Art de la guerre monétaire et économique

Philippe Simonnot : L’effondrement programmé de l’Europe

Philippe Simonnot :  L’effondrement programmé de l’Europe

  La dislocation du bloc soviétique était inéluctable. Celle de l’Union européenne l’est tout autant. Explications.

PLUS DE SIMONNOT EN SUIVANT :

 Il y a vingt ans le bloc soviétique s’effondrait, non pas sous le coup d’une attaque militaire des capitalistes-impérialistes, mais sous le poids de ses propres contradictions économiques, comme eût dit Karl Marx lui-même.

Cette dislocation, inévitable au bout de deux ou trois générations, n’avait été prévue par personne, sauf par une poignée d’économistes imperturbables qui accordaient foi aux lois du marché libre.

Aujourd’hui, les mêmes lois permettent d’annoncer l’effondrement de l’Europe, la crise de l’euro en étant le signe avant-coureur.

On reproche souvent aux marchés leur courte vue, leur « vision short-termiste », pour employer le jargon boursier. C’est bien mal connaître ce qu’est un prix de marché, fût-il spéculatif – surtout s’il est spéculatif. Un prix, sur un marché libre, concentre en lui toutes les informations disponibles non seulement sur le présent, mais aussi sur le passé et l’avenir. En d’autres termes, moins sophistiqués, on dira que ceux qui ont de l’argent, les « riches », qu’ils soient de bons ou de mauvais riches, se soucient d’un avenir beaucoup plus lointain que ne le font des politiques, inquiets de leur prochaine réélection. Le célèbre « mur de l’argent » est un mur où s’écrit l’avenir – comme celui de Balthazar (Daniel, 5, 25) !

Or, aujourd’hui, les marchés anticipent, non pas seulement les conséquences désastreuses au jour le jour des remèdes censés hâter la fin de la crise financière démarrée aux Etats-Unis il y a déjà deux ans, mais aussi et surtout l’incapacité de l’Europe à affronter le marché mondial, handicapée qu’elle se trouve par le fardeau des dettes publiques qui ont fait un énorme bond en avant grâce aux remèdes susdits.

Les « affreux spéculateurs » ont aussi mis dans leurs programmes d’ordinateurs les dettes générées par le système de retraite par répartition, dettes de plus en plus énormes et de moins en moins financées à mesure que la réforme du système est repoussée ou ratée. L’auto-destruction d’un Etat-Providence engendrant moins d’enfants et plus de chômeurs, moins d’épargne et plus d’impôts, est aussi prévisible au bout de deux ou trois générations que le fut la faillite du système soviétique, et si les politiques le nient ou le dénient, les marchés, eux, le savent fort bien et en tiennent compte.

A vrai dire, les politiques ont conscience de cette (d)échéance prochaine. Si le président de la République française se précipite au chevet de la Grèce, s’il pousse à l’instauration d’une improbable gouvernance économique européenne, si en même temps il se hâte de faire aboutir l’ultime réforme des retraites, quel qu’en soit le prix électoral, c’est pour tenter de prévenir une dégradation humiliante de la note de la France sur les marchés financiers, qui se traduirait par un alourdissement supplémentaire de la dette et une claque énorme sur le plan politique, et personnel. Combat d’arrière-garde, le dos au mur, c’est bien le cas de le dire. A moins d’un miracle sur le « front social » (retraites, marché du travail, assurance-maladie) que rien ne permet d’attendre, ou à moins qu’on ne casse le thermomètre des agences de notation, la dégradation de l’Etat français est inéluctable puisque la dette publique actuelle n’est tout simplement pas soutenable.

Ce qui vaut ici de la France peut être dit pour la plupart des Etats européens, embourbés dans les mêmes ornières.

Les grands événements historiques conjuguent le plus souvent le hasard et la nécessité : une étincelle met le feu au baril de poudre. L’étincelle, ce fut l’affaire américaine des subprime (encore un fruit de l’Etat-Providence). Le baril, ce sont des déficits publics accumulés pendant trente ans. L’explosion, nous la vivons en ce moment même, plaçant pour un long temps l’Europe aux anciens parapets hors de la compétition mondiale

Par Philippe Simonnot le lundi 24 mai 2010,directeur de l’Atelier de l’économie contemporaine et Directeur du séminaire monétaire de l’Institut Turgot.

http://blog.turgot.org/index.php?post/L-effondrement-annonc%C3%A9-de-l-Europe (INSTITUT TURGOT) (cliquez sur le lien)

BILLET PRECEDENT : Philippe Simonnot : L’égout monétaire collecteur (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENTEt si l’euro disparaissait?

Par Emmanuel Garessus, Zurich le temps mai10

Des économistes réfléchissent à l’éventualité d’une sortie de la monnaie unique d’un pays membre

L’arme capable de lutter contre une spéculation généralisée sur la dette de la zone euro a besoin d’une munition particulièrement puissante: 2000 milliards d’euros ces deux prochaines années, selon Willem Buiter, économiste de Citigroup. L’euro résistera-t-il longtemps?

La Zone Euro a-t-elle les ingrédients pour durer ? (cliquez sur le lien)

La probabilité d’un scénario de sortie de l’euro par un pays était nulle récemment. Ce qui est nouveau, c’est sa hausse subite à «5 ou 10%», explique Jean-Pierre Durante, économiste auprès de Pictet & Cie. Le sentiment se propage sur les marchés d’un départ plausible de l’Allemagne à un horizon de dix ans. Pourquoi un politicien ne tenterait-il pas de surfer sur la tendance opposée à la solidarité européenne et prendrait la responsabilité historique de sortir de l’euro?

