Gold et Métaux Précieux

Jean Pierre Petit : Bilan d’un décennie prodigieuse pour l’or (I)

Directeur de la recherche économique et de la stratégie d’ Exane-BNP Paribas jusque fin 2008, Il a été auparavant (1995-1999) adjoint au directeur des études économiques de la BNP, adjoint de direction à la Banque de France et consultant pour le Fonds monétaire international (1986-1994). Il est diplômé de Sciences Po Paris, détient une maîtrise en droit et est titulaire d’un DEA d’économie internationale. Jean Pierre Petit est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, La finance, autrement (en collaboration, Dalloz, 2005).Aujourd’hui devenu stratégiste et économiste de marché indépendant il continue de collaborer  de manière régulière à divers revues et journaux économiques et financiers. Voici le 21ème billet d’une série qui lui est consacrée…

Jean Pierre Petit : Bilan d’un décennie prodigieuse pour l’or (I)

L’ONCE D’OR EST PASSÉ D’UN POINT BAS DE MOINS DE 260 $/OZ EN AVRIL 2001 À UN PIC À PLUS DE 1200 FIN NOVEMBRE 2009.

L’or a progressé de 286%. Soit un rendement annualisé de 14%.

Depuis 2007, il a gagné de nouveaux vecteurs d’attrait.

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L’or constitue pourtant un actif «mystérieux» et singulier à plus d’un égard. Comme pour les autres matières premières, son cours d’équilibre est difficile à estimer dans la mesure où l’on ne peut pas actualiser des cash flows futurs.

Mais voici aussi une matière première qui, bien plus que les métaux, l’énergie ou les matières agricoles, constitue un actif de placement historique. Or, cette décennie a été marquée par une «financiarisation » accrue de l’or.

Depuis dix ans, la part de la demande émanant de la bijouterie est passée de 80% à moins de 60% et celle de l’investissement sous forme physique et papier de 10 à 30%.

Ce changement de structure s’est accompagné d’une hausse tendancielle de la volatilité. Celle-ci est passée de 5% au creux de 1995, à 15% aujourd’hui. Même si cela reste faible par rapport aux autres matières premières, ce triplement n’est pas négligeable.

Les positions spéculatives nettes longues sont à un niveau plus élevé qu’à la mi 2008, lorsque les chiffres d’inflation en glissement étaient les plus élevés alors que ce n’est pas le cas pour les matières premières dans leur ensemble. Cette déconnexion explique en partie l’appréciation très marquée de l’or (+30% depuis le début de l’année).

Les cours de l’or ont au total connu depuis 2001 une progression significative, l’once d’or passant d’un point bas de moins de 260 $/oz en avril 2001 à un pic à plus de 1 200 fin novembre 2009.

Ce dégel est intervenu après une période de glissade quasi ininterrompue de 1980 à 2000. Ce renouveau de l’or a donc fait sortir du purgatoire un actif oublié. L’or, qui avait déjà retrouvé en nominal les niveaux record de janvier 1980 (850$/oz) dès le début 2008 est cependant encore à moins de la moitié de son niveau «réel» de 1980, c’est-à-dire déflaté de l’indice des prix à la consommationaméricain.

Il convient de revenir le cycle de baisse de l’or, qui a duré une vingtaine d’années. La sous performance de l’or de 1980 à 2001 avait reposé sur trois facteurs essentiels:

a) D’une part, la désinflation mondiale générée par la mondialisation, la déréglementation, la désindexation des salaires et les politiques monétaires d’ancrage anti-inflationniste avaient réduit l’intérêt de détenir un actif réel de protection contre l’inflation.

b) D’autre part, la rentabilité totale des actions et des obligations a été tout à fait exceptionnelle sur la période 1982-2000 (+ 14% en termes réels annuels pour les actions, + 8,5% en termes réels annuels pour les obligations), ce qui a en toute logique pesé sur les cours de l’or, actif de diversification par définition.

c) Il convient de noter également l’amélioration du climat géopolitique sur la période 1985-2000, contrairement aux années 1970 (guerre du Vietnam péniblement «soldée», faiblesses des Présidences Ford et Carter, offensives stratégiques de l’ex-Union Soviétique, otages américains à la suite de la révolution …)

Depuis 2001, le climat a considérablement changé. Le retour de l’or a résulté de la combinaison de facteurs très favorables: éclatement de la bulle actions TMT, montée de l’aversion face au risque, chocs géopolitiques (11 septembre 2001, guerre en Irak et tensions au Moyen-Orient), «Enronite» en 2002, pressions baissières sur le dollar dès la fin 2001, intérêt pour les hedge funds des paris macro sur les matières premières, dont l’or, etc.

A partir de la grande crise de 2007- 2009, l’or a regagné de nouveaux vecteurs d’attrait avec la crise de confiance dans le système bancaire et financier, les risques de rerégulation des actifs financiers, voire des paradis fiscaux, ainsi que le risque de défaut des Etats occidentaux.

La décennie 2000, caractérisée par deux grandes crises de confiance, aura donc été celle de l’or.

JEAN-PIERRE PETIT* Stratégiste de marchés dec09

Pour quelques lingots de plus : jusqu'où l'or peut-il monter ?

 

EN COMPLEMENT :

Dans un document récent, l’économiste bear Nouriel Roubini s’attaque à la bulle de l’or sous le titre  » The New Bubble in the Barbaric Relic that is Gold « . Il ne s’est pas fait que des amis du côté des fans du métal jaune comme QB Asset Management qui accuse Roubini de provocation et de manque de rigueur intellectuelle. Un texte à lire sur The Business Insider.(cliquez sur le lien)

DERNIER BILLET SUR LE GOLD :  Gold : Quelques vérités sur l’or qui dérangent (cliquez sur le lien)

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