Financial Times

L’inflation la solution « magique » et cynique à l’endettement public

Les souhaits d’inflation se multiplient mais ratent la cible… 

En Suisse, certains experts à la recherche d’une «autre solution» à la question du taux de conversion (retraites)préconisent «un peu plus d’inflation». Les promesses de rendement de 4,9%, nécessaires au financement d’un taux de conversion de 6,8%, seraient immédiatement plus réalistes. Le rendement se calcule en effet en fonction du taux nominal et non pas du taux réel. Mais veut-on des retraites élevées en termes réels ou en termes nominaux?

Les souhaits d’inflation dépassent largement les frontières suisses 

Kenneth Rogoff, l’ancien chef économiste du FMI et auteur du livre sur huit siècles de crises, se fait l’avocat d’une inflation de 4 à 6% pour la Réserve fédérale américaine.

Les professeurs Joshua Aizenman et Nancy Marion ont pour leur part calculé qu’une inflation de 6% réduirait le ratio entre dette et PIB de 20% en quatre ans (1).

Enfin, la communauté des économistes n’a pas manqué d’exprimer sa surprise devant une étude du chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, qui a récemment osé défendre un objectif d’inflation plus élevé. «Cela aurait autorisé une plus forte baisse des taux d’intérêt», selon lui.

Cette fuite en avant permettrait de financer l’expansion incontrôlée des dépenses publiques en Europe et ailleurs….

PLUS D’INFLATION EN SUIVANT :

 La crise grecque arrive aux Etats-Unis, expliquait vendredi dernier l’historien libéral Nial Ferguson dans le Financial Times.

La récente augmentation de l’épargne des ménages ne suffit pas à absorber l’accroissement de la dette publique résultant des plans de relance et des programmes sociaux. L’Etat américain, par l’intermédiaire de sa banque centrale, et l’Etat chinois achètent massivement ce qu’il vend sous forme d’obligations du Trésor. C’est un comportement suicidaire à long terme. «Quand la crise atteindra-t-elle le dernier bastion de la puissance occidentale?» demande Ferguson.

L’historien libéral pense que la dette publique américaine grimpera à 100% du PIB en 2012, et que seule la politique monétaire pourra sauver l’économie. Il s’éloigne fortement des projections officielles qui prévoient un déficit de 71% du PIB en 2012. 

Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times s’en prend à Niall Ferguson  et prend la défense du stimulus budgétaire. Le dilemme serait ailleurs, à son avis. Que se passerait-il si le désendettement du privé se poursuivait comme au Japon à l’époque?

Dans cette éventualité, les Etats-Unis pourraient perdre toute marge de manœuvre budgétaire. Mais ce n’est pas encore le cas. Un resserrement budgétaire pourrait aujourd’hui être une grave erreur et précipiter le pays dans une nouvelle récession.

Historiquement, aux Etats-Unis, la restauration de l’équilibre budgétaire s’est davantage appuyée sur l’inflation que sur l’expansion économique. Le ratio d’endettement public atteignait 108,6% en 1946. La croissance du PIB l’a réduit de 1,3% par an jusqu’à ce jour et l’inflation de 1,6%, selon une étude de Morgan Stanley. L’essentiel du redressement s’est produit durant la première décennie de l’après-guerre avec une inflation moyenne de 4,2%.

Aujourd’hui, avec une inflation de 2%, si les Etats-Unis avaient pour objectif une stabilité de la dette publique, ils devraient présenter un excédent du budget primaire de 2,4% par an (avant paiement des intérêts). Même les meilleurs auteurs de science-fiction ne peuvent imaginer un scénario aussi optimiste.

Cette prouesse n’a été réalisée qu’une fois ces soixante dernières années (entre 1996 et 2003). Même si, contre toute attente, ils parvenaient à équilibrer les dépenses budgétaires (hors intérêts) et les recettes fiscales, il faudrait une inflation de 4,7% pour que la dette publique se stabilise, selon Morgan Stanley.

Nous ne parlons que des chiffres publics. Mais les révisions statistiques sont telles que la réalité dépasse sans doute la version officielle.

Une étude de Jagadeesh Gokhale pour le National Center for Policy Analysis (2) intègre par exemple les engagements hors bilan des Etats (par exemple pour les retraites). La détérioration de la relation entre nouveaux entrants sur le marché du travail et départs à la retraite crée un déficit croissant si les lois ne sont pas modifiées. Le déséquilibre budgétaire atteindrait ainsi 500% du PIB en moyenne en Europe (800% en Grèce et 244% en Espagne) et 600% aux Etats-Unis.

 Le Graphique du Jour : Dettes Publiques les chiffres « officiels » et les chiffres incluant les engagements  » hors bilan «  (cliquez sur le lien)

La gravité de la situation est incontestable, même si l’étendue des dégâts porte à discussion. Ce qui n’empêche pas les politiciens qui ont voté ces budgets insensés d’accuser les marchés financiers! C’est plus facile que de réduire les dépenses publiques.

