Douce France

Jacques Bichot : « Les Etats constituent une pyramide à la Madoff »

Dans le tombeau des dépenses PHARAONIQUES….

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Quel lien faites-vous entre les pyramides d’argent à la Bernard Madoff et l’endettement des Etats ? 

Madoff a obtenu de l’argent des épargnants sans l’investir, ou en investissant des proportions minimes. Il payait les intérêts avec  les nouvelles souscriptions.

C’est à peu près ce que font les Etats lorsqu’ils empruntent aux ménages à travers toutes sortes de systèmes (assurance-vie, Sicav,…), qui achètent des titres du Trésor. Les pouvoir publics remboursent les obligations et leurs intérêts avec l’émission de nouvelles obligations, et constituent ainsi une pyramide à la Madoff.

Aujourd’hui, le déficit public est devenu un engrenage. C’est une fuite en avant, comme pour Madoff. On emprunte de plus en plus pour assurer le service de la dette, il faut que la chaîne d’argent ne s’arrête pas, que la boule de neige grossisse toujours. 

Si les Etats empruntent à des conditions bien meilleures que Madoff (les taux courts sont voisins de zéro aujourd’hui), ils remplacent les intérêts généreux que payait Madoff par leurs dépenses courantes.

Le système risque-t-il de s’effondrer comme ce fut le cas pour Madoff ? 

Même si on a connu par le passé des cas de faillite d’Etats, je pense en particulier à l’Argentine, il n’y a pas de risque de défaut à moyen terme pour les grands pays. Même les plus endettés comme les Etats-Unis ou le Japon sont à l’abri. La différence entre les Etats et Madoff, c’est que personne ne veut voir un Etat tomber. Il est en quelque sorte « too big to fail », trop gros pour faire faillite.

Le Japon par exemple traîne sans difficulté deux années de PIB de dette depuis un certain nombre d’années.

Malgré les excès de ces derniers temps, le système va perdurer. Il n’en est pas moins inquiétant.

Lorsque vous parlez d’excès, à quoi pensez-vous ?

Un déficit dans une perspective de relance keynésienne peut se défendre. Le problème, c’est que des gouvernements (notamment ceux de la France) font des déficits de manière chronique, même en période de forte croissance économique.

L’exemple typique est le trou de la Sécurité Sociale. On ne veut pas prélever ce qu’elle dépense. On alimente ainsi un déficit structurel, récurrent sur les vingt dernières années. On n’a jamais profité de la croissance économique pour apurer le déficit.

Lorsque le président de la République a baissé les impôts à son arrivée au pouvoir, on n’était pas non plus dans une conjoncture de crise. Il n’y avait aucune raison de baisser les impôts, si ce n’est l’application d’une certaine philosophie politique.

Que faudrait-il faire selon vous pour stabiliser la dette publique ?

Pour couvrir les dépenses, il faudrait prélever plus d’impôts. Or, les prélèvements obligatoires sont déjà à un niveau élevé dans la plupart des pays industrialisés. On est à 45% du PIB en France. Les hommes politiques sentent qu’il y à là un plafond de verre et qu’il serait politiquement suicidaire de le dépasser. Ils ne prendront donc pas le risque d’une hausse d’impôt.

La seule solution dans ce contexte consiste à réduire les dépenses publiques. A long terme, celles-ci devraient être compatibles avec un niveau de prélèvement obligatoire de 45% du PIB.

Le plan de relance était-il justifié compte tenu de cet objectif ?

Même si je me définis comme un économiste libéral, je pense que la relance keynésienne est utile dans le contexte actuel. L’économie a été très traumatisée par la crise financière. C’est une crise économique somme toute classique : restriction du crédit, perte de confiance, effet déflationniste lié au dégonflement de la bulle financière, chômage. Au-delà de la sphère financière, il est normal que les gouvernements cherchent à limiter les effets de la crise sur la vie des gens.

Mais je ne suis pas sûr que Keynes aurait approuvé le plan de relance tel qu’on le fait. On aurait pu jouer la relance sans aller jusqu’à un déficit de plus de 8% du PIB. Les allemands ne sont pas allés jusque là. D’autres exemples nous incitent à la modération, comme celui de la Suède.

A mon sens, le grand emprunt ne se justifie pas. On risque d’avoir beaucoup d’avions renifleurs et assez peu d’investissements rentables de la part de l’Etat. Il faut faire confiance au secteur privé pour déterminer quels sont les investissements d’avenir.

Quelles mesures préconisez-vous pour faire repartir l’économie sans alourdir les déficits ?

Il existe des ressorts autres que la dépense publique. Je pense en particulier à la simplification de la vie des entreprises, par exemple en matière d’exonérations de charges sociales. La collectivité n’a aucun intérêt à ce que chaque entreprise paie des fiscalistes pour savoir à quelles exonérations elle a droit, plutôt que d’investir dans la production et les salaires.

Il en va de même pour le crédit d’impôt recherche ou pour les aides à l’investissement. Les entreprises dépensent une énergie folle pour avoir accès à ces aides. Une énergie qu’elles feraient mieux de consacrer à leurs business plans.

Jacques Bichot : économiste

Propos recueillis par François Schott

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Retraite : 2010 risque fort de n’être qu’une réformette”  (cliquez sur le lien)

QUELQUES NEWS DE NOS MADOFFS FRANÇAIS :

La Commission européenne, gendarme budgétaire de l’UE, a demandé mercredi à la France de ramener d’ici 2013 son déficit public, gonflé par la crise, dans la limite de 3% du PIB, faisant fi des réserves de Paris qui demandait à bénéficier d’une année supplémentaire.

Formellement, l’exécutif européen a prolongé d’un an une précédente date butoir fixée à la France au printemps dernier, en arguant de la gravité de la crise économique, a annoncé à la presse le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia.

