Marchés Financiers et Boursiers Actions

Mark Mobius : «Le bear market est terminé!

« Je l’avais dit en novembre…»
Mark Mobius en grande forme.

Le président de Templeton Asset Management, spécialiste des Marchés émergents, s’attend à une correction. Mais le Bull market pour lui a déjà commencé.

PLUS DE DETAIL EN SUIVANT :

Le président de Templeton Asset  Management était hier de passage à Genève. Costume caramel, cravate jaune assortie à sa pochette, pierre précieuse massive au doigt, le gourou des marchés émergents a déroulé, debout et sans notes, un discours millimétré devant le parterre de  gestionnaires de fortune réunis au Mandarin Oriental du Rhône. C’est bien simple: pour
chaque entreprise où il investit, le «bald eagle» de 73 ans a une anecdote à raconter.
Ce show bien rodé était toutefois entrecoupé par des interventions de ses assistants, le temps pour
Mobius d’avaler quelques bouchées – il boit aussi du vin. A l’issue d’une salve de questions, la star des marchés a pris le café avec L’Agefi. Entretien.

Interrogé le 2 octobre 2008, vous aviez recommandé d’investir en Russie (lire L’Agefi du 3
octobre 2008). Durant les 25 jours qui ont suivis, l’indice MICEX a chuté de 49,5%. Misez vous
encore sur ce marché?

Plus que jamais! Les oligarques ont appris leur leçon l’année dernière. Ils ont perdu énormément
d’argent avec la chute du rouble. Il y a de grandes chances pour qu’ils poursuivent le train de réformes libérales ces prochaines années. Et la hausse des matières premières va renforcer le pays.

Regrettez-vous de ne pas être rentré en cash avant la faillite de Lehman Brothers?

Bien sûr, mais qui aurait pu prévoir une telle chute? Le problème, c’est que les clients nous demandent d’investir leur argent. Ils ne veulent pas que nous décidions à leur place de nous retirer des marchés. Et quand la correction se produit, ils reprennent leurs fonds de manière précipitée. Résultat: nous devons vendre des excellentes actions au plus bas. Cela dit, je suis fier d’avoir pu honorer toutes les rédemptions durant la crise.

Après un rally spectaculaire entamé en mars, le marché avance latéralement depuis début juin. Faut-il s’attendre à une correction durant l’été?

Le rebond a été si rapide que le marché devrait logiquement corriger dans les prochaines semaines.
La volatilité est toujours importante. Reste à savoir quel facteur entraînera une inversion de tendance; je ne peux pas le prédire. Quoi qu’il en soit, je suis convaincu que nous sommes sortis
du bear market, comme je l’avais d’ailleurs annoncé dès novembre 2008.

La forte hausse des marchés émergents semble donner une seconde vie à la thèse du découplage
– selon laquelle les pays en voie de développement sauveraient la croissance mondiale.
Peut-on accorder la moindre crédibilité à cette idée?

Je n’ai jamais cru au découplage! Avec la globalisation, les continents sont aujourd’hui trop imbriqués
pour imaginer qu’ils ne s’influencent pas mutuellement. Cela dit, les marchés émergents continueront à surperformer les économies matures à l’avenir, car leur taux de croissance demeure plus fort. C’est l’effet de rattrapage. 

Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont annoncé cette semaine leur intention d’acheter des obligations du FMI. Assiste-ton à une diversification des réserves de change de ces Etats, jusqu’alors massivement placées en dollars?

Ce mouvement a même déjà commencé. La Chine place moins de fonds en bons du Trésor américain
à long terme, et investit dans des bons à plus courte échéance. C’est une manière de gagner en flexibilité. Pékin continue par ailleurs à acheter des entreprises étrangères.

Quel sera l’impact sur le dollar de cette diversification des réserves de change?

Il devrait baisser, d’autant plus que l’administration Obama continue à faire fonctionner la planche à
billets. Le nouveau président est populiste, et je le vois mal mettre fin à la grande fête qu’ont connu
les marchés ces dernières années. L’inflation pourrait faire son retour à la fin de l’année prochaine.
Un facteur devrait toutefois jouer en faveur du dollar: la reprise du commerce international, qui fonctionne encore principalement autour du billet vert.