Pour Jagadeesh Gokhale, les Etats-Unis ont besoin d’épargner annuellement l’équivalent de 8,2% du PIB sur leur budget pour payer leurs engagements futurs. La meilleure stratégie ne peut être celle de l’attentisme. Une année sans rien faire, c’est 1500 milliards de dettes supplémentaires, selon Jagadeesh Gokhale.

Le désir d’inflation se nourrit de tels scénarios apocalyptiques. Mais il souffre d’innombrables défauts. Il ignore par exemple que la moitié des dépenses publiques sont indexées à la hausse des prix. L’objectif d’inflation devrait donc être encore plus fortement revu à la hausse pour rétablir la situation. Un jeu très dangereux.

En outre une hausse d’inflation ne supprime nullement le risque de faillite.

Au cours des huit derniers siècles, selon Rogoff et Reinhart, le nombre de pays en défaut de paiement est très fortement corrélé à la courbe des pays à forte inflation. Faillites d’Etat et inflation vont de pair. Car une forte hausse des prix traduit des déséquilibres monétaires majeurs. L’inflation n’est pas un remède.

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff : L’explosion de la dette publique freine la croissance économique (cliquez sur le lien)

Enfin, les défauts de paiement sont souvent associés à une hausse des prix des matières premières. Faut-il vraiment souhaiter une explosion des prix agricoles ou pétroliers à seule fin de créer de l’inflation pour effacer les dettes?

L’inflation n’est donc pas une solution bon marché aux errements des politiques budgétaires excessivement expansives. Existe-t-il une alternative à un meilleur contrôle des dépenses publiques? Ceux qui ne jurent que par l’interventionnisme de l’Etat en espèrent des gains politiques aisés. Mais le coût économique est dramatique.

1. «Using inflation to erode the US public deficit», Joshua Aizenman and Nancy Marion, voxeu.org

2. «Measuring the unfunded obligations of European countries», Jagadeesh Gokhale, January 2009.

Par Emmanuel Garessus le temps fev10

Les liens

 

EXPLICATIONS : Comment la hausse des prix allège la charge de la dette ?

LE MONDE ECONOMIE | 31.08.09

Comment agit la hausse des prix sur la charge de la dette ?

La hausse du taux d’inflation, si elle est durable, a des effets différents selon que la dette est à court, moyen ou long terme. En effet, sur les marchés obligataires comme au guichet des banques, les taux d’intérêt s’ajustent aux variations de l’inflation et aux anticipations futures de hausses des prix, afin de tenter de préserver la rémunération « réelle » – déduite de l’inflation – du créancier.

Ainsi, dans un contexte de hausse des prix, si un emprunt vient à échéance et doit être refinancé, il le sera à un taux plus élevé. La « taxe d’inflation » – prélèvement de facto sur les créanciers – allège donc d’autant plus efficacement et durablement les emprunts que leur échéance est longue.

Cependant, une partie des dettes publiques est émise à des taux variables indexés sur l’inflation : leurs détenteurs ne subissent donc pas de « taxe d’inflation » en cas de dérapage des prix.

2 Quelles sont les caractéristiques de la dette publique française ?

Selon l’Agence France Trésor, l’encours de la dette négociable de l’Etat, au 31 juillet, était de 1 115,56 milliards d’euros, d’une « durée de vie moyenne » (échéance) de 6 ans et 296 jours. Enfin, 12 % de la dette publique du pays est indexée, soit sur l’inflation française, soit sur celle de la zone euro (indices des prix à la consommation hors tabac).

3 Comment les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont-ils désendettés après la deuxième guerre mondiale ?

Selon une étude de la banque américaine Goldman Sachs du 2 juillet, l’amélioration de la situation financière des Etats-Unis et du Royaume-Uni – qui s’étaient alors lourdement endettés pour financer l’effort de guerre – a principalement été réalisée, dans les années d’après-guerre, grâce à la croissance économique et à l’inflation. En effet, si les déficits publics ont été réduits, l’amélioration de la situation financière n’a « pas été due à une austérité fiscale extrême », indique la banque.

En 1946, la dette des Etats-Unis atteignait 108,6 % de son produit intérieur brut (PIB). En 1960, ce ratio était tombé à 45,7 %, en raison, principalement, de la croissance du PIB – elle avait retiré 33,4 points au ratio d’endettement – et de l’inflation – qui en avait rogné 29,3 points. Le même phénomène s’observait au Royaume-Uni où le ratio dette sur PIB a été ramené de 248,5 % en 1946 à 118,1 % en 1960, en particulier grâce aux effets conjugués de l’inflation (- 106,7 points) et de la croissance (- 46,6 points).

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : Bruno Bertez :Haussier sur tout. Mais en nominal/Pourquoi la croissance sera forte et inflationniste !!!! (cliquez sur le lien)

Les inflationnistes keynésiens montent en puissance et donnent de la voix… (cliquez sur le lien)

FED : La vérité qui dérange de Thomas Hoenig ( Kansas) (cliquez sur le lien)

Commentaire : La politique des Banques Centrales et la Fed en particulier oscillent entre croissance et risque inflationniste (cliquez sur le lien)

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