Art de la guerre monétaire et économique

Commentaire du Wolf : L’annonce de la Chine sur sa devise – un risque dans les deux sens.

Commentaire du Wolf :  L’annonce de la Chine sur sa devise – un risque dans les deux sens.

 

En principe, une réévaluation de la devise chinoise constitue une bonne nouvelle du point de vue de l’investissement, puisqu’elle contribue à rééquilibrer lacroissance mondiale vers le monde émergent. Cependant, en pratique, cette appréciation risque tout au plus de frustrer les décideurs politiques américains en apparaissant bien modeste (de 3 à 5% sur les 12 prochains mois en termes pondérés des échanges), et de satisfaire l’agenda domestique chinois au détrimentdu reste du monde.

En faisant évoluer le renminbi par rapport à un panier de devises, le taux de change CNY/USD encourt désormais un risque dans les deux sens. Le yuan peut aussi bien monter que baisser par rapport au dollar américain, les autorités chinoises cherchant à gérer l’appréciation du yuan dans la durée en termes pondérés des échanges

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Nouvelle politique des changes en Chine

A la surprise générale, la Banque centrale de Chine a annoncé le 19 juin qu’elle allait poursuivre la réforme du système de change et augmenter la flexibilité du yuan. Les autorités chinoises ont annoncé évoluer vers une gestion plus flexible du renminbi,dont la parité a été figée par rapport au dollar depuis juillet 2008. Si cette annonce a été saluée, cela n’a guère été le fruit du hasard, quelques jours seulement après l’élargissement à nouveau de l’excédent commercial sur 12 mois en mai, et quelques jours seulement avant le sommet du G20, et quelques semaines avant les élections américaines de mi-mandat.

Mais quel  est réellement l’impact de cette décision ?

Une arme économique

Depuis 25 ans, le taux de change du yuan est utilisé par Pékin pour favoriser le développement économique du pays. Et longtemps, la devisechinoise a alterné les phases de parité fixe et les périodes de fluctuations à crémaillère, le taux de change ne pouvant évoluer quotidiennement que par petits pas. Ce n’est que lorsque la Chine a pris une place prépondérante dans le commerce mondial et qu’elle a engrangé d’importants surplus commerciaux que le problème a été soulevé par les capitales occidentales.

Mais les autorités chinoises n’entendent pas se faire dicter leur politique par l’étranger et l’arme du taux de change reste utilisée pour atteindre des objectifséconomiques. La hausse du yuan face au dollar entamée en juillet 2005 n’est ainsi pas à interpréter comme une victoire de la diplomatie occidentale sur Pékin. Il s’agit simplement d’une étape indispensable dans la volonté des autorités chinoises de rééquilibrer la structure de l’économie, basée aujourd’hui sur l’investissement et les exportations, vers un modèle de croissance qui s’appuie davantage sur la consommation des ménages.

 D’ailleurs, le système de parité fixe a été réinstauré en juillet 2008, lors de la crise financière mondiale, pour aider les entreprises exportatrices chinoises à surmonter l’effondrement du commerce international. Et il a fallu que toutes les conditions soient à nouveau réunies pour que le pays annonce une reprise de la flexibilité du taux de change.

Avantages pour la Chine

A son stade de développement actuel et vu la conjoncture mondiale, la Chine a tout intérêt à reprendre sa politique d’appréciation graduelle de sa devise. En premier lieu, alors qu’une majorité hostile au Congrès américain travaillait sur des sanctions commerciales contre la Chine, cette décision désamorce cette bombe à retardement.

Ensuite, alors que la contestation sociale sur les salaires et le coût de la vie enfle, la hausse du yuan augmente le pouvoir d’achat des Chinois via une réduction du prix des importations.

Cela favorise la consommation des ménages et rééquilibre l’économie en faveur de la demande domestique comme second moteur de croissance.

Une évolution d’autant plus souhaitable que le surplus commercial se réduit déjà inexorablement. En effet, la faible croissance des pays développés limite l’essor des exportations, alors que les importations, de matières premières et de biens de consommation, augmentent à un rythme soutenu.

Par ailleurs, en permettant l’appréciation du yuan et en réduisant le prix des importations, la banque centrale atténue les pressions inflationnistes.

