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La crise de l’euro peut-elle se comparer à celle de Lehman?

Dr Martin Hüfner : La crise de l’euro peut-elle se comparer à celle de Lehman?

 La crise actuelle de la dette publique en Europe est fréquemment assimilée à la faillite de Lehman Brothers.

Konrad Hummler : Il y a de nombreux parallèles entre sauvetages bancaires et sauvetages d’Etats. Et ils envoient toujours de mauvais signaux. (cliquez sur le lien)

 Doit-on craindre qu’une telle situation se reproduise?

PLUS/MOINS DE LEHMAN EN SUIVANT :

La crise actuelle de la dette publique en Europe est fréquemment assimilée à la faillite de Lehman Brothers survenue il y a un an et demi.

A l’époque, les marchés actions présentaient également des signes de nervosité. Stables durant les deux semaines qui ont suivi la faillite, ils se sont ensuite littéralement effondrés. Doit-on craindre qu’une telle situation se reproduise?

Tout d’abord, la crise n’est pas derrière nous malgré le vaste programme de sauvetage.

Nouriel Roubini : Ce n’est pas la fin de la crise ! (cliquez sur le lien)

 Le rally des actions et du cours euro/dollar n’a été qu’une simple manifestation de soulagement.

L’Union européenne et la BCE ont prouvé qu’elles étaient capables d’agir et de se mobiliser pour sauver l’euro. Mais les problèmes à l’origine de la crise ne sont bien évidemment pas résolus.

Pour les économistes, la crise grecque révèle des déséquilibres majeurs (cliquez sur le lien)

 Les déficits, en particulier ceux des Etats du sud de l’Europe, subsistent.

 Confrontée à de violentes résistances sociales, la Grèce doit imposer un programme de consolidation strict. Une issue positive n’est de loin pas garantie. Le Portugal et l’Espagne ont promis à leurs partenaires de modestes économies du côté de leur politique fiscale. Il reste toutefois, là aussi, encore beaucoup de chemin à parcourir. Les crédits et les garanties des membres de l’UE pèsent sur les Etats de l’Union qui disposent encore d’un bon niveau de solvabilité.

En outre, les annonces divergentes faites récemment à plusieurs reprises par la BCE sont venues ternir sa réputation et elle devra faire des efforts importants pour redorer son blason.

Perte de crédibilité des banques centrales (cliquez sur le lien)

Enfin, il faut s’attendre, ces prochains mois, à ce que le marché considère de manière plus critique les autres pays industrialisés aux prises avec un endettement élevé (en particulier le Japon, la Grande-Bretagne et les USA).

Charles Gave : La crise de la Zone Euro est loin d’être terminée (cliquez sur le lien)

 Tous ces éléments pourraient prochainement peser fortement sur les marchés actions.

 Les valeurs financières pourraient notamment souffrir puisque l’expérience a montré que les banques, qui assurent l’approvisionnement en liquidités, détiennent d’importantes positions en obligations d’Etat. En même temps, je ne crois pas que l’on doive craindre une crise de l’ampleur de celle qui a suivi la faillite de Lehman. En voici les raisons:

 Mesurées aux bénéfices attendus, les actions ne sont aujourd’hui pas surévaluées. Si, en automne 2008, elles évoluaient à peu près au même niveau, le rapport cours/bénéfice était toutefois moins favorable en raison des bénéfices plus faibles.

La politique monétaire est aujourd’hui beaucoup plus expansive que lors de la faillite de Lehman. A l’époque, les taux directeurs américains se situaient à 2% et il a fallu attendre plusieurs mois pour qu’ils soient ramenés à zéro. En septembre 2008, le taux principal de refinancement en Europe continuait à trôner à 4,25%. Les marchés monétaires n’ont toutefois pas été à l’abri des tensions ces derniers jours. Mais en comparaison avec l’époque de la faillite de Lehman, leurs fondements sont globalement beaucoup plus sains. La liquidité des banques est aujourd’hui plus abondante, ce qui multiplie également les possibilités et les incitations de placement.

