Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Stratégie d’investissement : jouer la carte des dividendes

Les dividendes des sociétés font concurrence aux obligations d’Etat

Le rendement des distributions est dans bien des cas supérieur à celui des coupons. Ainsi, en Suisse, les sociétés du SMI (marché suisse)rapportent par leurs seuls dividendes 2,2% par an, contre 1,9% pour les obligations de la Confédération à 10 ans.

En Europe, les emprunts allemands à 10 ans rapportent 3,1%, alors que le rendement du dividende des sociétés de l’indice Euro Stoxx 50 est de 4,1%. Les stratèges y voient une opportunité d’investissement.

PLUS DE DIVIDENDES EN SUIVANT :

Des blue chips suisses rapportent par leurs seuls dividendes 2,2% par an alors que les obligations de la Confédération à 10 ans ne rapportent annuellement que 1,9%. Avec une distribution de 16 francs suisses au titre de l’exercice 2009, Zurich Financial Services (ZFS) offre ainsi un rendement – soit le dividende divisé par le cours de l’action – de 6,1%. Et, selon les projections des analystes réunies par Bloomberg, les distributions de l’assureur devraient augmenter ces trois prochaines années, de 2 francs par an.

Dans la téléphonie, Swisscom se distingue avec un dividende en hausse et un rendement de 5,4%. Ou le groupe bancaire Credit Suisse, avec un dividende remonté de 10 centimes à 2 francs au terme de l’exercice 2009 et un rendement de 4,1%. La Suisse n’est pas une exception.

Les emprunts allemands à 10 ans rapportent 3,1%, alors que le rendement du dividende des sociétés de l’indice Euro Stoxx 50 est de 4,1%.

Une telle configuration est suffisamment rare pour que les stratèges s’intéressent de près aux actions d’entreprises généreuses dans leurs distributions. Et ce d’autant plus que 2010 pourrait être une année sans hausse notable des cours en bourse, relève Sarasin dans une étude. «Dans un tel environnement, les redistributions de dividendes gagnent en importance», souligne la banque.

30% du rendement

Le marché haussier qui a débuté dans les années 1980 avait mis les gains en capitaux au centre des préoccupations des investisseurs. A la formidable montée des cours s’ajoute aussi le fait que les dividendes sont souvent taxés, notamment en Suisse. D’autres formes de redistribution fiscalement neutres, rachats d’actions ou remboursements de valeur nominale, ont ainsi gagné en importance.

Il n’en reste pas moins que, depuis 2000, les dividendes sont redevenus une composante essentielle du revenu des actions. Ils ont même permis à des valeurs comme le géant du travail temporaire Adecco, la pharma Novartis ou Swisscom de terminer les cinq dernières années sur un rendement total (cours plus distributions) positif, malgré une baisse de leur prix en bourse, observe Sarasin.

Dans une autre étude, la banque Julius Baer relève que les dividendes ont compté entre 1974 et 2009 pour 30% du revenu total du marché en Europe et aux Etats-Unis, et 15% en Asie.

Roland Duss, directeur de la recherche de la banque Gonet & Cie, rappelle que l’achat d’actions de sociétés versant un dividende élevé avait déjà été recommandé par certains en 2009, sans succès: le rebond avait principalement profité aux cycliques. «Mais cette année, cette stratégie se justifie», selon lui. Les dividendes sont même vus comme une alternative aux coupons des obligations. La nervosité monte autour des créances des Etats, alors que les bilans des entreprises sont sains, relève Richard Halle, gérant du fonds M & G Pan European Dividend.

En outre, les valeurs de dividendes se trouvent souvent dans des secteurs défensifs et leur valorisation est intéressante, observe Patrice Gautry, chef économiste chez UBP. Si les craintes de nouveau plongeon de l’économie se confirment, celles-ci résisteraient mieux aux conséquences boursières. Et si le rebond de croissance se poursuit, elles en profiteront.

Cependant, les experts voient deux risques à cette stratégie.

 Le principal, selon Claudio Borrelli, analyste chez UBP, est que la reprise économique soit au final beaucoup plus dynamique qu’anticipé, auquel cas ces sociétés seraient pratiquement laissées sur place en bourse par des valeurs plus cycliques.

