Commentaire de Marché

Philippe Jabre ou comment Survivre avec les Loups….

Eh eh  🙂  …. Phillippe Jabre  en entretien c’est suffisamment  rare pour ne pas bouder notre plaisir….Réfugié en Suisse, exilé de la City pour cause de « chasse aux sorcières made in Britain » il est considéré comme un des plus grands gestionnaires au monde….

Courte bio et entretien

Né en 1960 à Beyrouth, Philippe Jabre est titulaire d’un MBA de la Columbia Business School. Amateur de photographie contemporaine, dont il a décoré son bureau situé à deux pas de la tour de l’Ile à Genève, ce gestionnaire de hedge fund a notamment fait ses armes à Paris, chez BNP Paribas. Sa spécialité: l’arbitrage d’obligations convertibles. Dans les années 1990, après avoir rejoint GLG Partners à Londres, il figure parmi les gérants alternatifs les plus courtisés. Parti de la City en 2006, il a rebondi dans la Cité de Calvin en lançant sa propre affaire, qui gère aujourd’hui quelque 4 milliards de francs.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Survivre, c’était sortir du marché… et tenir»

Par Propos recueillis par Frédéric Lelièvre et Pierre-Alexandre Sallier

Philippe Jabre est fondateur du fonds Jabre Capital Partners, répond aux questions du Temps dans un grand entretien.

– Le Temps: Vous revenez de loin. Votre fonds de placement vedette, qui affiche une performance de 70% cette année, avait plongé de 35% l’an dernier. Alors que vous aviez pourtant largement prévu, dès le début 2008, l’ampleur de la crise qui allait éclater. Qu’est-ce qui a coincé?

– Philippe Jabre: Dès la fin mai 2008 nous nous sommes préparés au pire. Nous avons réduit notre levier [ndlr: emprunts contractés pour amplifier les paris pris sur les marchés] de près de deux tiers. Nous avons vendu plus de 10 milliards de dollars de titres. Nous avons parié – en «shortant», en achetant des CDS – sur la descente aux enfers du secteur financier. Cependant Nous avions mal jugé plusieurs éléments.

– Lesquels?

Tout d’abord, les ventes forcées qu’allait provoquer la dislocation des marchés sur lesquels nous opérions – en particulier les obligations convertibles – après la faillite de Lehman Brothers. Mais le véritable danger est venu d’ailleurs: tous les participants du marché, qui démultipliaient leurs investissements en empruntant trois ou quatre fois l’apport initial de leurs clients ont soudain vu leurs crédits coupés par leurs banques. Et ont ainsi dû se débarrasser de leurs titres. À n’importe quel prix. Nous avions beau investir en anticipant une crise majeure, cela ne servait plus à rien.

– Et cela, c’était imprévisible?

– Du jour au lendemain les banques annoncent aux hedge funds: on ne continue à prêter que si vous placez votre argent dans des produits peu risqués. Pour corser le tout, les investisseurs ont commencé à retirer leur argent. Sans distinction. Or quand ces institutions prennent la décision de retirer dix milliards de dollars des quelques hedge funds spécialisés comme nous dans les obligations convertibles, cela provoque – en raison du recours à l’emprunt de ces fonds – la vente de près de 50 milliards de titres, ce qui fait plonger le marché. Une telle panique n’était pas prévisible.

– Qu’est-ce qui vous a permis d’éviter de mettre la clef sous la porte?

– Le problème était simplement de tenir le coup. A partir de novembre, nous avons décidé de faire le tour de tous les clients de notre véhicule dit de «multistratégie» [ndlr: le plus important de la firme] pour les rassurer. En montrant le détail de notre portefeuille, pour leur faire voir qu’il ne contenait pas d’actifs toxiques. En rappelant que nos emprunts ne représentaient plus que 1,2 fois les fonds apportés. Problème, même ceux continuant de nous faire confiance redoutaient que le départ des autres ne leur laisse plus rien. Je leur ai alors proposé une alternative: voter sur l’échelonnement de leurs retraits. Ceux souhaitant partir toucheraient 50% des remboursements échelonnés entre janvier et juin. Ils ont accepté à la quasi-unanimité, deux jours avant l’éclatement du scandale Madoff. Ce dernier aurait pu changer la donne, car l’affaire Madoff a durement touché certains fonds de fonds et donc leur besoin de liquidités.

– Que leur avez-vous proposé en échange?

– Un abaissement de nos commissions.

– Les banques finançant vos opérations vous ont-elles mis sous pression?

– Nous n’avions pas de compte chez Lehman et notre principal sponsor était UBS. Il l’est resté car la filiale londonienne avec laquelle nous travaillons est garantie par la maison mère et donc bénéficie du soutien implicite des autorités suisse. Comme j’avais fortement réduit mon levier et que j’avais vendu à tour de bras mes titres, ils ne m’ont jamais mis la pression. De toute façon, si cela avait été le cas, nous n’aurions jamais obtenu ce vote de confiance de nos clients.

