Droit, propriété, propriété intellectuelle

La «Constitution de la liberté» de Hayek revisitée 50 ans après

 La «Constitution de la liberté» de Hayek revisitée 50 ans après

  Friedrich Hayek, grande figure du libéralisme, qui fut président de la société du Mont Pèlerin de 1947 à 1961, a publié avec la «Constitution de la liberté» une oeuvre qui cherche à répondre aux grandes questions philosophiques, juridiques, politiques et économiques

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Une entreprise de pareille ampleur serait inimaginable aujourd’hui. L’interdisciplinarité est en effet passée de mode.  Cet essai majeur du vingtième siècle* fête son cinquantième anniversaire et vient de faire l’objet d’un colloque organisé par la Progress Foundation.

La Route de la servitude (1944) était le manifeste dédié «aux socialistes de tous les partis», la démonstration que l’interventionnisme mène à la suppression de la liberté.

La Constitution de la liberté (1960) est d’un abord plus difficile, un essai qui définit les principes fondamentaux de la liberté. C’est aussi le livre que Margaret Thatcher avait brandi lors d’une réunion de son parti disant «voilà ce à quoi nous croyons».

Hayek brise complètement l’image du pendule politique, libéral ou socialiste. Son approche comporte trois dimensions. Le libéralisme est aussi éloigné du conservatisme que du socialisme, explique-t-il: «Partisan d’une voie médiane, sans objectif clair», le conservateur s’efforce de freiner les interventions de l’Etat. Il ne vise que le statu quo et n’a rien contre l’arbitraire des hommes de l’Etat. Comme le socialiste, il lui importe moins de savoir comment le pouvoir est organisé que de se reconnaître derrière la personne qui l’exerce. Il se méfie du libéralisme et de sa confiance dans la force des idées et du progrès. Le «nationalisme est souvent le pont qui unit le conservatisme et le libéralisme», ajoute le philosophe et économiste.

Au contraire, le libéralisme recherche un changement politique lorsque les forces spontanées du marché sont pénalisées par l’Etat.

Le libéralisme a confiance dans les vertus d’adaptation et refuse de donner un but ou de prévoir ce que sera l’avenir. C’est le système de coopération social qu’est le marché qui définira l’avenir, selon Hayek.

En quête d’un idéal libéral qui, contrairement au socialisme, n’a été essayé dans aucun pays, Hayek dénonce dans son essai le détournement de sens de mots tels que liberté, égalité et justice. La liberté, pour l’économiste autrichien, c’est l’absence de coercition exercée par les autres. Ce n’est donc pas la loi du plus fort. La liberté, c’est ne pas davantage un droit (dans le sens de pouvoir faire quelque chose). Il en résulte qu’une société libre est, pour Hayek, celle qui a transféré à l’Etat le monopole de la coercition.

Le libéralisme de Friedrich Hayek n’est pas synonyme de laisser-faire. Non, chaque loi n’est pas un mal à ses yeux. La civilisation étant le fruit d’un apprentissage, de l’expérience et des traditions qui ont su s’imposer, «ce n’est pas une liberté naturelle mais les institutions qui ont protégé la vie, la liberté, la propriété qui ont conduit l’individu à faire le bien», écrit-il. Une société libre est une société qui s’appuie sur ses traditions et non pas une société sans Etat.

 Hayek, qui n’a donc rien d’un libertaire, n’est pas davantage contre les entreprises d’Etat, si elles respectent la concurrence et n’ont aucun avantage par rapport aux entreprises privées.

 L’Etat a un rôle majeur, le pouvoir de faire respecter la loi qui assure le marché.

 Mais Hayek veut contrôler et limiter l’Etat parce qu’il risque d’outrepasser son territoire et d’élargir son monopole de coercition à d’autres monopoles.

Le libéralisme est impopulaire et, sous plusieurs angles, c’est bien compréhensible.

Ne pouvant prévoir l’avenir, le libéral n’a pas un plan à présenter aux citoyens, contrairement au socialiste. «Seuls les totalitaires semblent savoir ce que le résultat sera.»

Le libéral insiste sur la méthode et l’instrument pour que la civilisation se développe par expérimentations,
par essais et erreurs, dans un cadre d’égalité devant la loi. Ce choix est exigeant parce qu’il n’y a pas de liberté sans responsabilité morale.

 Le comportement des banquiers et des hommes d’Etat durant la crise a donc été anti-libéral, selon cette approche.

Provocateur, Hayek souligne les vertus de l’inégalité: La liberté d’action et de pensée, la seule capable de susciter le progrès, conduit à une inégalité des résultats. Dans une économie du savoir, lequel est forcément inégalement réparti, le progrès ne peut venir que de l’inégalité. Une découverte est d’abord le fait d’une minorité qui s’impose à la majorité par sa force de conviction. C’est pourquoi le libéralisme a confiance dans la démocratie. Toutefois, elle n’est pas un but, mais le meilleur instrument pour atteindre un but. Une loi n’est pas bonne simplement parce qu’elle a l’accord de la majorité.

Le chapitre consacré à l’impôt progressif sur le revenu souligne le risque de dérive du pouvoir excessif de la majorité. La progression de l’impôt devient très vite une incitation de la majorité à discriminer la minorité et un prétexte aux pratiques arbitraires. Sur ce point, Hayek avance la proposition assez géniale d’une double majorité. Il faut l’accord non seulement d’une majorité de votants mais aussi celui de la majorité du groupe de citoyens considéré par la décision pour pouvoir appliquer une mesure fiscale.

La Constitution de la liberté corrige quantité de fausses idées sur le libéralisme, un système de penser courageux, une grille de lecture qui a la sagesse de partir de l’hypothèse des limites de notre connaissance. L’opposé du rationalisme en vigueur aujourd’hui.

* Die Verfassung der Freiheit,
F. A. von Hayek, Ed. Mohr Siebeck,
576 pages.

Par Emmanuel Garessus le temps mai10

EN LIEN : Portrait de la Progress Foundation

3 réponses »

  1. N’y a-t-il pas une faute de frappe ? A la place de « Le nationalisme est souvent le pont qui unit le conservatisme et le libéralisme » ne faut-il pas lire « Le nationalisme est souvent le pont qui unit le conservatisme et le socialisme » ? C’est plus cohérent avec la pensée de FH.

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