 Un autre, selon Richard Halle, serait un nouveau repli de la croissance assez marqué pour que de nombreuses compagnies soient forcées de réduire à nouveau leur distribution.

D’ailleurs, les dividendes ont déjà baissé de plus de 20% dans le monde entre 2007 et 2009, rappelle Julius Baer. Cette année, des sociétés ont de nouveau annoncé des baisses: la pharma Merck KGaA, le groupe chimique BASF ou le fournisseur d’énergie RWE. Mais d’autres ont fait l’inverse, souligne Paul Shutes, spécialiste en produits d’investissement européens chez JP Morgan Asset Management. Ainsi, le dividende du groupe alimentaire Nestlé est passé de 1,40 franc à 1,60 franc.

Eviter les pièges

Pour Richard Halle, même si de nouvelles réductions de dividendes sont possibles ici ou là, le niveau actuel constitue une bonne base. Mais, comme toujours dans cette stratégie, il faut éviter les rendements les plus élevés: il s’agit souvent de pièges, dus à une faiblesse de l’action et signes de problèmes à venir. Eviter les sociétés dont les dividendes sont volatils est également recommandé.

Les entreprises méritant d’être retenues sont celles dont les distributions sont traditionnellement stables ou en hausse, et qui parviendront à générer les liquidités leur permettant de poursuivre cette politique. Pour elles, maintenir le dividende est sacré. Et même dans de tels cas, il convient d’être prudent: après des décennies de distribution, des sociétés comme la minière Anglo American ou le fabricant d’articles d’hygiène Svenska Cellulosa ont partiellement fermé le robinet.

Par contre, des sociétés comme l’opérateur téléphonique Vodafone ou les pétrolières Total et BP figurent parmi les sociétés retenues par Richard Halle. Paul Shutes mentionne aussi le fabricant de moteurs de bateaux Wärtsilä. Ainsi, les dividendes ne sont pas l’apanage de valeurs défensives. «Dupont en paie depuis plusieurs décennies, bien que la chimie soit un secteur cyclique, observe le gérant de M & G. Son concurrent Solvay est dans la même situation.»

Quelques financières

Pour Richard Halle, la cible idéale est un rendement supérieur de 10 à 20% à celui du marché. Si celui-ci est de 4%, la cible est de 4,4 à 4,5%. En outre, le gérant recherche des sociétés dans deux classes. Il y a les valeurs dites «ennuyeuses», à l’image de Nestlé, de pharmas comme Roche ou d’opérateurs téléphoniques. L’autre classe est celle des «retours en forme», des sociétés qui, après une mauvaise passe, ont de nouveau les moyens de verser ou d’augmenter leurs dividendes. Ce sera probablement le cas de constructeurs automobiles comme Daimler ou BMW. «Après les traumatismes créés par les échecs des rachats de Chrysler et de MG Rover, ces sociétés vont se concentrer sur leur rentabilité et leur cash-flow», argumente Richard Halle.

Pour le gérant, l’analyse du bilan en dit plus que celle du compte de pertes et profits. C’est notamment là qu’une détérioration de la santé des banques, traditionnellement des pourvoyeuses importantes de dividendes, a été observée. Richard Halle sous-pondère d’ailleurs les financières depuis 2008. Ces prochaines années, le renforcement des bilans passera avant les dividendes. Selon le gérant, ce secteur abrite cependant des sociétés intéressantes, comme ZFS ou Credit Suisse.

Par Jean-Pascal Baechler Source le temps mars10

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : Bourse Pratique : L’impôt sur les revenus d’actions et les coupons d’obligations (cliquez sur le lien)

Commmentaire : Les dividendes constituent un thème en vogue en Europe actuellement (cliquez sur le lien)

Indicateur de Marché / À tenir à l’oeil : les dividendes (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENT ET QUELQUES RAPPELS  :

Les dividendes ne mentent pas, ou presque

Le dividende est la portion des bénéfices d’une entreprise versée aux actionnaires ordinaires et privilégiés. Cette somme n’est donc pas réinvestie dans les activités de l’entreprise et dans sa croissance.

Le montant du dividende est établi par le conseil d’administration de l’entreprise et peut être versé en espèces ou sous la forme d’actions supplémentaires. En Amérique, le dividende versé aux actionnaires ordinaires peut fluctuer selon les bénéfices de l’entreprise, alors que celui versé aux actionnaires privilégiés est un montant fixe.