– Vous avez réduit vos effectifs?

– Nous nous sommes séparés d’une quinzaine de collaborateurs l’an dernier. Aujourd’hui notre effectif est de 50 personnes.

– Quand êtes-vous revenu sur le marché?

– Nous avons recommencé à acheter des obligations convertibles dès la troisième semaine de novembre, lorsque le marché a cessé d’être l’objet de ventes forcées de la part de nos concurrents, dont les deux tiers étaient devenus inopérationnels. Fin mars, nous avons recommencé à acheter la bourse. Deux semaines après le plus bas. Deux semaines durant lesquelles je me suis torturé pour savoir s’il fallait revenir.

– Continuez-vous de tabler sur une reprise des marchés?

– La première phase de la hausse, au cours du printemps, a été difficile. D’autres ont acheté puis revendu, ce qui n’est pas mon cas. Fin juin, au sortir d’un trimestre extraordinaire, je me suis dit qu’on pouvait partir en vacances. Mais le 10 juillet, il y a eu le deuxième rebond suite aux profits annoncés par les entreprises. En cinq jours, la bourse a repris ce qu’elle avait perdu en cinq semaines! Du jamais-vu. On a encore acheté. Actuellement, on est dans le troisième volet de la reprise. La hausse est nourrie par les perspectives de retour de la croissance économique, par le fait que les gouvernements ne peuvent pas monter les taux d’intérêt trop tôt. Cette normalisation va permettre aux entreprises, banques, assureurs – qui doivent réduire leur endettement – de se recapitaliser, d’émettre beaucoup de titres. Cela va certes peser sur les cours, mais cela enlèvera aussi le risque, la volatilité.

– Avez-vous acheté des actions UBS?

– Quand j’ai acheté l’action à 13 francs [ndlr: celle-ci se traitait vendredi à 19,50 francs], on m’a traité de fou. Alors que rien que les activités de gestion d’actifs du groupe valaient au moins 20 francs par action.

– Vous n’avez jamais remis en cause votre spécialisation dans les obligations convertibles?

– Jamais. On a pu racheter ces obligations souvent à moitié prix en novembre. Nous avons dit à nos clients: si on ne touche pas au portefeuille de convertibles, vous ferez 25% sur deux ans. Et beaucoup plus si on a la chance de bénéficier d’une reprise boursière. Le jeu était de se retirer, tenir et remonter.

– Vos paris pris en 2009 vous ont-ils permis de compenser les pertes de 2008 sur votre fonds vedette?

– Non seulement de les compenser mais d’être en hausse par rapport à début 2008.

– Voyez-vous la clientèle revenir?

– Depuis juillet, il y a un regain d’intérêt et d’investissement dans notre principal programme multistratégie, qui gère aujourd’hui 2 milliards d’encours, contre 3,5 milliards au début 2008. Les deux autres programmes «longs» – qui gèrent au total plus de 1,6 milliard de dollars – ont de leur côté attiré entre 300 et 400 millions de dollars cet été. J’espère gérer un encours total de 5 milliards à la fin de l’année.

– Cependant vos clients ne font pas appel à vous pour perdre 35% une année, en gagner 70% une autre…

– Nous avons également deux fonds «longs» faisant peu recours à l’endettement. L’un d’eux, qui gère 1 milliard de dollars, n’a pas baissé l’an dernier. Comment? De juin 2008 à mars 2009, le fonds a vendu tous ses titres, ne conservant pratiquement plus que du numéraire. Durant les six mois catastrophiques, il n’y avait pas d’autres solutions: quoi que vous achetiez alors, vous perdiez de l’argent. C’est cette leçon des krachs précédents que ne maîtrisaient pas nombre de gérants de hedge funds, dont les deux tiers avaient été lancés après 2002.

POUR CEUX QUI POURRONT ETRE LA : Conférence de Philippe Jabre à Genève

Le gérant alternatif exposera sa vue des marchés.

Philippe Jabre donnera une conférence le 29 septembre prochain au Finance Summit (www.finance-summit.com) organisé à Genève, et dont Le Temps est partenaire. Il s’exprimera sur l’avenir de l’industrie des hedge funds, puis participera à un débat.

EN RAPPEL : Ma Chronique des Hedges Funds Mai 09 (cliquez sur le lien)

DERNIERE MINUTE : 

Les hedge funds ont affiché une performance positive en août pour le sixième mois consécutif, selon le rapport mensuel de l’Edhec, avec une stratégie de fonds de fonds en hausse de 1,24%. La stratégie Arbitrage de convertibles a enregistré la plus forte progression : 3,28%. Grƒce à 9 mois de hausse ininterrompue, cette stratégie a retrouvé ses niveaux de décembre 2007. L’Edhec explique la bonne performance du mois dernier par l’élargissement des spreads de crédit et la solide performance des obligations convertibles. 

La stratégie Short Selling a affiché la plus mauvaise performance avec un repli de 1,71%, portant sa baisse depuis le début de l’année à 14,8%.

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