Art de la guerre monétaire et économique

Jean Pierre Petit : Le Sud va creuser l’écart

Jean Pierre Petit : Le Sud va creuser l’écart

Jean-Pierre Petit  La dynamique émergente gagne de plus en plus d’autonomie grâce au développement du commerce Sud-Sud.

PLUS DE PETIT EN SUIVANT :

La croissance des pays émergents a été plus de deux fois supérieure à la croissance des pays développés entre 1999 et 2008 (6% contre seulement 2,5%). Le FMI semble encore trop conservateur en prévoyant entre 2009 et 2014 un différentiel de croissance de 4,1 points en moyenne, contre 4,6 points entre 2002 et 2007. On peut légitimement penser que l’écart de performance sera beaucoup plus fort.

La dynamique émergente a gagné en autonomie depuis une dizaine d’années grâce notamment au développement du commerce Sud- Sud, qui représente près de 40% du commerce extérieur des émergents en 2009, contre 25% en 2000. Le commerce mondial se faisait encore  quasi-exclusivement entre pays développés à la fin des années 90. Lors de la forte croissance mondiale des années 2003-2007, le commerce Nord-Sud et le commerce Sud-Sud se sont développés plus fortement.

Après les crises des pays émergents du milieu (Brésil, Mexique) et de la fin des années 90 (pays Asiatiques, Russie, Argentine, Brésil, …), les pays émergents ont globalement amélioré leur politique macroéconomique.

L’inflation a été globalement maîtrisée à partir des années 2000, grâce à l’amélioration des politiques monétaires (ciblage d’inflation, politiques quantitatives, politiques de change plus crédibles, …) et des fondamentaux (excédent courant, limitation de l’endettement public, …) et ce, malgré la montée importante des prix des matières premières.

Les finances publiques se sont considérablement améliorées, grâce à une maîtrise des dépenses (stables en% du PIB depuis 15 ans) et à une croissance économique soutenue. L’endettement public a diminué de 11 points de PIB à 35% de 1998 à 2008 (contre une augmentation  de 9 points à 79% pour les pays développés).

Les déficits publics (en poids dans le PIB) sont inférieurs dans les pays émergents à ce qu’ils sont dans les pays développés depuis 2003. En 2008, le déficit public des pays développés a été de 3,5% du PIB, contre 0,2% pour les pays émergents.

L’endettement privé des ménages est beaucoup plus limité, évitant le problème de deleveraging des pays développés et permettant de bonnes perspectives pour la consommation. C’est bien évidemment dans le Sud (grâce au potentiel de créations d’emplois, développement de la protection sociale, développement du crédit, ….) et non dans le nord (endettement élevé des ménages, hausses d’impôts, …) que se situent les perspectives les plus favorables pour les ménages.

Les émergents disposent globalement d’excédents courants depuis 2000, ayant permis la diminution de la dette extérieure nette (-10 points de PIB en 10 ans) et l’augmentation des réserves de change, qui ont été multipliées par 25 en Asie émergente entre 2000 et 2008, et par 6,5 en Amérique Latine / Moyen-Orient, en dollars courants. Les émergents sont devenus globalement prêteurs nets vis-à-vis du reste du monde à partir de 2005. Même hors Chine (et ses réserves de change), le monde émergent est à l’équilibre en terme de dette extérieure nette. De plus, hors Asie (particulièrement marquée par la crise de 97- 98), les Réserves couvrent 76% de leur dette brute (couvrant ainsi plus de 100% de leur dette nette), contre 25% en 2000.

Cette plus grande stabilité macroéconomique a permis une croissance soutenue (plus de 6% en moyenne de 1999 et 2008, contre 3,3% entre 1991 et 1998) et une moins forte volatilité relative de ces économies (notamment lors de la dernière crise financière de 2007-2009). La volatilité moyenne de la croissance des émergents a convergé avec celle des pays développés jusqu’à être inférieure à celle des Etats-Unis à partir de 2008.

Enfin, tous les vecteurs du «rattrapage réel» sont encore présents:

rattrapage en termes démographique, technologique, instruction, …. A l’exception de l’Europe de l’Est, la croissance de la population comme le taux de dépendance seront toujours largement favorables aux emergents.

JEAN-PIERRE PETIT Stratégiste de marché JUIL10

BILLETS PRECEDENTS : Jean Pierre Petit : Les vainqueurs de la décennie 2000 (I) (cliquez sur le lien)

Jean Pierre Petit : Le fort potentiel de rattrapage de l’Inde (2) (cliquez sur le lien)

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