La valeur d’une compagnie et de ses actions dépend de la prévision que l’on fait des dividendes qui seront versés. Plus ces dividendes sont perçus comme incertains, aléatoires ou menacés, plus les actions de la compagnie risquent de perdre de leur valeur. D’où l’importance pour les dirigeants des compagnies inscrites à la Bourse de faire en sorte que les dividendes évoluent suivant une croissance régulière et stable. Lorsque la croissance du dividende paraît réglée comme les mouvements d’un métronome, les investisseurs sont rassurés quant au risque que comportent les actions de la compagnie.

En temps normal, les administrateurs d’une entreprise augmentent le dividende versé aux actionnaires dans la mesure où ils sont sûrs que les bénéfices à venir seront suffisants. Même si les bénéfices viennent à chuter, ils tenteront par tous les moyens de maintenir le niveau de dividende, en espérant que la situation n’est que temporaire. Si la baisse des bénéfices se poursuit et qu’elle apparaît inéluctable, les dirigeants ne pourront maintenir très longtemps le dividende et devront, dans le pire des cas, le suspendre.

Les dirigeants d’une société peuvent reporter indéfiniment le paiement des dividendes. Cependant, la décision de ne pas verser en totalité ou en partie, le dividende prévu risque d’entraîner des conséquences graves. La confiance des investisseurs étant ébranlée, cela peut faire chuter le prix de l’action ou faire reculer de quelques points la cote de crédit attribuée par les agences reconnues. Dans les deux cas, cela diminue le pouvoir d’emprunt de la compagnie ou augmente ses coûts d’exploitation.

Dans les années 1980 et 1990, environ les trois quarts des compagnies inscrites à Bourse de New York distribuaient un dividende à leurs actionnaires. Le versement d’un dividende par les compagnies peut varier considérablement selon les entreprises, les pays, les places boursières, les industries ainsi que les cycles économiques et financiers. Par exemple, aux États-Unis, les grandes compagnies parvenues à maturité, que l’on appelle par allusion au jeu de poker des blue chips, distribuent aux actionnaires environ 50% de leurs bénéfices. Les sociétés de service public comme les compagnies téléphoniques, les compagnies d’électricité ou les entreprises de distribution de gaz distribuent jusqu’à 70% de leurs bénéfices en dividende aux actionnaires. Au Canada, les sociétés solidement établies, telles les banques, versent un pourcentage important de leurs bénéfices sous la forme de dividende. Par contre, les entreprises dans les secteurs de la pharmaceutique ou de la haute technologie distribuent souvent moins de 10% de leurs bénéfices sous la forme de dividende, en raison des investissements importants que requiert leur division de recherche et développement.

Les grandes entreprises ayant une longue tradition de croissance, d’expansion et de répartition de leurs bénéfices aux actionnaires sont plus sûres et plus facilement prévisibles que les jeunes compagnies aux rendements erratiques et aux bénéfices irréguliers. La valeur intrinsèque des premières est plus aisément mesurable que celle des secondes, puisqu’elle repose sur des contraintes financières qui incitent fortement les administrateurs des compagnies à accroître, peu importe la conjoncture économique ou le cycle industriel que traverse l’entreprise, le dividende versé aux actionnaires. Ce n’est pas le cas des entreprises dont les bénéfices ou le gain en capital dépendent su contexte économique, de la concurrence, des produits financiers substituts, de l’humeur des investisseurs ou de nombreux autres facteurs tous plus imprévisibles les uns que les autres.

Selon les adeptes des stratégies de rendement en dividende, le dividende est le facteur qui influe le plus sur le prix des actions dans les marchés boursiers. Plus précisément, le pourcentage que représente le dividende par rapport au prix de l’action est ce qui incite les investisseurs à acheter ou à vendre l’action en question. Cela détermine le jeu de l’offre et de la demande et, par conséquent, oriente le prix du titre.

Plus ce pourcentage est élevé, plus l’action est attrayante. Toutefois, ce pourcentage n’a de chance d’être élevé que si le prix de l’action est bas. Par exemple, lorsqu’une action se négocie à 20$ et que le dividende versé aux actionnaires est de 1$, l’investisseur est en droit d’obtenir un gain en dividende de 5% (1/20 = 5%). Si le prix de l’action chute à 10$ et que le dividende est toujours de 1$ par action, le rendement annuel en dividende passe de 5% à 10% (1/10 = 10%).