La principale différence réside cependant dans le cycle économique. A l’époque, la conjoncture s’essoufflait et cela nonobstant la crise bancaire. Aujourd’hui elle est à nouveau en phase de reprise. Dans les pays émergents, la croissance a déjà atteint le niveau d’avant-crise. En Chine, on craint même une surchauffe. Les premiers signes d’une reprise indépendante des programmes de relance gouvernementaux se manifestent aux USA. Les investissements progressent notablement. La consommation demeure stable. En Europe, la conjoncture n’est pas encore particulièrement solide et cela même sans considérer les événements récents. Les exportations profitent toutefois de la croissance du négoce mondial et de la faiblesse de l’euro.

 Indicateur de la confiance des entreprises dans l’avenir, la propension à l’investissement est toutefois faible. Sans être vraiment mauvaise, la consommation privée manque de dynamisme. La crise dans le sud de l’Europe ralentira la croissance de ces prochains mois.

A relever toutefois un élément important pour les marchés actions: les bénéfices d’entreprises n’ont plus été aussi bons depuis longtemps. En plus de profiter d’une meilleure exploitation des capacités, les entreprises commencent maintenant à récolter les fruits des importantes économies de coûts consenties durant la crise.

Tous ces éléments devraient prémunir les marchés actions contre un effondrement du type de celui qui a suivi la faillite de Lehman.

 Il faut toutefois tenir compte d’un autre élément: le cours des actions dans de nombreux pays industrialisés a progressé presque sans interruption depuis mars 2009 – soit depuis plus de douze mois. Le DAX a gagné plus de 50% dans l’intervalle. Inévitable, une pause de consolidation était attendue et cela indépendamment des derniers événements. Après un rally de si longue durée, cette consolidation pourrait s’avérer plus marquée que prévu.

Conseil aux investisseurs: soyez prudents avec les actions actuellement car elles ont quelques semaines difficiles devant elles. Si un effondrement à l’image de celui qui a suivi la faillite de Lehman est peu probable, le marché pourrait toutefois connaître quelques difficultés. Une consolidation s’avère en outre inévitable après la forte progression des 14 derniers mois.

 Par Dr Martin Hüfner, chef économiste, Aquila Investment mai10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :  Mohamed El-Erian, de PIMCO, , le plus grand asset manager obligataire écrivait dans une note récente à l’attention des clients que la crise grecque entraînait un resserrement des prêts interbancaires en Europe et que cela allait se répandre dans le monde entier. 

  Plus précisément, El-Erian a déclaré : « les mécanismes de transmission pour ce dernier épisode [de volatilité] impliquent des perturbations dans les lignes interbancaires européennes, une fuite vers la qualité, et une illiquidité du marché… la crise grecque vous montre que les dettes et les déficits ne doivent pas être traités à la légère… ce que vous voyez en ce moment, c’est une suite d’incidents en cascade dans le système. C’est comme un tuyau qui doit absolument laisser couler l’eau correctement, et qui commence à se boucher ; c’est problématique…cela entraîne des dérèglements dans tout le système, et finit par avoir un impact sur la valorisation ».

La vision de moyen terme du monde et des marchés par PIMCO

 Le document de Mohamed El Erian:
http://media.pimco-global.com/pdfs/pdf/Secular%20Outlook%20May_10%20WEB.pdf (cliquez sur le lien)
 
Le post de Félix Salmon/Reuters  à ce propos :
http://blogs.reuters.com/felix-salmon/2010/05/13/pimcos-risk-filled-global-outlook/ (cliquez sur le lien)
 

2 réponses »

    • Très intéressant.
      Le « flash crack » du 7 mai (toujours sans raison officielle, cf. le blog de JP Chevallier pour une explication inquiétante) était-il un prémice?
      Et comment interpréter l’annonce subite de Merkel interdisant certains paris à la baisse sur les banques allemandes, qui a prise de court jusqu’à ses homologues européens?
      Jugée surprenante et maladroite par une majorité, son action préventive pourrait en vérité amorcer ce scénario catastrophe:
      http://globaleconomicanalysis.blogspot.com/2010/05/shock-awe-phase-ii-germany-to-ban-naked.html

      L’avenir nous dira s’il était, une fois encore, déjà écrit dans l’Histoire.

      « Tout dépendra des décisions qui seront prises par des gens incompétents. Au mieux, ce sera pire, au pire, ce sera terrible »(JP Chevallier, 20 mai).
      😉

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