Art de la guerre monétaire et économique

Commentaire du Wolf : Chine – des questions non résolues

Commentaire du Wolf : Chine – des questions non résolues.

   LCHINA par BoazImages 

L// es dernières statistiques chinoises sont mal tombées compte tenu des prochaines élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

Les exportations se sont envolées à +48 % sur un an, alors que les importations ont légèrement décéléré en s’appréciant de 49 %. L’excédent commercial est passé de 1,7Md$ à 19,5Md$, en hausse sur 12 mois alors que la tendance était au ralentissement depuis mars 2009.

L’inflation mesurée par l‘indice des prix à la consommation a dépassé le seuil psychologique de 3 % (3,1 % sur un an) et les prix à la production se sont envolés de 7,1 %, confirmant la poussée inflationniste.

PLUS/MOINS DE CHINAMERICA EN SUIVANT :

Les autorités chinoises devront gérer un savant dosage à court terme.

 Malgré la hausse des exportations, la compétitivité de la Chine se détériore, ce qui pourrait affecter les exportations en 2011. Vu le ralentissement domestique, la Chine peut elle éviter un nouvel élargissement de son excédent commercial ?

 Vu les signes de protectionnisme, une certaine nervosité est probable sur les 3-6 prochains mois.

La hausse des salaires chinois s’accélère.

 Des faits surprenants ont eu lieu en Chine, avec des protestations des salariés donnant lieu à des hausses de salaires de plus de 20 %. Si ces augmentations sont spécifiques à certaines entreprises,elles suggèrent des tensions sur le marché du travail dans les provinces côtières.

Il s’agit d’un changement structurel nécessaire, mais qui survient à un moment difficile. Le développement chinois ces 20 dernières années a surtout favorisé les entreprises et non les ménages. La part des salaires dans le PIB est revenue de 57 % à 37 %, tandis que celle des bénéfices des entreprises a augmenté. De plus, les ménages ont été pénalisés par des taux d’intérêt réels faibles ou négatifs.

L’ironie du développement chinois est d’avoir été plus capitalistique qu’intensif en main d’oeuvre, malgré la taille de la population et la migration vers les villes.

Tout cela devra changer compte tenu des effets démographiques de la politique de l’enfant unique. La croissance de la main d’oeuvre va ralentir fortement et, contrairement à la situation présente, la Chine pourrait subir un manque de main d’oeuvre relatif. Cela suggère que le secteur industriel devra évoluer vers une production à plus forte valeur ajoutée – appelant une appréciation du taux de change réel, probablement obtenue en augmentant les coûts unitaires du travail en termes réels plutôt que par le recours à une appréciation nominale massive. Maisvu la faiblesse de l’euro et la stagnation des exportations chinoises, une moindre compétitivité chinoise n’est pas souhaitable.

 Le consensus selon lequel la Chine pourra gérer un atterrissage en douceur de son économie pourrait donc avoir tort.

Surchauffe du marché immobilier

La bulle immobilière en Chine plus risquée qu’aux Etats-Unis (cliquez sur le lien)

En 2008 et 2009, alors que le monde sombrait dans la récession, la Chine a gardé des taux de croissance impressionnants, grâce à une expansion du crédit sans précédent. Mais à présent, les autorités craignent la surchauffe de leur économie.

Avec des usines qui tournent à pleine capacité, une production industrielle en hausse (en avril : +17,8% par rapport à un an plus tôt) et des ventesde détail en pleine flambée (+18,5%), l’inflation s’approche de la limite de 3 % que défend la Banque de Chine.

Mais la principale source d’inquiétude est l’immobilier. Des années de crédit bon marché en ont motivé plus d’un à se lancer dans cette activité.

Il s’ensuit aujourd’hui un risque de correction du marché, qui pourrait avoir un lourd impact sur toute l’économie. Conscient du danger, Pékin retire progressivement les stimuli, pour assurer un atterrissage en douceur.

Mission difficile mais pas impossible.

Les excès du boom

L’engouement pour l’immobilier chinois, qui a été au coeur de la croissance du pays ces dernières années, a provoqué des excès de capacitéimportants. D’autant plus que des autorités régionales, à l’insu des autorités centrales, ont exproprié des possesseurs de terrains agricoles, revendus ensuite à des promoteurs. La pratique est devenue une des principales sources de revenu des régions et a accru la surface bâtie au point que, dans les banlieues, des bâtiments neufs restentvides. Forcément, les marchés s’en inquiètent.

Ce n’est donc pas un hasard si le secteur immobilier chinois a perdu près d’un quart de sa valeur depuis l’automne. Et sa méforme a pesé sur l’ensemble des Bourses chinoises (elles comptent parmi les moins performantes en 2010).

Moyens uniques

La Chine dispose cependant d’atouts pour limiter les surcapacités et tâcher de faire face à une crise du secteur.

• Pékin a durci la réglementation relative au crédit à l’habitation, surtout lorsqu’il ne s’agit pas d’une habitation principale.

• L’autorité procède à la destruction de logements insalubres et à la délocalisation de populations vers de nouvelles zones résidentielles.

• Des bâtiments construits par les autorités régionales, à l’insu des autorités nationales, font l’objet d’un rappel à l’ordre (nullité des droits de propriété, menace de démolition).

• La Chine dispose de moyens pour venir en aide aux banques si une période de défauts de paiement fait suite, comme c’est souvent le cas, à la rapide croissance du crédit.

• La migration de la population des zones rurales vers les zones urbaines se poursuit et les salaires réels des travailleurs augmentent de façon notoire (dans certains provinces : +10% l’an). De quoi permettre à un nombre croissant de familles (quidisposent encore d’une solide épargne) de se précipiter sur les opportunités d’achat que créerait la forte correction des prix de l’immobilier, et éviter ainsi la dégringolade.

2 réponses »

Laisser un commentaire