Devant un tel rendement immédiat, ou presque immédiat, ou presque immédiat, les investisseurs seront plus intéressés par le titre qu’auparavant, et le prix ne pourra que remonter en suivant le mouvement de la demande. Cependant, plus le prix de l’action grimpera, moins le dividende représentera un pourcentage élevé de ce prix. Quand le prix du titre grimpe à 20$, le dividende de 1$ par action ne représente plus que 5% de rendement. On assiste, alors, au retour du balancier : les investisseurs qui ont obtenu, jadis, un rendement de 10% ne seront plus là pour soutenir le titre.

Certains voudront même se débarrasser de leurs actions pour rechercher dans un autre titre un meilleur rendement en dividende.

Le prix de l’action amorcera une descente, jusqu’au moment ou le nouveau plancher représentera une aubaine par rapport au dividende qu’il est possible d’obtenir. Dans ces conditions, un litre sous-évalué est celui qui, en vertu de son passe, fait montre d’un prix plutôt bas et d’un dividende élevé. En retour, un titre surévalué est celui dont le prix est haut et le rendement en dividende plutôt bas.

Ainsi, l’investisseur obtient un rendement de 10% des lors qu’il achète le titre au prix modique de 10$ et que le dividende annuel verse est de 1 $ par action. Le prix de l’action peut encore fluctuer, à la hausse comme à la baisse, mais cela ne changera rien au fait que l’investisseur aura fait un gain en dividende de 10%, puisqu’il a payé 10$ par action. Si l’action monte à 12$, il pourra, en plus de son gain en dividende, ajouter un gain en capital de 2 $ par action ou de 20% (2/10 = 20%).

Un rendement en dividende de 10%, plus un rendement en capital de 20% constitue un rendement total de 30% pour l’investisseur, s’il décide, bien entendu, de vendre ses actions lorsqu’elles sont au prix de 12$. Si le titre chute à 8$, l’investisseur doit essuyer une perte en capital de 20% s’il vend ses actions. S’il ne vend pas, sa perte n’est que théorique, tandis que son gain, en espèces, est toujours de 10%, puisque le versement du dividende par la compagnie est réel. Ainsi, les détenteurs d’actions sont toujours prêts, pour obtenir un revenu régulier, à sacrifier une part du rendement provenant de la croissance d’une entreprise. Le gain en capital est toujours hypothétique et à venir, et on n’en profile que lorsque le titre est vendu. En revanche, le revenu en dividende est encaisse ici et maintenant.

Tout investisseur, lorsqu’il achète un titre qui procure un dividende, accepte un rendement qui dépend du prix qu’il a paye pour cette action. II peut ignorer la part de ce dividende dans le rendement total qu’il recherche, s’il croit que ce rendement total sera surtout déterminé par le rendement en capital, c’est-à-dire par le marché lui-même et par le prix futur de faction. II peut aussi acheter le titre pour son dividende, s’il pense que le rendement en dividende est intéressant en soi, qu’il est suffisant pour le rendement total qu’il recherche, et ce, peu importe le gain en capital qu’il pourrait en retirer un jour s’il décidait de vendre.

Source du livre « Investir dans les titres de grandes entreprises » de André Gosselin 2006

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Ne négligez pas les entreprises à dividendes 

Pourtant, toutes les études que j’ai lues jusqu’à maintenant concordent sur un point : les entreprises qui versent régulièrement un bon dividende génèrent un meilleur rendement pour leurs actionnaires que celles qui offrent peu ou pas de dividende. Pas à cause du dividende en soi. Elles sont plus lucratives pour leurs actionnaires parce qu’elles connaissent, à long terme, une meilleure croissance de leurs bénéfices que les entreprises qui n’offrent pas de dividende.

Les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires constituent un élément important de l’évaluation des titres cotés en bourse. En fait, les actions que vous détenez dans votre portefeuille ont une valeur parce qu’elles vous promettent une redistribution des profits et des versements réguliers en argent. Plus élevée est la promesse de dividendes futurs, plus grande est la valeur des actions.

