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L’illusion économique…. Les maths, pour le meilleur et pour le pire

L’illusion économique…. Les maths, pour le meilleur et pour le pire

En 2007 Bernard Guerrien  sortait un ouvrage  dénonçant les ravages de la modèlisation mathématique appliquée de manière outrancière à la sphère économique….La suite des évènements lui aura donné hélas raison….Retour sur le questionnement de l’époque et la dénonciation d’une hérésie se voulant normative !!! N’oubliez pas d’y penser à chaque fois que votre Banque tentera de vous « fourguer » un de ses « produits structurés maison » censés transformer le plomb en or !!!!

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 Encore une belle théorie. Il y a tout juste une semaine, le Prix Nobel d’économie a récompensé trois chercheurs pour «avoir jeté les fondations de la théorie de la conception des mécanismes de marché». Une belle théorie sûrement, mais surtout une belle construction mathématique. 

Car quiconque souhaite comprendre l’apport des trois lauréats, mathématiciens de formation, se heurte vite à un mur d’équations. Sur nobel.se, le jury a bien fait un effort de vulgarisation. Mais on y parle beaucoup «axiome» et «théorème», sans doute plus que jamais. Et, malheureusement, aucun exemple d’application concrète de ces recherches n’est fourni. 

N’y en a-t-il pas? Les économistes interrogés la semaine dernière, dans ces colonnes ou ailleurs, ont bien cité des enseignements généraux sur les modalités de privatisation des entreprises publiques depuis quelques décennies ou la façon d’attribuer les licences de téléphonie mobile. Mais pour creuser un peu, on doit vite retourner aux maths. Ce n’est pas la première fois que les nobélisés ressemblent plus à des mathématiciens qu’à des économistes (pensons à Debreux en 1983 ou Heckman et McFadden en 2000). Qu’ils suivent une approche strictement normative (comment les marchés devraient fonctionner). Et que leur corpus théorique, très rigoureux, limite considérablement la possibilité de vulgariser leurs travaux. 

Cependant, le mur séparant la «vraie» économie de celle des universitaires est particulièrement haut cette année. 

Cette formalisation fait au moins rire un économiste, Bernard Guerrien. Dans un ouvrage* publié au début du mois, l’universitaire français, en poste à Paris-I, s’en prend à ce qu’il appelle une «illusion». «Pour progresser dans la connaissance, ce que se propose toute science, il faut […] partir des sociétés telles qu’elles sont puis chercher à déduire les conséquences des comportements de leurs membres animés par le désir de richesse. Il est clair que la voie est laborieuse, nettement moins gratifiante que celle qui consiste à faire de belles démonstrations mathématiques, en donnant l’impression que l’on est devant des résultats incontestables, même si l’on n’y comprend rien, et donc que ceux qui les formulent savent de quoi ils parlent», écrit-il. 

Paradoxalement, Bernard Guerrien ressemble beaucoup à ceux qu’il critique puisqu’il est lui-même… docteur en mathématique! Plusieurs de ses ouvrages ne rechignent pas à aligner les équations. 

Que cherche-t-il alors? Faire comprendre les limites de la formalisation, et son usage idéologique. «Le principal argument avancé par les néoclassiques pour justifier leur démarche est qu’elle est la seule à être vraiment rigoureuse, et donc scientifique, puisqu’elle fait appel systématiquement aux mathématiques», poursuit-il. On devrait, selon lui, surtout s’intéresser aux hypothèses de ces modèles, qu’il estime déconnectées de la réalité. 

L’ouvrage de l’universitaire français s’inscrit dans un mouvement lancé en 2000, mais retombé depuis, par des étudiants français. Autisme-economie.org s’attaquait à cette emprise des mathématiques, dont un des effets pervers était de détourner les étudiants de l’économie vers la gestion, tellement plus concrète. Derrière se trouvait un projet aussi plus politique, contre ce que les équations consacraient: le marché comme mécanisme absolu et infaillible d’allocation des richesses. 

Bernard Guerrien se pique d’ailleurs de rappeler qu’historiquement l’émergence des mathématiques en économie doit beaucoup au développement de la planification. Friedrich von Hayek, père du tout marché, détestait les équations, rigole-t-il! 

La finance, qui embauche à tour de bras physiciens et mathématiciens, n’échappe pas non plus à sa critique. «Tout le monde a entendu parler de l’histoire du singe qui, en choisissant des titres au hasard, (dégage un rendement) au moins aussi (bon) que les professionnels avec leurs modèles mathématiques très élaborés», rappelle-t-il. 

L’actualité financière de l’été vient apporter de l’eau à son moulin. Les fonds de placement quantitatifs, qui fonctionnent selon des modèles se passant souvent de toute intervention humaine, ont pris une belle déculottée au moment de la crise des «subprime». 

Utilisées pour le meilleur (simplifier la présentation de problèmes compliqués, produire des raisonnements plus rigoureux), les mathématiques ne serviraient donc que le pire (déconnecter la matière de la réalité). Sans oublier que, toujours selon Bernard Guerrien, il n’existe en économie «pas de loi, ni même de tendance avérée, pas de régularité empirique, pas de technique qui ferait consensus, comme cela se passe dans les sciences de la nature». La critique stimulante vire au pamphlet. 

Le Prix Nobel de cette année montre certes comment la formalisation, à l’excès, peut se couper d’une certaine économie réelle. Mais la complexité de certains problèmes ne rend-elle pas indispensable un haut degré de formalisation? Pour ne parler que de la finance, citons les banques, demandeuses de techniques sophistiquées pour mesurer leurs risques; les modèles indispensables à la valorisation des actions, des obligations ou des produits dérivés; et même la finance comportementale (qui n’est pas avare d’équations) qui tient compte de la rationalité à géométrie variable des cambistes. 

Il est toujours bon de critiquer les méthodes employées pour éviter qu’elles ne tournent en rond. Mais, ce serait une erreur de ne pas reconnaître les progrès effectués. 

source le temps 2007

A LIRE :  L’illusion économique, Editions Omniscience, octobre 2007.

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : LE SITE  http://www.autisme-economie.org/ (cliquez sur le lien)

Mathématiciens de la finance: aveugles, sourds et muets (cliquez sur le lien)

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