Il confirmait ainsi des informations qui avaient déjà filtré ces derniers jours.

Mais Paris plaidait pour bénéficier d’un délai jusqu’en 2014. La ministre française de l’Economie Christine Lagarde a prévenu mardi qu’il serait « extraordinairement difficile » et « fort peu réaliste » de ramener le déficit public sous la barre des 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013, plafond prévu par le Pacte de stabilité européen.

Le Premier ministre François Fillon a annoncé la semaine dernière qu’il présenterait début 2010 une stratégie pour ramener le déficit, attendu l’an prochain au niveau record de 8,5% du PIB, sous les 3% « à l’horizon de 2014 ».

Du coup les tensions sur la question des déficits entre Paris et Bruxelles, récurrentes ces dernières années, renaissent. « Je connais très bien les arguments » de la France sur la date butoir de 2013, a répondu laconiquement M. Almunia, en réponse à une question sur les objections de Paris.

La Commission fait valoir qu’elle doit traiter tous les pays avec équité et estime que le Pacte de stabilité ne permet dans le contexte actuel que d’accorder une année supplémentaire aux pays comme la France.

Paris et Bruxelles se disputent aussi à propos du projet de grand emprunt national que compte lancer le président Sarkozy pour financer des projets d’investissement d’avenir, dans la recherche, les nouvelles technologies ou les voitures moins polluantes. Son montant devrait être compris entre 25 et 50 milliards d’euros.

« Un emprunt public augmente la dette, ça c’est évident », a dit M. Almunia mercredi.

Paris, à l’inverse, prône une approche plus sélective car de son point de vue les dépenses d’investissements ne peuvent être considérées comme des dépenses de fonctionnement et alourdir automatiquement le poids du déficit budgétaire et de la dette.

D’une  manière générale, M. Almunia, a paru s’inquiéter de l’écart qui se creuse en matière de déficits entre la France et l’Allemagne.

« Ces deux économies, qui sont les plus importantes de la zone euro et deux des trois plus grandes de l’UE, devraient agir de manière cohérentes concernant leurs stratégies budgétaires respectives. Car, à défaut, la coordination des politiques économiques et la gouvernance économique en Europe sera impossible », a-t-il dit.

Il s’est dit persuadé que Paris et Berlin en étaient « convaincus ».

Berlin table sur un déficit de 3,7% seulement cette année, très inférieur à celui de la France. Pour la suite, Berlin s’attend à un chiffre de 6% en 2010, ramené à 5% en 2011, 4% en 2012, puis 3% dès 2013.

Source afp nov09

 

Petite France: « très difficile » de ramener le déficit à 3% du PIB dès 2013 (Richelieu Woerth)

Le ministre du non  Budget, Richelieu  Woerth, a estimé mardi qu’il serait « très difficile » de ramener dès 2013 le déficit public français sous les 3% du Produit intérieur brut comme le demande Bruxelles, soulignant que l’effort consenti par la France était déjà « considérable ».

« Le Premier ministre François Fillon a indiqué que nous serons à 3% (de déficit, ndlr) en 2014 », a déclaré M. Woerth sur Europe 1, soulignant que « cela sera très difficile » d’y parvenir en 2013.

La Commission européenne va demander mercredi à la France de ramener dès 2013 son déficit public sous la limite autorisée dans l’Union europénne de 3% du Produit intérieur brut (PIB), soit un an plus tôt que prévu par Paris.

« En 2010, le déficit devrait atteindre 8,5% », a rappelé le ministre. Selon le projet de budget pour 2010, « en 2011, on passera de 8,5% à 7% puis à 6% en 2012 et 5% en 2013 », a-t-il ajouté, estimant que l’effort était déjà « considérable ».

« Le Premier ministre a souhaité encore accélérer ce mouvement », a ensuite affirmé M. Woerth en marge d’un colloque sur le grand emprunt. « Il faut aller plus vite que ce que nous avions prévu, c’est-à-dire qu’il faut être encore plus rapide dans la contrainte sur les dépenses », a-t-il dit à des journalistes.

S’agissant du futur grand emprunt, il doit être aux yeux du ministre du Budget « compatible avec nos finances publiques » et « avec la signature française », afin de ne pas détériorer la notation de la dette de la France et donc ses conditions de financement. 

« Le coût de l’emprunt doit être inférieur au retour sur investissement », a renchéri Eric Woerth, estimant que « la minimisation du coût » de cette opération devait « être privilégiée ».

M. Woerth a par ailleurs estimé sur Europe 1 qu’il y aurait « plus de croissance » à partir de 2011.

M. Fillon a affirmé lundi que la croissance économique de la France pourrait atteindre 1,5% en 2010, soit le double de ce qu’a inscrit le gouvernement dans son projet de budget.

« On a doublé nos espérances de croissance », a souligné M. Woerth. « On a prévu 2,5% en 2011, c’est-à-dire une France qui repart plus vite ».

Le ministre a réitéré son refus de toute augmentation d’impôts pour résorber les déficits. Ce n’est pas par l’augmentation d’impôts qu’on aura des recettes mais « par l’augmentation d’activité », selon lui.

Source afp nov09

5 réponses »

  1. Un Etat ne fait pas faillite, c’est sa monaie qui est dévalorisée. L’argentine n’a d’ailleurs pas fait faillite au sens propre du terme, sauf qu’elle a mis fin a la parité d’échange entre sa devise et le dollar et converti sa dette en monaie de singe. C’est pour cette raison qu’une politique européenne commune de financement est essentielle. On ne veut pas prendre le risque de voir un pays devoir quitter la zone euro vu sont incapassité d’assumer sa dette. L’euro restant fort par les autres pays.

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