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Jeannette Williner : Transparence et réalisme / l’avènement tant attendu

Jeannette Williner : Transparence et réalisme: l’avènement tant attendu

  Personne ne semble pressé de poser les règles d’une réforme quelconque à l’égard des établissements financiers.

LE SYSTÈME FINANCIER N’EST PAS RESPONSABLE DANS SON ENSEMBLE DE LA CRISE. SEULS QUELQUES-UNS ONT TRANSGRESSÉ LES USAGES

Ecouter Jeff Immelt parler du potentiel bénéficiaire de General Electric incite à la réflexion. Comment peut-il présumer positivement de l’avenir de sa société alors que la branche financière n’a pas dit son dernier mot? Selon ses propos «elle s’améliore».

Certes commercialement il faut faire bonne figure à mauvais jeu. Mais tout de même : il est de notoriété publique, même pour les malentendants, que General Electric a passé les 18 derniers mois à lutter férocement contre la dégradation des comptes de GE Capital.

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Sa réputation a gravement souffert: suppression du dividende, perte de sa notation (triple A), réduction de la voilure de la totalité du groupe… et last but not least, concentration des énergies humaines sur la réparation d’actions relevant du passé, n’intéressant pas les activités principales de la société et non sur l’avenir de cette dernière.

 Bien sûr ces activités qui n’occupaient que quelques centaines de personnes, par rapport aux centaines de milliers du groupe, ont contribué jusqu’à plus de la moitié du bénéfice, mais ont coûté beaucoup plus cher en fin de parcours. Et c’est l’actionnaire de General Electric qui a supporté les conséquences de cette gestion hasardeuse d’un département financier mal connu.

De par sa notoriété et sa taille, General Electric est contrainte de donner davantage d’informations que d’autres sociétés. Ailleurs, une large part des dégâts restera occultée pour toujours. On constate un trou d’air dans les comptes trop souvent attribué à la dégradation de la conjoncture sans autre explication.

Le système financier n’est pas responsable dans son ensemble de la crise. Seuls quelques uns ont transgressé une objectivité de base sur l’évolution possible des affaires et ont pu croire pendant un temps que leurs rêves les plus fous ressortaient de la logique des affaires.

A tel point qu’aujourd’hui certains défendent toujours le cas des CDO et celui des hedge funds, et restent persuadés que l’aventure est possible et qu’elle sera gagnante.

Au travers du cas de Goldman Sachs va-t-on parvenir à éviter un nouveau désastre?

Goldman Sachs, à la différence d’UBS, a eu la présence d’esprit de vendre les subprime qu’elle possédait en propre. UBS n’a pas obéit aux recommandations de certains spécialistes risque qui avaient clairement exprimé leur opinion. Les deux établissements ont contribué non seulement à l’appauvrissement de leur clientèle mais de chaque citoyen du monde.

Pour l’instant, un nouveau dénouement catastrophique reste possible. Personne ne semble pressé de poser les règles d’une réforme ou d’une réglementation quelconque à l’égard des établissements financiers. Un public plus large commence à réaliser que l’on reste à un tiers du chemin de la crise alors qu’on la croyait passée.

 Une réglementation semble assez simple à établir. Il suffit de poser sur le papier les causes de la crise qui a engendré la situation économique actuelle.

Les établissements bancaires n’ont pas su, ou pas voulu, gérer correctement risques et liquidités disponibles. De ce fait l’effet de levier accumulé était déraisonnable. Au fil du processus, la qualité et la capitalisation des émetteurs ont été oubliées. La titrisation permettait tout.

 Aujourd’hui certaines propositions vont à nouveau dans le même sens : prendre plus de risques pour de meilleurs résultats.

Il en va de même pour les hedge funds. Maintes études ont prouvé que leur gestion rapportait surtout à ceux qui les géraient et beaucoup moins à leurs clients.

Une récente étude du fonds souverain de Norvège a démontré le côté illusoire de l’ingénierie financière à quelque niveau qu’elle soit. Une gestion classique rapporte davantage aux capitaux concernés. Le processus n’est pas rapide mais plus réaliste et logique.

Par contre, les bénéfices dégagés pour les gestionnaires de hedge funds sont sensiblement plus importants. Le client doit quant à lui se contenter de statistiques, en général positives, et des fenêtres de ventes qui lui sont offertes (et qui le sont beaucoup moins).

Qu’y a-t-il de plus merveilleux pour un groupe vendant des hedge funds que d’avoir une caisse de pensions comme client?

Il est vrai que les promesses de rendement faites dans un univers qui en est dépourvu, sont bien tentantes.

Alors qu’elles n’existent que par le biais d’un réseau d’informateurs.

Bien sûr, hedge funds, assureurs, private equity insistent sur le fait qu’ils ne sont nullement responsables de la crise financière et que de ce fait leur activité ne mérite pas d’être restreinte ou taxée. C’est faux puisqu’ils ont apporté le fonds de roulement au montage du système. Les pays qui n’ont pas eu de grosses défaillances bancaires (Australie, Inde, Canada…) montent au créneau : ils n’ont pas à payer pour l’irresponsabilité des autres mais malheureusement la globalisation oblige. Leur raisonnement est du même ordre que le particulier qui n’a que des placements classiques : il paiera lui aussi à travers ses impôts. Pour éviter cette déperdition d’énergie, il est indispensable d’éviter un nouvel accident de parcours.

Le cas subprime serait assez facile à reproduire au niveau des Etats.

Leur dette est telle et les qualités de cette dette sont si variées que la titrisation de ces papiers pourraient intervenir sous peu pour attirer le chaland. Des produits structurés associant Allemagne,Ukraine, Grèce se vendraient sans nul doute beaucoup mieux que Grèce seule. Ce serait d’ailleurs une double titrisation puisque les pays de l’Euro empruntent pour prêter à la Grèce.

Que la réforme soit structurelle ou se limite à rehausser les ratios capital et liquidité pour un cadre d’activité plus sûr, avant tout il importe de se presser. Car dans les mois qui viennent on risque de découvrir que beaucoup ont vécu sur les mêmes travers qu’UBS ou Goldman Sachs.

JEANNETTE WILLINER  Analyste indépendant avril10

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4 réponses »

  1. Bonjour,

    Tous ne sont pas responsables certs, mais ceux qui le sont, ce sont les plus gros, les plus influents, les plus cupides etc.

    Comment s’en sortir, même Obama va craquer malgré ce que je crois être son honnêteté et sa bonne volonté de rendre – un peu – moins inhumaine cette planète.

    J'aime

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