L'Etat dans tous ses états, ses impots et Nous

Du paternalisme au totalitarisme d’Etat

 La multiplication des interventions publiques et étatiques est d’autant plus alarmante qu’elle repose en général sur de bonnes intentions.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

 Presque chaque jour, dans la plupart des pays occidentaux, une nouvelle loi réglemente ce que les citoyens peuvent manger, boire, fumer, visionner ou lire. Les échanges de biens, les transactions financières et le marché du travail sont de plus en plus réglementés, en principe pour protéger les individus de leurs propres erreurs. La Suisse n’y fait pas exception. Le Conseil fédéral a récemment défrayé la chronique avec sa proposition de soumettre à une autorisation la garde d’enfants par des proches ou encore son projet de loi sur la prévention et la promotion de la santé.

Les implications toujours plus étendues de ce paternalisme d’Etat, un thème phare de la réunion de la Société du Mont-Pèlerin qui se tient actuellement à Stockholm, risquent de mener à terme à un nouveau totalitarisme, prévient l’économiste Gilles Saint-Paul, professeur à l’Université de Toulouse. Ces interventions sont d’autant plus dangereuses qu’elles reposent sur de bonnes intentions. En tombant dans le piège des comparaisons interpersonnelles d’utilité, la politique paternaliste entend protéger les citoyens infantilisés contre eux-mêmes. «Les individus ne sont plus tenus responsables de leurs propres décisions, ils sont donc assujettis à toujours plus de mesures de prévention coercitives», observe Gilles Saint-Paul. Or ces mesures finissent par détruire les incitations individuelles à se comporter de façon responsable, engendrant un cercle vicieux. Une fois l’Etat social établi, se pose en effet un problème crucial: comment traiter les personnes qui se mettent dans le besoin par leurs propres choix? Le «droit» à une aide incite clairement à des comportements à risque en atténuant leurs conséquences et en encourageant une déresponsabilisation de l’individu. Avec l’étendue sans précédent des assurances sociales, qui ne sont plus ciblées mais couvrent l’ensemble de la population, le paternalisme d’Etat devient désormais envahissant. Etant donné les coûts importants que ces systèmes collectivisés provoquent, la politique tente d’adapter les comportements individuels aux systèmes plutôt que de réformer ces derniers. Gilles Saint-Paul trouve la source de cette dérive paternaliste dans l’utilitarisme, qui fournit en général la justification de la redistribution de richesses à travers l’Etat social: selon cette théorie, la redistribution se justifie de par l’utilité supérieure qu’une personne dans le besoin en tire par rapport au détriment (fiscal) infligé à une autre personne. Cependant, nous pourrions désormais assister à l’émergence d’une société post-utilitaire, dans le sens où la conception de l’individu, du point de vue de l’Etat social, est en train de passer d’une personne rationnelle à un ensemble d’entités en proie à des problèmes comportementaux. L’une des conséquences de ce changement est que la responsabilité individuelle perd de sa légitimité et de son efficacité, menant à la recrudescence observée de mesures de prévention coercitives. Le paternalisme d’Etat post-utilitaire ne se limite pas à tenter de corriger les comportements des personnes dans le besoin, mais de l’ensemble de la société, de la même manière que l’Etat social s’applique à tous. Cela contraste avec les charités privées et les programmes sociaux étatiques de proximité, qui tendaient, à l’origine, à être ciblés. Un Etat social post-utilitaire est de moins en moins enclin à refuser une rente ou des prestations à des individus qui se soumettent à sa dépendance par choix et s’en remettent à ses mesures préventives. Ainsi, dans la pratique, l’aide sociale inconditionnelle va de pair avec les prélèvements obligatoires pour le système de retraites, les impôts sur le tabac ou sur la «malbouffe» avec les traitements médicaux gratuits, la distribution d’héroïne et de seringues avec l’interdiction de consommer cette substance. Un ciblage du paternalisme d’Etat ne fonctionnerait pas en raison de l’arbitrage induit par la discrimination entre catégories de personnes, explique Gilles Saint-Paul. Or tous les citoyens, en particulier ceux qui en auraient probablement le moins besoin, doivent financer ces programmes. Comment a-t-on pu en arriver là? Gilles Saint-Paul craint que la liberté individuelle ne fasse plus partie des valeurs contemporaines dominantes dans nos sociétés, ce qui ne devrait pas surprendre si ses fondements en politique n’étaient que purement utilitaires. Il serait urgent selon lui de revaloriser la dimension morale de la liberté….