Malheureusement, les dividendes ne sont plus ce qu’ils étaient

Pour toutes sortes de raisons, les dirigeants des compagnies publiques préfèrent désormais conserver une plus grande part des profits afin de les réinvestir dans les activités courantes ou dans les acquisitions. Et quand ils choisissent de distribuer une part des bénéfices à leurs actionnaires, ils aiment le faire indirectement par des rachats d’actions plutôt que sous forme de dividendes. Ainsi, ils réduisent le nombre d’actions en circulation (en radiant les actions acquises), ce qui a pour premier résultat d’augmenter le bénéfice par action. Si tout va bien, la marché a de bonnes chances d’ajuster le prix de l’action à la hausse.

Cette forme de redistribution des profits est non seulement plus avantageuse fiscalement pour les actionnaires, mais elle est aussi plus souple et moins contraignante pour les dirigeants. Dès lors qu’une entreprise décide de verser un dividende, elle ne peut plus tellement revenir en arrière. Les investisseurs s’attendent, d’année en année, à une augmentation du dividende.

Il en va autrement avec un programme de rachat d’actions : la mesure peut durer une année ou deux, le temps de faire profiter tous les actionnaires d’une baisse injustifiée du cours de l’action. Pas étonnant, dans ces conditions, de voir depuis 1995 les entreprises du S&P 500 répartir une plus grande portion de leurs profits sous forme de rachats d’actions plutôt que sous forme de dividendes.

Le rendement en dividende sur les actions n’est plus aussi intéressant qu’avant

Si on ajoute à cela le prix encore très élevé des actions (même après deux années consécutives de rendements négatifs), force est alors d’admettre que les bonnes stratégies d’investissement qui misent sur les rendements en dividende ne courent pas les rues.

En 1950, par exemple, le rendement en dividende moyen des compagnies qui forment l’indice Standard & Poor’s 500 était de 7,2%. En 1960 et 1970, il était de 3,35% et 3,41% respectivement. En 1980, il remonta à 4,54%, pour redescendre à 3,66% en 1990. Quel est le rendement en dividende des titres du S&P 500 au tournant des année 2000? À peine 1,25%. On est loin de la moyenne de 4,1% pour toute la période de l’après Deuxième guerre.

Le 1er mars 2002, les actionnaires de BCE profitaient d’un dividende de 1,20$ par action. En payant le prix de 34,15$ pour l’action de BCE ce jour-là (prix de clôture), vous obteniez un rendement en dividende de 3,51% (1,20$/34,15$ = 3,51%). Ce rendement est d’autant plus intéressant que la compagnie a réalisé un bénéfice de 2,89$ par action au cours de la dernière année. Autrement dit, un pourcentage raisonnable de 41,5% des profits de BCE sont remis sous forme de dividende aux actionnaires. Il reste assez d’argent pour faire croître la compagnie, et avec elle le prix de l’action.

Transcanada Pipelines avait certes un rendement en dividende plus intéressant que BCE le 1er mars dernier (4,50%), mais il faut bien voir que plus de 70% des profits sont remis aux actionnaires à chaque année. Il reste peu de marge pour croître et faire grimper davantage le prix de l’action. Ainsi, une bonne stratégie d’investissement dans les titres à haut rendement en dividende doit toujours examiner de près la part des profits d’une compagnie qui s’envole en dividende ou en options pour les employés.

Durant les cent dernières année en Amérique du Nord, le dividende a compté pour plus de la moitié dans le rendement total d’un portefeuille d’actions. Ce n’est pas difficile à comprendre : le rendement net d’inflation des titres boursiers canadiens et américains est d’environ 7%, dans lequel il faut compter au moins 3,5% de rendement en dividende.

C’est dire qu’avec un rendement en dividende moyen d’un peu plus de 1% ces années-ci, le gain en capital doit être plutôt substantiel pour que vous puissiez atteindre un rendement total sur vos actions de 7% et plus. Si jamais des rendements aussi faibles sur les dividendes devenaient la norme, la tendance dans la croissance des bénéfices devra augmenter considérablement pour que vous obteniez un rendement total de vos actions proche de la moyenne historique.