Toutefois, pour des raisons institutionnelles et techniques, il n’est pas aisé de quitter l’euro. Jusqu’au Traité de Lisbonne, rien n’était prévu à ce sujet. Avec son entrée en vigueur, un pays peut sortir de l’euro à condition de quitter l’UE, selon Jean-Pierre Durante. Le pays qui le désire doit en faire la demande. La décision doit ensuite être avalisée par le Parlement européen. Certains pensent que la Grèce pourrait faire le pas. Mais les obstacles techniques rendent très difficile cette éventualité, selon l’économiste.

La sortie d’Athènes renchérirait tellement sa dette (en euros) que son économie serait ruinée. Cela fragiliserait tout le système bancaire européen. Les autorités devraient agir par surprise, mais l’application serait ardue. Impossible d’imprimer des nouvelles drachmes en un week-end! «Il faudrait mettre en place les conditions techniques d’une sortie», selon Stéphane Gregoir, directeur de la recherche à l’Edhec Business School. Cela implique la mise en place d’un contrôle des comptes courants des particuliers, ménages et entreprises. En cas de panique bancaire liée à un risque de faillite, les sorties de monnaies des clients doivent être contrôlées. En les étendant à toutes les institutions bancaires, on faciliterait le retour à la monnaie antérieure à l’euro, selon l’économiste.

Il faudrait par ailleurs choisir un taux de conversion crédible, produire la monnaie locale, mettre en place un contrôle à la fois du change et des transactions monétaires. L’expert de l’Edhec explique qu’une modification du nombre de participants à la zone euro est possible, mais pas sa fin. La tâche administrative serait immense. L’introduction de l’euro avait nécessité plus d’un an, même au sein des petits pays. Et le passage avait été massivement soutenu par la BCE et la Commission européenne, selon David Kohl, chef économiste adjoint de la banque Julius Baer.

Et si l’Allemagne…

Si l’Allemagne quittait l’euro, selon David Kohl, le problème majeur viendrait de la réaction des autres pays. Ceux-ci introduiraient une nouvelle monnaie à la seule fin de pouvoir la dévaluer par rapport à l’ancien euro, d’après l’économiste. Comme la confiance envers ce nouvel euro serait réduite à néant, il faudrait introduire un contrôle des changes drastique.

L’Allemagne pourrait donc perdre, avec la sortie de l’euro, sa protection contre les dévaluations compétitives, selon David Kohl. Comme le scénario de sortie le plus probable serait celui d’un pays fort, la BNS se retrouverait en possession d’euros (sans l’Allemagne), à condition que notre voisin nordique restreigne la conversion de l’euro dans la nouvelle unité de change.

«L’euro est mort», selon Pierre Leconte, président du Forum monétaire de Genève. La confiance envers la monnaie européenne s’éteint progressivement. Mais le retour aux monnaies nationales n’est, à son avis, pas possible. «Il heurterait l’orgueil des dirigeants politiques», dit-il. Dans un premier temps, les contrôles et sanctions se multiplieront. Mais, si le dollar passe sous les 1,2150 contre l’euro, «ce sera la fin». A son avis, l’or est devenu la monnaie refuge et devrait se substituer aux monnaies papier.

EN LIEN :

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Dix ans après, les Pourfendeurs de l’euro tiennent leur revanche (cliquez sur le lien)

4 réponses »

  1. Mardi 25 mai 2010 : tous les regards sont tournés vers l’Espagne, vers la situation catastrophique de l’Espagne.

    Les pays d’Europe du sud sont en train d’entraîner toute la planète dans leur chute.

    Lisez cet article :

    Les bourses asiatiques en forte chute à mi-séance.

    Les bourses asiatiques étaient en forte chute mardi à mi-séance, dans un contexte toujours marqué par les craintes pesant sur l’euro et sur la dette de certains pays européens.

    L’indice Nikkei perdait 2,4 % à 9,526.97 points.

    L’indice sud-coréen Kospi perdait 3 % à 1.556,28 points.

    Les bourses néo-zélandaises, australiennes et taïwanaises étaient également en baisse.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=472bcfe6ae5b22fdd522b8f2100d7632

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  2. superbe article car il décrit magnifiquement le passage d’une situation dangereuse (dettes accumulée = baril de poudre) à l’accident (subprime = étincelle) et se poursuit par une réflexion sur la suite du mouvement tout en suscitant la réflexion.
    Sortir le l’€ n’est pas chose simple ni sans conséquence, notamment la dévaluation immédiate pour tout PIGS qui s’y aventurerait ou sortie de la Germanie qui entraînerait la dévaluation inverse. Ce qui n’est pas écris ici c’est que de telles mesures entraineraient des pertes monstrueuses pour les banques, établissements qui viennent d’être sauvés du naufrage par deux fois, car détenteurs des subprimes et de la dette souveraine. Des sorties de l’€ signifieraient que cette fois elles sont lâchées.
    Quid : les états sont-ils vraiment prêts à faire ce geste ?
    Seule partie faible de l’article, annoncer péremptoirement qu’un cours eurodol sous 1.21 signifie « la fin »; la fin de quoi ? pour mémoire, l’euro a chuté jusqu’à 0.9 entre 2000 et 2002 pour remonter dès 2004 à 1.2.

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