Quel regard portez-vous sur l’action d’Obama?

C’est un beau parleur, mais il a deux fâcheuses tendances: il se montre à la fois protectionniste et
nationaliste. Quand je l’entends parler de la crise automobile aux Etats-Unis, j’ai envie de lui répondre qu’il existe une industrie florissante dans ce pays. Elle tourne autour de Toyota, Nissan et
Honda, des marques qui ont des usines aux Etats-Unis et qui emploient des ouvriers américains.

Assiste-t-on au grand rééquilibrage géopolitique que tout le monde attendait?

Oui, et c’est une excellente nouvelle pour tout le monde, y compris pour les Etats-Unis. Jouer au
gendarme aux quatre coins de la planète coûte trop cher. Un équilibre multipolaire se révélera à
terme nettement plus stable

 
Parmi les BRIC, quels sont les pays plus intéressants aujourd’hui?


La Chine, car la croissance y est plus forte qu’ailleurs dans le monde. Vient ensuite le Brésil, qui  détient d’importantes réserves de matières premières, y compris agricoles, et qui repose sur un important bassin de consommateurs.

La Chine semble aussi chercher à inverser son modèle de développement, pour ne plus se contenter
d’être un pays exportateur. Quels facteurs pourraient favoriser ce changement?

La Chine est déjà un grand pays importateur, et pas seulement de matières premières. Des entreprises occidentales, notamment actives dans le luxe et les produits à haute valeur ajoutée, en profitent déjà. Mais il faudra développer les assurances sociales, les écoles et le système de retraite, pour que la population chinoise arrête de placer tout son argent dans l’épargne. Une personne hospitalisée en Chine doit encore payer avant de pouvoir se faire opérer.

Suite au plan de relance chinois, les prêts accordés par les banques ont grimpé. Une situation analogue à celle qui avait précédé la crise financière de 1997, marquée par une hausse des prêts non performants. Est-ce à nouveau un risque perceptible?
Bien sûr, il y aura une progression des créances pourries en Chine. Mais le danger systémique est limité: les pratiques bancaires sont devenues nettement plus sophistiquées dans ce pays. Et comme le nombre de prêts a augmenté, la proportion de mauvais payeurs ne sera pas si importante. Surtout, la plupart des banques chinoises sont en partie détenues par l’Etat, ce qui offre une garantie importante.

Vous détenez des actions de banques thaïlandaises dans votre portefeuille, pourtant frappée par la
chute des marchés en 1997. Le capitalisme de connivence qui les caractérisait a-t-il évolué?

Les propriétaires sont toujours des familles d’origine chinoise, mais ils ont professionnalisé leur gestion.

La crise politique lancinante en Thaïlande ne risque-t-elle pas de mettre en danger vos placements?

La situation est loin de s’être appaisée. Le précédent premier ministre, Thaksin Shinawatra a assis
son influence sur les zones rurales. La tension devrait ainsi perdurer entre les royalistes et les partisans de Thaksin. Et si le roi Bhumibol mourrait, cet affrontement lancinant pourrait rapidement dégénérer. Je reste donc prudent.

Tout le monde parle d’investir en Afrique, mais le risque politique paraît là aussi important. Par quel
biais peut-on miser sur ce continent ?

Il faut passer par les entreprises, notamment d’Afrique du Sud, qui ont des actifs sur tout le continent. Le mouvement de la Chine, qui racheté la banque Standard, illustre parfaitement cette stratégie. A titre personnel, je suis très bullish sur l’Afrique. Avec l’effet de rattrapage, elle pourrait connaître la plus forte croissance au niveau mondial ces prochaines années.

Mark Mobius en quelques lignes :

Président de Templeton Asset Management.
1936. Naissance à Hempstead, New York
1964. Doctorat en économie au MIT
1987. Entre chez Templeton Asset Management

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :

https://lupus1.wordpress.com/2009/06/02/regard-sur-les-pays-emergents-le-coup-de-stylo-sur-les-b-i-c-de-la-semaine-22/

2 réponses »

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