécrables et subjuguer le peuple innocent. Mais Kadhafi dormait paisiblement dans ses tentes, et en Syrie le président Bachar el-Assad fait passer les chars sans être présent sur place. Il y a donc des courroies de transmission entre une équipe dirigeante et l’exécution de ses ordres par une administration normale, locale. Ou bien des interfaces, pour être plus moderne. La description d’un régime doit donc s’intéresser au fonctionnement de ces courroies de transmission, et cela sous les dictatures comme dans les régimes démocratiques.
Les régimes dictatoriaux s’appuient souvent sur une frange de la société, une tribu, ou bien sur une classe, par exemple les propriétaires fonciers, les sociétés minières, les exportateurs. Ainsi, malgré le régime personnel, toute une part importante de la nation profite du régime et le soutient. La prospérité de ces milieux se répercute même sur le menu peuple, qui est employé, choyé par des subventions sur les denrées. La notion d’innocence d’une part et de pouvoir brut d’autre part n’a pas de sens. L’explication facile par la religion et ses ferveurs ne tient pas non plus, elle est le décor dans lequel se drapent les intérêts tribaux, sociaux, régionaux. Certains régimes dictatoriaux gagnent leur légitimité relative par leur capacité à tenir le pays ensemble, à balancer les intérêts divergents. Le régime chinois doit beaucoup à cette faculté, qu’il exerce presque admirablement. La durée de tels régimes dictatoriaux s’explique ensuite par la loi sinistre de la connivence – l’application du pouvoir brut implique une multitude d’autres gens, à part les dirigeants qui ne se salissent pas les mains directement. Après les premiers méfaits, la police, l’armée, l’administration ne jouissent pas seulement de privilèges, mais elles ont commis des actes qui seraient punis lors d’un changement de régime. Ils le défendront donc bec et ongles.
On peut illustrer cette interprétation politologique par la Syrie. Le président actuel n’aspirait pas au pouvoir, il est ophtalmologue de formation. Ce n’est qu’après la mort de son frère aîné et la mort de son père que les franges de la société syrienne qui constituent le régime et qui en profitent l’ont installé sur le trône. Les courroies refaisaient leur moteur. On peut même penser que des dictateurs agissent eux-mêmes sous une certaine contrainte, sous des engagements pris.
Les régimes démocratiques fonctionnent selon le même modèle des courroies, quoi qu’on en lise dans les manuels. Car, une fois une équipe installée au pouvoir, le régime fonctionne également de haut en bas, il se coopte, il cherche des alliances entre les forces pour durer. La belle unité du Parti socialiste français après la victoire de François Hollande dans les primaires en témoigne. Ce sera lui, s’il est élu président, qui déterminera les ministres, les préfets, les chefs de l’armée et qui, par le parachutage des fidèles dans les circonscriptions, scellera sa victoire législative. En choisissant, Hollande devra tenir compte des différents intérêts s’il veut durer. Alors, les applaudissements et les assurances de fidélité des grands caciques du parti après ces primaires sont sincères. Les courroies se mettent en place.
L’avantage des régimes démocratiques réside dans la possibilité de l’électorat de pouvoir balayer la tête et les membres de tels régimes lors de prochaines élections. La Suisse vote ce week-end. Mais détrompons-nous, même lors de l’élection du parlement sortant, en 2007, le citoyen ne pouvait pas prévoir le sauvetage d’UBS, l’abolition partielle du secret bancaire, la fixation du franc à 1,20 par rapport à l’euro et encore d’autres décisions prises «par les courroies» du pouvoir. Mais allez voter quand même. C’est la menace du balai qui discipline le pouvoir.
Source le temps oct11
La leçon de la lire à l’euro Par Beat Kappeler
La leçon de la lire à l’euro Par Beat Kappeler
L’Italie est mal dans sa peau dans cette union monétaire européenne, qui n’est pas une union monétaire optimale, selon les exigences de la théorie économique. Mais l’Italie est l’exemple d’une union monétaire optimale en elle-même, qu’on se le dise.

Cette constatation surprenante me vient de deux réflexions. D’une part, cette théorie des unions monétaires, développée par le Prix Nobel Robert A. Mundell: pour amortir des chocs frappant une partie d’une telle union, les travailleurs doivent migrer et une caisse centrale doit compenser les pertes par des flux automatiques. Or l’Union européenne ne satisfait à aucune de ces conditionsLes Italiens devraient émigrer maintenant comme pendant les années 1950, car le manque de compétitivité qui les frappe constitue un choc économique. Et il n’y a pas de flux automatiques venant de Bruxelles, bien que les eurocrates comme José Manuel Barroso s’y appliquent.
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L’Empire prend sa revanche Par Beat Kappeler
L’Empire prend sa revanche Par Beat Kappeler
Le ministre italien des Finances, Giulio Tremonti, s’est prosterné dans la poussière devant le trône impérial de Pékin pour demander quelques sous pour son pays affamé. Telle a été, peu ou prou, la nouvelle de lundi soir, et tout de suite, la bourse américaine s’est redressée spectaculairement. Il y a comme un tremblement de terre géopolitique dans l’air.

