Art de la guerre monétaire et économique

Jean Pierre Petit : Allemagne, le Passager clandestin…

Directeur de la recherche économique et de la stratégie d’ Exane-BNP Paribas jusque fin 2008, Il a été auparavant (1995-1999) adjoint au directeur des études économiques de la BNP, adjoint de direction à la Banque de France et consultant pour le Fonds monétaire international (1986-1994). Il est diplômé de Sciences Po Paris, détient une maîtrise en droit et est titulaire d’un DEA d’économie internationale. Jean Pierre Petit est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, La finance, autrement (en collaboration, Dalloz, 2005).Aujourd’hui devenu stratégiste de marché indépendant il continue de collaborer  de manière régulière à divers revues et journaux économiques et financiers. Voici le 5ème billet d’une série qui lui est consacrée…

Le système bancaire allemand apparaît comme l’un des moins concentrés, des moins internationalisés et des moins rentables d’Europe.

LE TRAVERS HABITUEL DE L’ALLEMAGNE DURANT LES PÉRIODES DE CRISE: COMPTER SUR LA RELANCE DES PARTENAIRES EN FOURNISSANT SOI-MÊME LE MINIMUM D’EFFORT  (ce n’est pas moi qui le dit c’est lui  🙂

POUR CONNAITRE LA SUITE :

 Phobie anti-inflationniste allemande

JEAN-PIERRE PETIT*

L’Allemagne a indéniablement déçu dans la gestion de cette crise. Alors qu’il s’agit, avec la Chine et le Japon, d’un grand pays épargnant net à l’échelle mondiale, son plan de relance n’apparaît pas à la hauteur des enjeux. Selon le FMI, les mesures budgétaires discrétionnaires ne s’élèvent qu’à 1,6% du PIB en 2009 et 2% en 2010. C’est très loin de la Chine et du Japon et même des Etats-Unis. On voit là un travers habituel de l’Allemagne durant les périodes de crise; compter sur la relance des partenaires en fournissant soi même le minimum d’efforts; en théorie économique, on appelle cela le comportement de «passager clandestin». Bref, l’Allemagne n’a pas participé pour le moins à l’action de coopération internationale dans la résolution de la crise que le FMI appelait de ses vœux. Qui plus est, l’Allemagne (par la voix de la Chancelière A Merkel) s’est même permise de critiquer la BCE lorsque celle-ci a annoncé son programme d’achats d’obligations sécurisées par les banques (covered bonds), mesure pourtant tardive et modeste en comparaison avec les actions d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale et de la Banque d’Angleterre. Plus récemment, Berlin a décidé d’introduire une mesure constitutionnelle de retour à l’équilibre budgétaire. Cette phobie anti-inflationniste et ce culte de l’équilibre budgétaire, alors même que le monde traverse le choc le plus violemment déflationniste depuis les années 30, rappellent l’attitude de Heinrich Brüning, Chancelier de la République de Weimar entre 1929 et 1932, et qui se refusait à toute mesure de relance pour ne pas risquer un retour à l’hyperinflation du début des années 20. C’est ainsi que l’Allemagne fut le pays le plus rapidement touché par la crise de 1929, avec une perte réelle cumulée du PIB de l’ordre de 20%. Pourtant, l’Allemagne n’a pas de leçons à donner aux autres pays. Certes, elle a fait preuve de plus de discipline budgétaire et n’a pas sombré dans les artifices de la bulle immobilière. Mais c’est son système bancaire qui, en Europe continentale, a en revanche le plus été contaminé par la crise. Le système bancaire allemand apparaît toujours comme l’un des moins concentrés, des moins internationalisés et des moins rentables d’Europe, le tout en raison notamment du poids des Sparkassen (440 Caisses d’épargne), des banques mutualistes (1200 établissements) et des Landesbanken. Ce système peu rentable a expliqué la dérive du système dans les actifs toxiques (environ 200 milliards d’euros). Si l’on tient compte des pertes à venir liées à l’Europe de l’Est et à l’économie allemande elle-même, on comprend que la constitution de fonds propres est encore largement devant nous. Par ailleurs, son modèle de croissance, uniquement basé sur les exportations nettes, n’avait une apparente efficacité que parce que la demande intérieure des autres pays riches (en particulier des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de France et d’Espagne) était artificiellement tirée par la bulle immobilière. D’où l’explosion de l’excédent courant à plus de 7% du PIB en 2007. Aujourd’hui, avec la chute du commerce mondial, l’excédent courant devrait être ramené à environ 2% du PIB en 2009 et 2010. Au-delà, l’Allemagne ne pourra pas compter sur une reprise débridée du crédit dans les autres pays occidentaux et le temps sera long avant que la demande intérieure des pays émergents prenne le relais. Au total, l’Allemagne va probablement afficher une croissance négative de -6% en 2009, contre – 2,5% pour les Etats-Unis, -3% pour la France et -4% pour le Royaume-Uni. D’une manière générale, aucune réforme structurelle d’importance n’a été engagée durant le mandat d’A Merkel depuis l’automne 2005, si ce n’est le report de l’âge de la retraite. Pays vieillissant (avec une baisse probable de 10% de la population d’ici 30 ans), défensif et sans ambition, l’Allemagne, encore première puissance économique, n’apparaît pas en mesure d’impulser une nouvelle dynamique politique à l’Europe au cours des prochaines années.

* Stratégiste indépendant

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :

 Vers un crédit Crunch à l’allemande ? On dirait bien que ça croustille !!!! (cliquez sur le lien)

BILLET PRECEDENT SUR JEAN PIERRE PETIT :

Jean Pierre Petit : Premier « bilan » du choc Lehman

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