Art de la guerre monétaire et économique

Henri Schwamm : La schizophrénie allemande face à l’euro

Henri Schwamm : La schizophrénie allemande face à l’euro

NE SUPPORTANT PAS LES DÉFICITS RÉCURRENTS DE SES PARTENAIRES AU SEIN DE LA ZONE EURO, ELLE LEUR A IMPOSÉ LA CONCLUSION DU PACTE DE STABILITÉ ET DE CROISSANCE.

 L’actuelle crise de l’endettement met en lumière les divergences au sein du couple francoallemand.Mais aussi le rapport ambigu de l’Allemagne face à l’euro.

L’Allemagne a une attitude schizophrène vis-à-vis de l’euro. Elle l’a subi comme un viol de sa souveraineté monétaire imposé en contrepartie de sa réunification en 1990. Mais elle a aussi bénéficié de la monnaie unique dans la mesure où elle a su simultanément procéder aux réformes structurelles qui lui ont rendu sa compétitivité et permis d’imposer sa politique économique aux autres membres de la zone euro.

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Elle s’est jusqu’ici constamment opposée à la création d’un véritable gouvernement économique de cette zone réclamée par la France.

Les deux pays divergent profondément en termes d’objectifs des politiques budgétaires et de change.

L’Allemagne a mis de l’ordre dans ses finances publiques au cours des années 2000. En 2008, elle a abordé la crise avec un déficit public quasi nul, alors que celui de la France était supérieur à 3% de son PIB. Ne supportant pas les déficits récurrents de ses partenaires au sein de la zone euro (à l’exception du Luxembourg et des Pays-Bas) – elle a toujours craint d’être appelée un jour à les financer ou à les garantir – elle leur a imposé la conclusion du Pacte de stabilité et de croissance (1997).

L’expérience a montré que ce n’était pas suffisant puisque les pays les plus faibles ont profité de l’euro pour s’endetter au-delà du raisonnable.

L’Allemagne réprouve tout particulièrement les dérapages des finances publiques françaises. L’écart de dépense publique entre les deux pays est aujourd’hui considérable.

Il s’explique par la politique familiale plus généreuse en France qu’en Allemagne, par le surplus de dépenses militaires lié à la volonté française d’une politique de défense indépendante (arme nucléaire), par le poids de la protection sociale en France et par l’empilement de structures administratives inefficaces.

L’Allemagne n’apprécie pas du tout – c’est un euphémisme – que la France se montre incapable de contrôler les débordements inconsidérés de sa sphère publique. Elle ne comprendrait pas qu’après la crise, sa voisine ne parvienne pas à respecter durablement les objectifs du Pacte de stabilité et de croissance qui, comme l’on sait, exige que le déficit public soit inférieur à 3% du PIB.

La divergence franco-allemande est encore plus grande en matière de politique de change.

 L’économie française est spécialisée, hormis quelques rares secteurs, dans des productions de moyenne gamme, très sensibles à la compétitivité prix. Elle a besoin d’un euro faible pour soutenir son industrie fragile.

Pour sa part, l’Allemagne est beaucoup plus présente dans des secteurs haut de gamme, cultivant la qualité et une image d’excellence.Elle préfère un euro fort, qui ne gêne pas ses exportations et lui permet d’acheter à bon compte les biens intermédiaires nécessaires à son industrie.

La France compte deux fois moins de grosses PME exportatrices que l’Allemagne. Or ce sont les grosses PME qui sont le fer de lance de l’innovation de produits, des exportations et des créations d’emplois dans tous les grands pays industriels.

Par-delà ces différences, il y a deux idées que l’on oublie en Europe, avertit Jacques Delors dans son entretien avec l’hebdomadaire économique français Challenges (du 6 au 12 mai 2010): «J’ai appris la première de Kohl: l’Allemagne reçoit de l’Europe, mais elle doit aussi donner. La seconde est française : tous les pro-Européens français ont considéré que la grandeur de la France passait par l’unité de l’Europe.

Si on perd ces deux idées, on n’y arrive pas. Celle de l’Allemagne est perdue depuis Schröder. Celle de la France est en train de se perdre, sous la pression des ego.

Ajoutons les défaillances du Conseil de l’euro, qui n’a rien vu venir, y compris les crises de l’endettement du secteur privé. La responsabilité des seize pays membres est donc engagée pour assurer l’avenir de l’Union économique et monétaire.»

HENRI SCHWAMM Université de Genève mai10

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