Plusieurs investisseurs professionnels pensent qu’il ne faut pas s’en faire outre mesure avec de bas rendements en dividende, puisqu’ils sont compensés par des initiatives de rachats d’actions. Mais attention! Les rachats d’actions ont leurs limites. Avant de croire qu’ils peuvent avantageusement remplacer les traditionnels dividendes, il faut lire entre les lignes des rapports annuels.

Ainsi, deux chercheurs américains (Liang and Sharpe, 1999) ont montré que les rémunérations sous forme d’options offertes aux dirigeants et employés des entreprises peuvent réduire considérablement les retombées des rachats d’actions, car les options s’exercent généralement par des émissions d’actions.

Quand on regarde les entreprises du S&P 500 depuis 1995, on constate que pour deux actions rachetées sur le marché, une action est émise pour satisfaire un employé ou un patron qui exerce son option. Et il ne faut pas se leurrer : les fameux  » stock options  » sont un transfert de richesse des actionnaires vers les employés.

Références :

J. Nellie Liang et Steven A. Sharpe, « Share repurchases and employee stock options and their implications for S&P 500 share retirements and expected returns, » Board of Governors of the Federal Reserve System, Paper Series, no. 99/59, novembre 1999.

John B. Carlson, « Why is the dividend yield so low », Federal Reserve Bank of Cleveland. Economic Commentary; Cleveland, avril 2001.

Source: Extrait d’une chronique  déjà parue aux éditions Transcontinental

André Gosselin  2009

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Dividendes croissants et monsieur La Palice

Questions en suspens

On a toujours un peu l’impression, devant une belle brochette de payeurs de dividendes croissants, que la fête est finie. Il ne sert à rien de sauter dans le train, il est déjà cinq gares plus loin. Le défi, pour les ScotiaMcLeod et autres firmes de conseils en placement, serait de nous dire en quoi il est rentable d’investir dans un panier de titres qui ont offert, au cours des 10 ou 15 dernières années, un dividende croissant. Autrement dit, quel a été le rendement moyen, dans les années 1990, de tous ces titres qui étaient les champions du dividende croissant dans les années 1980 ? Quel a été le rendement, dans la décennie 1960, de ces 10 ou 20 titres qui offraient la meilleure croissance du dividende durant la décennie 1950 ?

Est-il préférable de choisir les entreprises dont le dividende est croissant depuis cinq ans ? 10 ans ? 25 ans ? Vaut-il mieux investir dans les sociétés qui augmentent leur dividende modérément (10% en moyenne par an), ou dans celles qui l’augmentent très fortement (25% en moyenne)? Est-ce que la croissance des profits doit être aussi élevée que celle du dividende, ou cela n’a-t-il aucune importance ? La proportion des profits remis en dividende doit-elle être faible (- 25 %), moyenne (entre 25 % et 50 %) ou élevée (plus de 50 %) ?

Ces questions ne sont pas innocentes, puisqu’on nous offre plus que jamais des produits de placement qui reposent sur la croissance du dividende. Même les fonds négociés en Bourse (FNB) sont de la partie..

État des lieux

Bien que la recherche sur les titres à dividende ne progresse pas aussi vite qu’on le voudrait, on connaît tout de même un certain nombre de choses sur ceux qui surprennent toujours les investisseurs les plus aguerris. Selon la firme de recherche de Chicago Ibbotson Associates, les dividendes ont constitué 43 % du rendement total offert par les entreprises du S&P 500 entre 1926 et 2004. Les investisseurs qui négligent les titres à dividendes courent donc le risque de laisser sur la table une part énorme du rendement total que nous offre le marché des actions.

On sait également que les sociétés qui offrent un dividende, du moins aux Etats-Unis, connaissent une croissance de leurs profits supérieure à celles qui n’en offrent pas. Une découverte qui ébranle nos certitudes, puisqu’on a longtemps pensé, à tort, que les entreprises qui réinvestissent tous leurs profits (plutôt que d’en donner une partie à leurs actionnaires) jouissent d’une meilleure croissance de leurs revenus et bénéfices. Autrement dit, les entreprises qui réinvestissent tous leurs profits ne le font pas toujours à bon escient. Il serait souvent plus sage de verser les profits aux actionnaires plutôt que de les gaspiller en projets bâclés ou en acquisitions douteuses.

