Cycle Economique et Financier

« 600 milliards de dollars de sorties possibles sur les fonds monétaires d’ici fin 2010 »

Entretien avec  Alain Bokobza ,Responsable de l’allocation mondiale d’actifs chez Société Générale CIB…

Comment expliquer l’énorme quantité de capitaux sous gestion dans les Sicav monétaires ? 

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Nous avons vécu à partir de 2006 la plus forte récession depuis la seconde guerre mondiale et  avec certitude la plus grave crise financière depuis 1929. 

Dans ce contexte les entreprises se sont protégées du risque de banqueroute en ayant des stratégies opérationnelles qui visaient à protéger la génération de trésorerie. Elles ont coupé les rachats d’action, les dividendes, réduit l’emploi,  et les plans d’investissement industriel pour générer de la trésorerie disponible. Cela a permis un cycle de faillite très faible par rapport à une très grave crise économique. 

Cet argent a été placé en Sicav monétaire sans aucun risque. 

Par ailleurs, de nombreux investisseurs qui avaient subi des dommages considérables à la suite des krachs boursiers de 2000-2002, (les gestions privées, les hedge funds, tous les family offices…) avaient des proportions de cash qui pouvaient dépasser les 50-80%, parfois 100% du portefeuille dans le coeur de la crise. 

Quel est le volume des encours à ce jour ? 

Au début de la décennie 2000, nous avions autour de 2000 milliards d’euros investis dans les Sicav monétaires américaines. Fin 2008, nous étions à 4000 milliards. Nous sommes aux alentours de 3200 milliards de dollars aujourd’hui. Cela représente près de 25% du PIB américain.  L’ampleur est FORTE AUSSI en France (90% du PIB). 

Nous sommes sur un rythme de sortie d’environ 60 milliards de dollars par mois. Cette tendance structurelle pourrait-elle se poursuivre longtemps ? 

Je pense qu’il faudra un long moment avant que l’on normalise les positions de cash dans les fonds monétaires. 

Les capitaux étaient investis en raison de la baisse des actifs risqués. 

A présent, les taux des banques centrales ont vocation à demeurer faibles durablement. 

Parallèlement il y a près de 4%  de croissance dans l’économie mondiale en ce moment. Il existe incontestablement des opportunités plus rentables pour les investisseurs. 

Cette sortie des capitaux est-elle bienvenue ? 

La réallocation est rationnelle. Tant que nous sommes à un niveau considérable de capitaux sous gestion dans le monétaire, le renversement de tendance est plutôt une bonne nouvelle.  Pour une économie, avoir trop de capitaux qui dorment peut s’avérer pénalisant. 

Jusqu’où peut-on aller ? 

Cela dépendra de la vitesse de progression de sortie des capitaux. Nous observons pour le moment une accélération. Nous étions en début d’année à 10-20 milliards de dollars. 

Sur un rythme annualisé soutenu, avec environ 50 milliards de dollars de sorties mensuelles, cela ferait 600 milliards en fin d’année. 

Quels risques cette sortie pourrait-elle faire naitre ? 

Cela pourrait à terme une poursuite à la hausse exagérée de certaines classes d’actifs. Cela n’est absolument pas le cas pour le moment. La réallocation des capitaux ne profite pas à une classe en particulier. 

La gestion du risque est devenue par ailleurs un élément essentiel de la gestion d’actifs. Elle implique une diversification des portefeuilles. Nous devrions voir ces capitaux continuer à se déverser de manière variée. 

Quels éléments pourraient mettre un terme à cette sortie des flux ? 

Il peut soit y avoir un accident conjoncturel qui n’est pas dans nos prévisions remettant de l’aversion au risque ou une très violente hausse des taux d’intérêt de la part de la Fed ou de la BCE qui élèverait la rémunération des Sicav monétaires.  Pour le moment, nous en sommes encore loin.

EN LIEN : Flux mensuels des fonds mutuels sur les fonds monétaires 1998/2010 (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES:  Billet Invité : Buzz Lightyear (cliquez sur le lien)

Indicateur de Marché : Sondage Merrill Lynch Avril 10 (cliquez sur le lien)

Les volumes vont revenir sur les actions, les investisseurs souffrent simplement du même symptôme qu’a l’époque du krach de 1987 (FORCAST INVEST) (cliquez sur le lien)

2 réponses »

  1. les fonds mutuels US ne montrent aucunement qu’en 2006 les pros auraient su ce que le reste du monde n’aurait pas connu. 2006 montre « uniquement » un arrêt des sorties du forex. Il faut voir les zinzins comme des capitaines d’énormes paquebots financiers. Les mouvements sont lents, les changements de cap se réalisent prgressivement.
    On a tendance à surestimer l’intelligence des éléphants 😉
    Je vais envoyer à Lupus un graphe de l’évolution du flux forex qu’il pourra, s’il le souhaite, faire apparaître sous cet article.

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