Pierre Bessard

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : La Société du Mont-Pèlerin a ouvert hier sa réunion européenne à Stockholm. (cliquez sur le lien)

6 réponses »

  1. En passant…
    Sur le paternalisme d’Etat.

    Qu’il est l’effet du croisement de plusieurs lignes causales.

    Plan philosophique : aristotélisme politique.
    Plan religieux : le thème de la Providence et le paternalisme écclésiastique ( Thomas d’Aquin )
    Plan éthique : utilitarisme anglo-saxon, philosophie du bonheur identifié au bien-être étendu à la totalité d’une population ( Bentham, John Stuart Mill, communautarisme contemporain ).
    Plan politico-administratif national: Caméralisme des 17° et 18° siècle.( Seckendorff et von Justi ).
    Plan économique : conséquence de la révolution industrielle et du développement de la division du travail.
    Plan social : mutualisme socialiste puis dogme politique social-démocrate.

    Et enfin… le fond de l’affaire, la politique et l’économie politique pensées comme Sotériologies, remèdes à la tragédie de l’existence ( finitude, individuation, précarité irréductible -precarius, ce qui est donné sans garantie-, incapacité à affronter le réel i. e. la concurrence et la lutte pour la vie )…

    Une citation…
    Friedrich A. Hayek et le mirage de la justice sociale

    Droit, législation et liberté, 1976.

    Affirmer que dans une société d’hommes libres ( en tant que distincte de toute forme d’organisation contraignante) le concept de justice sociale est strictement vide et dénué de sens, paraîtra tout à fait incroyable à la plupart des gens. Ne sommes-nous pas tous constamment gênés de voir combien la vie traite injustement les diverses personnes, comment les méritants souffrent et les déméritants prospèrent ? N ‘avons-nous pas tous le sentiment de quelque chose de convenable, n’éprouvons-nous pas de la satisfaction, quand nous reconnaissons qu’une récompense est appropriée à l’effort fourni et au sacrifice consenti ? (… )

    Nos récriminations à propos de résultats du marché dits injustes n’affirment pas vraiment que quelqu’un a été injuste ; et il n’y a pas de réponse à la question : qui donc a été injuste ? La société est simplement devenue la nouvelle divinité à qui adresser nos plaintes et réclamer réparation si elle ne répond pas aux espoirs qu’elle a suscités. Il n’y a ni individu, ni groupe d’individus coopérant ensemble, à l’encontre de qui le plaignant aurait titre à demander justice, et il n’y a pas de règle de juste conduite imaginable qui, en même temps procurerait un ordre opérationnel et éliminerait de telles déceptions. (… )

    La justice sociale ne peut avoir de signification que dans une économie dirigée ou commandée ( par exemple une armée) où les individus se voient commander ce qu’ils ont à faire ; et n’importe quelle variante dejus ce sociale ne pourrait être réalisée que dans un tel système dirigé du centre.

    Site intéressant et passablement rafraichissant.
    ‘Pataphysiquement vôtre.

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  2. Juste en désaccord sur un point mon cher Lupus: il ne s’agit pas de paternalisme d’Etat mais de maternalisme d’Etat. La société s’est féminisée et refuse donc le risque et l’aléa: caractéristiques du matriarcat. Nous sommes rentrés de plein pied dans la société de la victime et de l’assisté, effectivement aussi dans la totalitarisme réglèmentaire: une société d’autorisation (en opposition à un société de liberté). Or le paternalisme au contraire favorise la virilité, le risque et la force. Le maternalisme est à l’opposé : refus du risque, prise en charge sociale de l’individu (on le materne), absence d’autonomie (cordon ombilical), et enfin par opposition à la force, on préfère le dialogue (la faiblesse).
    La société paternaliste est morte, hélas.

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