Commentaire de Marché

Marc Faber »On aurait dû faire sortir la Grèce de l’UE »

Marc Faber »On aurait dû faire sortir la Grèce de l’UE »

Pour Marc Faber, gourou de la finance, une faillite de la Grèce aurait constitué une meilleure solution qu’un sauvetage

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Célèbre pour sa lettre financière intitulée «Gloom, Boom & Doom Report»,(cliquez sur le lien) le gourou de la finance Marc Faber a accordé cette semaine une interview au Temps.

Le Temps: Lors de notre entretien en mars dernier, vous aviez estimé que d’ici cinq à dix ans, les Etats feraient faillite. Aviez-vous imaginé les graves problèmes de la Grèce?

De l’art de la guerre économique à l’art de la guerre tout court : Marc Faber, le  » funeste  » de l’économie mondiale (cliquez sur le lien)

Marc Faber: Je n’avais pas anticipé leurs graves problèmes spécifiques. Beaucoup d’Etats n’ont pas la possibilité comme les Etats-Unis d’imprimer de l’argent dès qu’ils en ont besoin. Ils peuvent augmenter leur déficit fiscal et la masse monétaire, ce qui n’est pas le cas de la Grèce. Elle est obligée d’attendre que la BCE le fasse pour elle. Mais le problème de la Grèce n’est pas résolu, il est simplement repoussé.

Quelles solutions auriez-vous préconisées pour la Grèce?

– La meilleure: sortir la Grèce de l’Union européenne et la laisser faire faillite. Ainsi, les gens qui auraient prêté de l’argent à la Grèce en auraient perdu. Ils auraient ainsi appris qu’il faut faire plus attention à qui on prête de l’argent. Tous estiment que les sauvetages financiers sont nécessaires, car si on ne les réalise pas, la situation empire. Rappelons-nous des sauvetages du Mexique en 1984, de LTCM en 1988, du Nasdaq, via des taux d’intérêt artificiellement bas après 2001, et depuis 2008 le sauvetage des banques. Chaque fois, la crise est plus sévère. Le monde ferait donc bien de regarder une fois le problème en face et de nettoyer le système.

Le Temps: La Banque nationale suisse achète des centaines de milliards d’euros pour la soutenir. Est-ce un jeu dangereux?

Marc Faber: Il me semble tout à fait probable que l’euro perde encore 10% à 20% vis-à-vis du franc suisse. Du coup, la Banque nationale suisse perdra de l’argent. En fait, ces interventions ne servent pas à grand-chose.

– Pensez-vous que l’économie chinoise est en train de surchauffer?

Oui, dans certains secteurs, comme l’immobilier. Il existe aussi une bulle au niveau des crédits, en raison des prêts des autorités locales et ceux qui se font de manière informelle. Il est difficile de dire si la bulle éclatera cette année. L’économie chinoise a commencé à ralentir depuis trois mois et cela se poursuivra au second semestre. Personne ne sait exactement quel est le niveau d’endettement dans le secteur de l’immobilier. A mon avis, il est assez élevé. De plus, la spéculation est énorme en Chine dans ce secteur. Mais cela reste une partie de l’économie chinoise. Dans ce pays, l’immobilier ne va pas provoquer un krach de toute l’économie.

– Estimez-vous qu’une grande proportion des crédits accordés aux Chinois est pourrie?

Les crédits des gouvernements locaux s’élèvent à 1000 milliards de dollars, ce qui est élevé par rapport au reste de l’économie. Certains estiment que la moitié sont pourris. Parallèlement, des prêteurs se spécialisent dans le refinancement de crédits pourris, à un taux de 8% par mois. Mais cela dépend d’un autre créancier qui paye 12%. Or, aujourd’hui, aucune affaire ne permet d’obtenir de tels rendements, à part sur de courtes durées. Les crédits en Chine pourraient donc poser de graves problèmes à un moment ou à un autre.