La scène qui s’est déroulée, un peu ajustée par mes soins, ressemble beaucoup à cette autre description, celle-ci inventée de toutes pièces, dans le livre récent de Ian Morris, Why the West rules: For now («Pourquoi l’Occident règne, pour l’instant»).
Là, la reine Victoria et le prince consort se pressent sur les quais de la Tamise pour recevoir humblement le grand suzerain et bienfaiteur de l’Angleterre, l’empereur de Chine. L’auteur et historien voulait ainsi illustrer la réalité d’il y a cent ans et qui était exactement l’inverse – les puissances de l’Ouest dominaient la Chine, occupaient ses ports, intervenaient dans ses affaires. L’horrible discours du dernier empereur d’Allemagne, Guillaume II, devant un corps expéditionnaire retentit encore: «Ne faites pas de prisonniers. Pendant mille ans aucun Chinois ne doit jeter un regard méprisant sur un Allemand». L’empereur demi-fou s’est trompé de neuf siècles car après cent ans, déjà un renversement du pouvoir se dessine. La chancelière Angela Merkel, au lieu d’insister constamment sur les droits de l’homme en Chine, ferait mieux de s’excuser pour les propos de Guillaume – cela cadrerait très bien avec la mode, ces dernières années, des excuses faciles et à répétition.
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Taxer les riches? Un trompe-l’œil Par Beat Kappeler
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Les mesures fiscales visant les super-riches, annoncées en France, en Italie et en Grande-Bretagne, sont à courte vue. Elles n’atteindront pas leur but et ne cacheront pas le fait que ces gouvernements échouent à maîtriser leurs dépenses

Attention, mon argumentation sera un peu sinueuse, mais elle retrouvera sa cohérence vers la fin de la chronique, j’espère. Alors, en un premier temps, je dénonce les annonces des gouvernements italien, français et britannique de taxer encore plus «les riches» pour arriver à un équilibre budgétaire lointain, un jour. Ensuite, je critique le gouvernement italien, qui cette semaine revient sur sa décision de taxer plus les riches. Il va les épargner. Voyons de plus près.
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L’art de déchiffrer les signes Par Beat Kappeler
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Mais que se passe-t-il? Comment comprendre la politique et les politiciens? Ce besoin de «lire» les événements anime en ce moment des citoyens, des journalistes, les autres politiciens, des économistes et des investisseurs.

Ces temps plutôt turbulents renforcent l’urgence de comprendre. Alors, quels sont les signes qui permettent d’y voir plus clair? La grande rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Paris, récemment? Le voyage du vice-président Joe Biden en Chine, en ce moment? Sans doute pas, car derrière ce qu’on annonce comme des signes, il n’y a pas davantage, en fait: le but annoncé ne cache rien. Dans les deux cas, on cherche à consolider la confiance des marchés dans l’euro, on veut calmer les Chinois, grands créanciers des Etats-Unis. Tout est clair.
En revanche, il vaut la peine d’être attentif aux petits signes non annoncés comme tels: ce sont ceux-là qui importent le plus souvent. Un petit signe ne suffit pas toujours en lui-même, il faut le placer dans une séquence pour comprendre. Des signes dignes d’être retenus, j’en trouve plusieurs en ce moment, et dans les deux domaines mentionnés plus haut, celui de l’euro et celui de la dette américaine.
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Beat Kappeler, la pensée stimulante d’un homme libre
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Ancien syndicaliste, l’économiste prendra ce samedi sa retraite de chroniqueur hebdomadaire au «Temps». Intellectuel atypique qui se réclame du courant libertarien, il commente les enjeux qui le tourmentent: l’Europe, l’Etat et la démocratie
Merci, Beat Kappeler!
Beat Kappeler appartient à ce petit cercle des chroniqueurs qui ne laissent jamais indifférent son lectorat. D’une infinie amabilité, il a tout au long de ses contributions démontré un esprit vif, indépendant et d’une grande perspicacité intellectuelle. Il a parcouru la Suisse, raconté ses grandes et petites mutations, dénoncé les faux compromis, les collisions d’intérêts. Sa pensée est celle d’un homme libre, érudit, profondément attaché aux valeurs libérales non partisanes. Méfiant à l’égard des idéologies, observateur des idées politiques, féru en économie, Beat Kappeler aura reçu d’innombrables prix pour ses travaux et ses écrits. .
Propos recueillis par Pierre Veya, François Modoux et Emmanuel Gehrig
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28/01/2012 Publié par The Wolf | Behaviorisme et Finance Comportementale, Changes et Devises, Chinamerica, Commentaire de Marché, Douce France, Emploi, formation, qualification, salaire, Etats-Unis, Europe, Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette, L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous, Le Temps, Libéralisme, Marché Obligataire, Mon Banquier est Central, Regulation des Marchés, Risques géopolitiques, sociaux, environnementaux et sanitaires | Beat Kappeler | 4 Commentaires