Le Temps

Energie : Aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire a de nouveau le vent en poupe

Barack Obama a appelé à la création d’une «nouvelle génération de centrales propres et sûres»

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L’industrie nucléaire des Etats-Unis a le sourire. Dans son récent discours sur l’état de l’Union, Barack Obama avait appelé de manière appuyée à la création d’une «nouvelle génération de centrales nucléaires propres et sûres». Un virage confirmé encore par le projet de budget 2011 présenté lundi dernier: le président propose au Congrès de tripler le montant des prêts garantis au secteur, pour le porter à 54 milliards de dollars. De quoi assurer le financement initial pour entamer la construction de sept à dix nouvelles centrales nucléaires ces prochaines années.

La question de l’énergie nucléaire a fortement ressurgi aux Etats-Unis avec le débat autour des énergies propres et la volonté américaine de limiter sa dépendance vis-à-vis du pétrole. Mais ce thème est ici largement lié à l’accident de Three Mile Island, en 1979. Depuis lors, aucun nouveau réacteur nucléaire civil n’est venu s’ajouter aux 104 centrales dont dispose le pays, et qui produisent 20% de son électricité. Avant de devenir président, Barack Obama avait assuré à plusieurs reprises que son opposition au nucléaire n’était pas absolue. A cette nuance près: «Nous n’aimons pas le fait que (les centrales) puissent exploser, nous irradier et nous tuer. C’est cela le problème.»

Aujourd’hui, pourtant, ce «problème» semble pouvoir être résolu, aux yeux du président. De fait, dans sa volonté d’obtenir du Congrès des mesures pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, le nucléaire apparaît de plus en plus clairement comme une monnaie d’échange face aux réticences des conservateurs. Parmi d’autres, le sénateur républicain Lindsey Graham (Caroline du Sud) se félicitait: «J’espère que les républicains saisiront cette chance qui ne se présente qu’une fois par génération. Mais en retour, nous devrons nous accorder sur une limite des émissions (de CO2).»

Cette volte-face présidentielle a fait sauter au plafond la gauche du Parti démocrate et les associations qui militent en faveur de l’abandon définitif du nucléaire. Mais elle est encore jugée insuffisante par une partie des conservateurs. Au-delà du renouvellement des réacteurs, se pose en effet la question de l’entreposage des déchets radioactifs. Or, sur ce plan-là, ce sont les républicains qui sont déçus. En n’accordant plus un centime au site de Yucca Mountain, dans le Nevada, la proposition de budget du président enterre en effet ce projet pourtant perçu comme le plus prometteur depuis des décennies. Actuellement, les déchets sont disséminés aux quatre coins du pays. Et la perspective de les regrouper dans le désert du Nevada (qui a déjà coûté en études et en travaux préparatoires au moins 10 milliards de dollars) est pour l’instant la seule qui a obtenu l’approbation du Congrès.

«Une insulte à l’intelligence»

Il y a quelques jours, le secrétaire à l’Energie Steven Chu a nommé une commission chargée de plancher sur l’avenir des déchets radioactifs. Mais étant donné l’intensité du débat, une éventuelle solution pourrait prendre des années, voire des décennies. «C’est une insulte à l’intelligence», tonnait le sénateur John McCain, en assurant que l’abandon du site de Yucca rendait vaines les tentatives d’Obama de se prétendre sérieux sur sa volonté d’emprunter le chemin du nucléaire. Or, les remarques très critiques de McCain sont de mauvais augure: c’est notamment sur l’ancien  c’est notamment sur l’ancien candidat à la présidence que compte l’administration Obama pour tenter d’amadouer les républicains afin de faire passer la législation sur les énergies renouvelables…

Par Luis Lema, New York le temps fev10

Nucléaire: les nouvelles priorités d’Obama

ll y a un peu plus de vingt ans, c’était en mars 1979, l’arrêt inopiné d’une pompe, le mauvais fonctionnement de capteurs, une erreur de jugement des employés provoquaient un grave accident nucléaire dans la centrale de Three Mile Island, flambant neuve

Depuis, toute la filière s’est interrompue. Dans son discours de l’Union, le président Barack Obama a promis de l’aider à redémarrer en lui prêtant 54 milliards de dollars, susceptibles de garantir le risque de financement de sept à dix nouvelles usines atomiques. Les Etats-Unis en comptent déjà une centaine, qui assure 20% de la production d’électricité.

La mesure était attendue. Le prédécesseur de Barack Obama, George Bush, avait déjà mis 22 milliards sur la table en 2005 pour tenter de rassurer les investisseurs privés, échaudés par le naufrage économique de l’industrie nucléaire. Sans grand succès. Certes, plusieurs projets ont été déposés, mais les dossiers avancent très lentement.