– La Chine a annoncé vouloir laisser le yuan s’apprécier. Quelles seront les conséquences sur l’économie mondiale?

– Une appréciation de 2% à 3% n’a absolument aucun effet. Il y aurait certaines conséquences si une appréciation de 20% se produisait.

Comment voyez-vous l’évolution de l’économie mondiale jusqu’à la fin de cette année?

– Tout dépendra du nombre de billets que Ben Bernanke (ndlr: président de la Réserve fédérale des Etats-Unis) imprimera. Comme tous les acteurs du marché n’ont pas le même poids, certains ayant une position très dominante, cela rend les pronostics plus difficiles.

Mais je suis très confiant par rapport à un ralentissement de l’économie mondiale au second semestre. J’étais récemment invité par une grande famille avec les trois plus grands baissiers au monde, soit David Rosenberg, Gary Shilling et Nouriel Roubini, à exposer notre vision de l’économie aux Etats-Unis. Ils misent sur la progression des obligations des Etats-Unis à 30 ans, car ils estiment que les taux d’intérêt à long terme diminueront. Mais j’étais surpris que malgré qu’ils soient baissiers, ils ne s’attendent pas à une croissance négative au second semestre, mais à une progression d’environ 2%. De mon côté, une croissance négative au dernier trimestre 2010 ne me surprendrait pas. Je ne suis pas haussier sur les Etats-Unis, car d’autres programmes de relance seront introduits et plus de dollars imprimés.

Avec ce scénario, je préfère accumuler de l’or. Au niveau des actions, je suis plutôt baissier, d’environ 10% sur le S & P. Comme les taux d’intérêt sont très bas, les obligations des Etats et les devises ne sont pas très attractives. Je miserais davantage sur les obligations d’entreprises aux Etats-Unis. Par ailleurs, celle de Nestlé constitue un meilleur investissement que les dettes de la majorité des Etats souverains, car ils génèrent un certain rendement. Par contre, je suis sceptique sur la fiscalité des Etats. L’augmentation des déficits, des programmes de relance et des dollars imprimés pourrait provoquer une autre bulle, par exemple de l’or et l’argent.

Actuellement, quels pays d’Asie recommandez-vous?

– La Thaïlande, Singapour, la Malaisie et les Philippines restent attractifs.

Par Propos recueillis par Daniel Eskenazi le temps juin 10

BILLET PRECEDENT : Marc Faber: « When is the next AIG to fall? » (cliquez sur le lien)

2 réponses »

  1. Que se passe-t-il quand un Etat de la zone euro lance un emprunt sur les marchés internationaux ?

    Prenons un exemple concret : un Etat de la zone euro lance un emprunt à 10 ans.

    Mercredi 23 juin 2010 :

    – Si l’Allemagne avait lancé un emprunt à 10 ans, elle aurait dû verser un taux d’intérêt de 2,65 %.

    http://noir.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR10:IND

    2,65 % d’intérêt pour un emprunt, ce n’est vraiment pas cher.

    Comparons les 2,65 % de l’Allemagne avec les taux d’intérêt des Etats d’Europe du sud et avec l’Irlande :

    – Si l’Espagne avait lancé un emprunt à 10 ans, elle aurait dû verser un taux d’intérêt de 4,54 %.

    http://noir.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

    – Si l’Irlande avait lancé un emprunt à 10 ans, elle aurait dû verser un taux d’intérêt de 5,46 %.

    http://noir.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    – Si le Portugal avait lancé un emprunt à 10 ans, il aurait dû verser un taux d’intérêt de 5,72 %.

    http://noir.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    – Si la Grèce avait lancé un emprunt à 10 ans, elle aurait dû verser un taux d’intérêt de 10,37 %.

    http://noir.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

    Conclusion : aujourd’hui, dans les faits, il y a deux zones euros.

    Conclusion numéro 2 : aujourd’hui, les deux zones euros s’éloignent l’une de l’autre de plus en plus vite.

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