Enfin, en mettant fin à l’arrimage au dollar, la Chine ne se condamne plus à accumuler des montagnes de billets verts. Elle pourra diversifier ses réserves de changes et ainsi limiter son exposition à une éventuelle crise de la dette aux Etats-Unis.

Incertitudes des changes

Force est de constater que la nouvelle politique de change chinoise soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Quelle sera ainsi l’ampleur des gains du yuan ? Entre juillet 2005 et juillet 2008, le yuan s’était apprécié de 21% face au dollar.

Après l’abandon de la parité fixe face au dollar par les autorités de Pékin, il ne faut pas s’attendre à une glissade comme entre 2005 et 2008

Si c’est la même bande de fluctuation quotidienne de 0,5% qui est de nouveau fixée, rien n’indique que le rythme de hausse en effet sera cette fois identique.

D’ailleurs, il n’y a pas eu de réévaluation aujourd’hui, alors qu’une hausse immédiate de 2% avait été décidée en juillet 2005. Et au final, les gains du yuan face au dollar pourraient même être très limités. Les marchés n’anticipent ainsi qu’une hausse de 2 à 3% en 2010, certains analystes n’excluant pas une baisse. Quelles devises vont s’apprécier, lesquelles vont baisser ?

En abandonnant aujourd’hui le lien fixe yuan/dollar au profit d’un régime d’ancrage sur un panier de monnaies, la Chine reporte les conséquences de sa politique sur un plus grand nombre de devises et multiplie les inconnues.

Aujourd’hui, c’est l’Union européenne le premier destinataire des produits chinois et l’Asie, le premier fournisseur. Dans ce contexte, le lien avec le dollar a moins d’importance. La nouvelle politique de change vise par contre peut-être à stabiliser la parité euro-yuan, en forte baisse cesderniers mois, pour préserver les ventes vers le Vieux-Continent. Et aussi à limiter les fortes fluctuations actuelles des taux de change vis-à-vis des autres devises asiatiques pour simplifier le commerce intra régional.

Conclusion provisoire

Jusqu’ici, la Chine n’a rien communiqué sur la composition du panier de devises qui sert désormais de référence. Elle entretient ainsi l’opacité autour de sa nouvelle politique, afin sans doute d’éviter l’afflux de fonds spéculatifs qui voudraient profiter d’une hausse organisée du yuan. Et ceci mème si la nouvelle politique de change chinoise ne constitue donc pas une opportunité de placement en soi, une forte appréciation du yuan contre le dollar en 2010 reste très hypothétique. La devise arrimée à un panier de monnaies  devrait se renforcer progressivement, surtout à partir de 2011 et cette tendance pourrait se répercuter sur les marchés actions, comme cela s’était déjà produit à partir de 2005, dans une configuration certes  similaire mais dans un contexte internationnal nette ment plus positif et déjà  à l’époque se profilait sur le territoire national chinois  une énorme  bulle immobilière et des pressions inflationnistes préoccupantes.

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3 réponses »

  1. Morgan Stanley, BNP Paribas SA and Nomura Holdings Inc. say stocks will rally as China’s June 19 decision to end the yuan’s two-year peg to the dollar helps curb inflation and asset bubbles. The Shanghai index rose 62 percent in 12 months after China last allowed a more flexible exchange rate in July 2005.

    “We are very bullish,” said Jerry Lou, the Hong Kong- based strategist at Morgan Stanley, among the top-ranked analysts for China stocks by Institutional Investor, who predicts the Shanghai Composite may climb 65 percent to 4,000 by June 2011.

    http://www.bloomberg.com/news/2010-06-29/china-sinking-like-greece-signals-65-rally-in-stocks-to-morgan-stanley.html

  2. En complément, vidéos :

    – Morgan Stanley’s Lou Interview :

    http://www.bloomberg.com/video/61236552/

    – Jing Ulrich Interview on China Yuan, Stocks, Economy

    http://www.bloomberg.com/video/60969328/

    – HSBC’s Qu Interview on China’s Yuan Policy, Economy

    http://www.bloomberg.com/video/60952766/

    – TCW’s Sri-Kumar Discusses China’s Currency Policy

    http://www.bloomberg.com/video/60951044/

    – Note de William Fong, gérant du Baring China Select Fund :

    http://www.multiratings.com/includes/news_info.php?lang=fr&societe=53&conf=2623

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