Les promoteurs sont confrontés à une double insécurité, juridique et économique. Le kilo­watt­heure nucléaire n’est toujours pas compétitif avec le charbon et le gaz naturel. Même avec une taxe sur les émissions sur le CO2, les futurs propriétaires ne sont pas certains de recouvrer leurs investissements. Au plan économique, la planification des nouvelles centrales est non seulement risquée mais elle se heurte à des délais qui ne cessent de s’allonger. Les exemples de nouvelles centrales en Finlande ou en France ont refroidi les ardeurs: les coûts ont doublé alors même que les constructeurs annonçaient une nouvelle génération de réacteurs plus économiques et rapides à mettre en œuvre. Et surtout, contrairement à la période des années 1950 à 1970, les compagnies électriques américaines font face à une libéralisation du marché. Elles n’ont plus l’assurance de pouvoir facturer aux consommateurs finaux le prix du kWh en répercutant les surcoûts: «Avant la libéralisation, les sociétés pouvaient facturer leur énergie au prix de revient, peu importe le coût. Aujourd’hui, les tarifs sont fixés par le marché», explique Matthew L. Wald, dans la MIT Review de décembre. De plus, aux Etats-Unis, les subventions qui seront versées aux centrales nucléaires sont limitées dans le temps alors que l’éolien ou le solaire bénéficient d’une assurance de rachat qui couvre les coûts historiques.

En fait, l’administration Obama ne parle pas d’augmenter notablement la part de l’atome dans le mix énergétique mais de rénover les anciennes centrales et de maintenir la part actuelle, sans plus. Plus important peut-être, le président Barack Obama n’a pas modifié son discours de candidat. Il insiste toujours sur la nécessité de trouver une solution durable aux déchets et confirme l’abandon du site d’entreposage national des déchets nucléaires dans le Yucca (Nevada). Le sénateur républicain John McCain y décèle une trahison dont le but est de faire barrage à une relance de la filière nucléaire qui, comme en Suisse, doit trouver une solution définitive à leur gestion, qui empoisonne le secteur depuis des décennies.

En fait, Barack Obama et son administration ne croient pas aux générations actuelles de centrales. En insistant sur une «nouvelle génération propre et sûre», le Département de l’énergie songe aux centrales de quatrième génération qui ont la capacité de brûler la quasi-totalité des déchets. Ces centrales n’existent pour l’heure que sur le papier mais elles apporteraient une solution aux déchets et, plus important peut-être, elles permettraient de limiter les risques de prolifération. Le président français Nicolas Sarkozy vient du reste d’accorder 1 milliard d’euros à la recherche de réacteurs de IVe génération, dont les premiers devraient arriver sur le marché à l’horizon 2030.

Pour les industriels, il s’agit d’une véritable rupture technologique. Car les centrales nucléaires récentes (EPR), dites de IIIe génération, ne sont en réalité qu’une évolution des réacteurs construits dans les années 1980. La quatrième génération est, elle, une révolution technique. Elle valorise de plutonium et permettrait de brûler les déchets que le monde entier cherche à enterrer dans des couches géologiques profondes. Pour beaucoup d’experts, la IVe génération, dont Superphénix fut l’un des tout premiers réacteurs expérimentaux, est le seul horizon raisonnable de l’atome civil. Le climatologue James Hansen (NASA), qui fut l’un des premiers à alerter la planète sur les risques du réchauffement climatique, a pris la plume à plusieurs reprises pour convaincre le candidat Barack Obama d’accélérer la recherche de réacteurs à neutrons rapides (IVe génération). Il semble avoir été entendu par le ministre de l’Energie Steven Chu, Prix Nobel de physique. Depuis, les travaux ont repris au plus haut niveau.

Reste un obstacle. La filière industrielle actuelle est prise à contre-pied: le développement de la IIIe génération, celle qui est dans les plans des nouvelles centrales que l’on envisage en Suisse, a pris beaucoup de retard et seuls quelques réacteurs sont en construction. Les industriels redoutent qu’un saut technologique ne brise une nouvelle fois l’élan retrouvé de la filière, d’autant que les Coréens ne sont pas gênés de brûler la politesse aux Français en vendant à Abu Dhabi des réacteurs issus de la deuxième génération… moins sûrs que les EPR mais plus avantageux pour les pays en développement. La multiplication des centrales classiques laisse sceptique l’administration américaine, qui craint que l’atome civil classique ne serve en réalité à des fins militaires dans des pays instables.

Par Pierre Veya le temps fev10

4 réponses »

  1. On prend pleinement conscience à la lecture de cet article de la contradiction dans laquelle est empêtrée l’industrie nucléaire :

    Soit elle mise sur la génération IV, les surgénérateurs, et la génération III est obsolète avant même d’avoir vu le jour. Le programme EPR est voué donc à l’échec.

    Soit elle considère que cette génération verra le jour dans un avenir trop lointain et incertain et elle mise sur une relance de la technologie actuelle qu’on sait être une impasse à moyen terme pour des raisons de sécurité, de coût, d’éthique, de raréfaction de la ressource en uranium.

    L’industrie nucléaire tente de cacher cette contradiction en multipliant les annonces à propos de cette hypothétique génération IV propre et non proliférante. Mais concrètement elle emploie l’essentiel de ses moyens à faire durer et relancer le modèle actuel et faire disparaître sous la moquette ses déchets encombrants dont elle ne sait que faire.
    Preuve qu’elle ne croît pas elle-même à ces futurs réacteurs qui permettraient, à ce que l’on dit, de brûler les déchets.

    En ce qui concerne la mauvaise polémique sur les éoliennes je me permets de renvoyer à l’article suivant :
    http://daniellenoir.cg53.over-blog.com/article-eoliennes-la-verite-tout-simplement-44407151.html

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