Selon une étude de la firme new-yorkaise Bernstein Global Wealth Management couvrant la période 1964-1999, les entreprises américaines qui augmentent leur dividende réalisent, dans l’année qui suit, un rendement total supérieur de 1,8 % (en gains nets) à celui des entreprises qui refusent cette augmentation. Les entreprises qui versent un dividende pour la première fois de leur histoire, ou encore qui rétablissent leur dividende après l’avoir suspendu, surpassent leurs pairs par un gain net annuel de 2,7 %.

Les titres à dividende sont aussi de 10 % moins volatils que les titres qui n’en distribuent pas, et les distributions de dividendes ont fluctué en moyenne (à la hausse ou à la baisse) de 1,6 % entre 1926 et 2003, tandis que les cours des actions fluctuaient de 19,6 %. En somme, les dividendes ne fluctuent pas en fonction des perceptions qu’ont les investisseurs de l’économie et du potentiel de la Bourse, mais bien en fonction de la croissance réelle des profits des sociétés.

À la fin des années 1990, 220 entreprises du S&P 500 (ou 44 %) émettaient un dividende à leurs actionnaires. L’an dernier, ce chiffre grimpa à 387 (ou 77 %). Comment expliquer une telle progression ? Pour les uns, les entreprises sont en train de dire à leurs actionnaires qu’elles sont à court d’idées ou de bonnes occasions d’investissement, et qu’il vaut mieux, dans un tel contexte, remettre une part des profits aux actionnaires. Pour les autres, c’est la demande du côté des baby-boomers vieillissants qui incitent les sociétés à combler une partie de leurs besoins en revenus.

Selon la firme de recherche financière DSG-Network, 98 % des planificateurs financiers américains recommandent à leurs clients des titres à dividende pour leur plan de retraite, et 70 % vont classer ces titres dans leurs deux principales recommandations. Les entreprises américaines semblent avoir compris le message, car le pourcentage des membres du S&P 500 qui ont augmenté leur dividende est passé de 33 % en 2003, à 40 % en 2003 et 54 % en 2004.

Qu’elles le fassent pour des raisons démographiques ou pour des considérations liées à une meilleure gouvernance, les sociétés américaines et canadiennes qui choisissent de distribuer leurs profits à leurs actionnaires (sous forme de dividende, de rachat d’actions ou de fiducie de revenus) sont de plus en plus nombreuses. Pour l’heure, personne ne semble s’en plaindre.

André Gosselin: Finance et Investissement 2009

13 réponses »

  1. j’ai acheté Zürich financial services quand j’ai appris son dividende, le rdt est alors à 6.6%. Malgré la jolie hausse depuis, le rdt reste très très convenable.
    cet article est remarquable entre opportunités du marché et opportunités des entreprises.
    merci Lupus, je l’imprime pour m’en souvenir quand le marché évolue.

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  2. Bonjour,

    Je possède des actions de mon entreprise (France Telecom) et bien que le rendement soit théoriquement bon (dividende/cours = 8%), en pratique, celui-ci est égal à zéro. En effet, le jour même ou je touche le dividende, le cours de mes actions est « coupé » de la même valeur que celle du dividende.

    Je ne trouve pas du tout cela normal et j’ai l’impression que c’est une grosse anarque, mais tout le monde essaye de m’expliquer que c’est normal, que c’est un « détachement de coupon » et que de toute façon ça fera monter le cours de l’action ensuite. Hors je ne vois pas du tout pourquoi on détacherait un coupon qu’on enleverait à la valeur du cours de bourse.

    Qu’en pensez-vous ?

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    • Bonjour en fait c’est une opération blanche : En supposant qu’une entreprise verse le coupon d’une action le 15 septembre. Certains pourraient s’imaginer acheter l’action le 14 et la revendre le 16 pour encaisser le montant du coupon. Théoriquement le gain n’existe pas sur cette opération. En effet, la valeur de l’action au 14 est évaluée en tenant compte du coupon à verser, le coupon est attaché. Une fois le coupon détaché, l’action perd en valeur l’équivalent du coupon automatiquement…

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    • quand je parlais d’opération blanche je faisais référence à la nature comptable de la chose : coupon en rapport du cours de l’action…vous en tant qu’actionnaire/propriétaire vous percevez votre dividende, quant au cours de l’action une fois le coupon détaché elle retrouve ses couleurs habituelles

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