Behaviorisme et Finance Comportementale

La Grippe A est plus dangereuse pour l’investissement que pour la santé

AVEC L’HYSTÉRIE MÉDIATIQUE DÉCLENCHÉE, ON PEUT S’INQUIÉTER NON PAS DES CONSÉQUENCES RÉELLES DE LA GRIPPE MAIS DE L’IMPACT PSYCHOLOGIQUE SUR LES MARCHÉS….

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Je suis allé regarder sur les sites de l’Institut Pasteur, de l’officiel Center For Disease Control and Prevention américain (CDC) et de l’AFP afin d’essayer de me faire une idée. A mon sens, si l’inquiétude que nous pouvons avoir devrait être limitée sur le plan médical, je crains beaucoup plus la contamination des marchés et un mini-crack» dans les toutes prochaines semaines, tant les responsables sont loin de l’être dans leur communication et tant les marchés sont anxiogènes et fragiles dans le contexte actuel.

La réalité: à ce jour, nous en sommes à 1000 décès dans le monde soit 1,6 personnes tous les 10 millions d’habitants. Rien de bien dramatique, en tout cas pas à l’échelle de la communication qui est faite et de la peur qui en résulte.

Concrètement, la grippe ne tue pas, ni la A ni les autres. Ce sont ses complications qui tuent (source:Institut Pasteur). Les personnes subissant ces complications sont toujours les mêmes, à savoir les personnes fragiles: nouveaux-nés, personnes âgées et/ou gravement malades.(…)

La Grippe A est-elle plus contagieuse et plus mortelle que les autres?

Sur le premier point: indéniablement oui, on ne va pas contredire l’OMS. La question est: combien de fois plus contagieuse?

Nous ne sommes pas en période traditionnelle de grippe pour l’hémisphère Nord et pourtant, celle-ci se propage.

Conclusion: on n’en sait rien. C’est pourquoi on s’attend à ce qu’elle s’avère beaucoup plus contagieuse que la grippe habituelle la plus contagieuse (8 millions de Français touchés soit 13% de la population). Est-elle plus mortelle?

Il y aura plus de contaminés donc plus de morts. Est-elle plus mortelle pour autant? Manifestement non. Une fois de plus, on ne meurt pas de la grippe mais de ses complications et il n’y a pas de raison d’avoir plus de complications avec la grippe A qu’avec une autre.

Sur ce point, les statistiques américaines sont claires (source: CDC).

Nous sommes aussi dans la moyenne habituelle des taux de mortalité: 353 décès pour au moins 1 million de personnes actuellement contaminées, le taux ressort à 0,0035%, soit 350 personnes pour un million de malades. Ce qui est certain, c’est qu’avec un million de grippés aux Etats-Unis (en France, la grippe touche entre 2 et 8 millions de personnes par an sur quelques mois) et l’hystérie médiatique déclenchée, l’on peut s’inquiéter, non pas des conséquences réelles de la grippe mais de l’impact psychologique sur les marchés. Le taux actuel de contaminés aux Etats- Unis est encore objectivement très faible 0,4% de la population contre habituellement 3 à 13% pour une grippe «normale».

Les médias vont délirer de fièvre et l’on voit d’ici les tabloïds quand le seuil de 5% de la population américaine sera atteint, étant donné qu’à 0,4% les grands titres fleurissent déjà. «10 fois plus de personnes contaminées ce mois-ci que depuis le début de l’épidémie – 12 millions d’américains cloués au lit, plus de 6000 morts ; conséquence. l’indice de confiance des consommateurs du Michigan s’effondre…».

Et ce, d’autant plus que trois jours plus tard, les 5% seraient passés à 8%! Vu la vitesse de propagation du virus, cela risque d’arriver très vite. Ce qui inquiète, c’est la propagation par les responsables de messages tels que celui-ci: «Grippe A: 35% de la population touchée et 30.000 morts cet hiver en France», relayé par la rédaction du Post, qui cite Antoine Flahaut, épidémiologiste et directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes. (…) Si M. Flahaut a raison, il convient là encore de regarder les chiffres avec froideur:

35% de la population: 21 million de cas – la France est paralysée et les Etats-Unis le seront avant elle car il faudra bien que la population se mobilise pour s’occuper des malades.

30.000 décès: difficile à envisager  car cela signifierait un taux de mortalité de 0,14% comparable à celui des pays sous-développés.

Le plus probable est que l’on reste au maximum à celui des Etats- Unis, soit 0,03%, voire proche du taux habituel en cas de contagion élevée, ce qui fait tout de même entre 3000 et 10.000 décès. Cela correspond peu ou prou aux conséquences mal gérées de l’été de la canicule, mais cette fois-ci, les responsables pourront dire: «on craignait 30.000 morts et nous n’en avons eu que X milliers…». Cela représente néanmoins 2 à 5 fois plus que d’habitude, mais les marchés remonteront.

Si la réalité sanitaire s’avère moins terrible que celle anticipée par les experts, il n’en demeure pas moins que la peur aura bien essaimé et qu’elle se sera manifestée dans un contexte économique et de marché fragile. Les marchés, on le sait, se sont fortement repris depuis leur plus bas du printemps, corrigeant certes les précédents excès de pessimisme mais reposant heureusement aussi sur des raisons concrètes.

Le système financier mondial est sauvé, les actions des gouvernements, des banques centrales et de la Fed en particulier ont été remarquables comme remarquées et se concrétisent un peu partout dans le monde par des faits bien tangibles. Les statistiques surprenantes des taux de croissance français et allemand en sont l’illustration, ainsi que les résultats des banques américaines.

Cependant, compte tenu du rebond, il est clair que les opérateurs sont aujourd’hui plus nerveux.

Une mauvaise nouvelle de plus dans un marché en chute entraîne rarement une capitulation. A l’inverse, la baisse/prise de bénéfices du vendredi 14 août à l’annonce de la baisse non attendue de l’indice de confiance des consommateurs du Michigan illustre bien le risque psychologique dans lequel nous baignons actuellement. L’ampleur de la correction dépendra de la situation sanitaire réelle: 10 à 15% en cas de panique infondée, soit un Euro Stoxx 50 compris entre 2300 et 2450 avec, il est vrai, une résistance chartiste assez forte autour de 2450; 15 à 20% si elle est fondée, soit le niveau d’avril après l’effondrement de mars (1750).

Seule des nouvelles économiques bien meilleures qu’attendu pourraient contredire ce pessimisme.

XAVIER LÉPINE Président de l’UFG

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Jean Pierre Petit : L’influence de la pandémie H1N1 sur l’économie et les marchés (cliquez sur le lien)

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