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L’aversion au risque prépare de futures bulles défensives

L’aversion au risque prépare de futures bulles défensives 

 L’incertitude persistante oriente les investisseurs vers des valeurs refuges porteuses elles aussi d’irrationalité.

PLUS/MOINS DE BULLES EN SUIVANT :

 Les liquidités représentent un nouveau leitmotiv pour les investisseurs rétifs au risque. Les incertitudes qui expliquent ce mouvement ne manquent pas: l’éventualité d’une nouvelle récession, la crise de la dette souveraine, les problèmes de l’euro, un essoufflement de la croissance de la Chine, une résurgence de l’inflation, etc.

La peur du risque est retournée à des niveaux qui n’ont plus été observés depuis mars 2009, un moment idéal pour acquérir des actions à des prix bradés. La propension à investir dans des placements monétaires, l’or ou l’immobilier a de nouveau augmenté considérablement.

Si l’on ne peut pas encore parler de bulle, l’engouement actuel pour l’or ou l’immobilier dans certaines régions, en particulier de Suisse, pourrait être le prélude à un phénomène de ce genre (que l’on peut qualifier de défensif). Les bulles seraient alors la conséquence d’une fuite importante et régulière vers des valeurs refuges, dont le profil de risque/rendement n’est plus vraiment favorable, du moins dans une optique de 3 à 5 ans. Ces actifs peuvent encore monter sensiblement dans l’intervalle.

Cependant, à plus long terme, les actions ou d’autres actifs proches, dont le private equity ou des hedge funds equity long/short, pourraient se révéler les meilleurs actifs. La réticence à leur égard réside à la fois dans la peur d’une forte volatilité, donc de turbulences des marchés, et dans le fait que les dix dernières années ont été la plus mauvaise décennie pour les actions depuis les années 30. Le choix est pourtant clair: entre des placements monétaires qui ne rapportent rien, des obligations qui sécrètent un rendement historiquement bas dans leur ensemble, et des actions qui produiront un rendement double pour le moins. Sans oublier le danger d’une forte volatilité possible pour l’or dans un second temps, et d’un tassement important du marché du logement dans différents pays (entre autres la Suisse). 

Les bulles défensives en formation

Trop de monde a fui dans l’or, les liquidités, les obligations et l’immobilier, qui comportent ainsi des risques ou un coût d’opportunité

Le sentiment baissier envers les marchés actions est de retour, selon le dernier sondage de Bank of America/Merrill Lynch. La plupart des économistes et le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, brandissent la possibilité d’une nouvelle récession.

On craint que les bénéfices des entreprises ne s’affaiblissent à nouveau.

En revanche, des gens plus proches de la réalité économique à travers leurs entreprises se montrent optimistes, en recevant des informations concrètes de leur clientèle.

Le choix d’un investisseur aujourd’hui est entre des placements monétaires qui rapportent près de zéro, des obligations en franc suisse qui procurent un rendement de 2% en moyenne (pour quelqu’un qui raisonne en franc et qui ne veut pas courir de risque de change) ou des actions qui produiront un rendement le triple de cela par an.

Il n’empêche que la peur d’une nouvelle baisse des marchés actions et de la volatilité y relative pousse beaucoup de monde dans des valeurs-refuges comme l’or, l’immobilier et les emprunts obligataires d’émetteurs supposés être de la meilleure qualité possible en termes de solvabilité. Ces mouvements induisent ce que l’on peut appeler des «bulles défensives», notamment avec l’or et dans l’immobilier selon le pays ou la région.

Beaucoup de monde se fixe sur la sous-performance des actions durant les 10 dernières années, la pire décennie boursière depuis les années 30. Concernant cette décennie perdue, elle s’explique par le fait que les marchés actions étaient surévalués en 1999-2000, selon le célèbre investisseur Peter Lynch.

Le cours de l’or se trouve à son plus haut niveau historique depuis 1974 en valeur nominale.

Son évolution est exponentielle depuis 2005. Un simple coup d’oeil graphique incite à la prudence. Ce mouvement peut encore durer. L’histoire financière enseigne cependant qu’une telle évolution se termine toujours brutalement à un moment ou un autre, un peu comme les douze coups de minuit dans le conte de Cendrillon!

De ce point de vue, on peut craindre que l’or ne soit plus une protection, notamment contre l’inflation, mais un actif surévalué, dans une optique à 3, 5 ou 10 ans.

Au reste, il n’y a plus que l’or qui soit en pleine orbite, eu égard à l’évolution de l’indice CRB, l’indicateur le plus suivi des matières premières. Après le pic fulgurant atteint au début de 2008, ce dernier est retombé à un niveau qui n’est que légèrement plus haut que celui de 1990. A l’évidence, le comportement de l’indice CRB ne traduit pas une grande crainte de l’inflation, du moins à court terme.

Des arguments fondamentaux existent certainement pour croire à une poursuite de la hausse de l’or. Les risques planant sur l’environnement économique sont extrêmement importants. Outre les problèmes de l’augmentation de la dette des Etats et du vieillissement rapide de la population des pays développés, la véritable bulle se trouve dans la création monétaire et pour s’en protéger, les investisseurs se tourneront de plus en plus vers la seule monnaie qu’on ne peut pas imprimer et qui ne dépend pas de la santé d’un Etat: l’or, selon Dominique Casaï, co-créateur de URAM SA, société genevoise spécialisée dans la gestion de fonds d’investissement dans les matières premières.

Les rendements obligataires n’ont jamais été aussi bas qu’à présent, de manière générale, après 20 ans de baisse des taux d’intérêt.

 Du coup, les taux ne peuvent que remonter en tendance. Cependant, à la différence des actifs dont le prix fondamental (la valeur à long terme) est inconnu ou incertain (actions, immobilier, taux de change, matière premières, etc.), il ne peut pas y avoir de vraie bulle spéculative sur une obligation, puisque son prix de remboursement futur est connu, selon Patrick Arthus, directeur de la recherche et des études économiques de Natixis.

 Il en va de même pour des placements monétaires. Trop de liquidités ou d’obligations peut signifier un coût d’opportunité considérable, sans qu’il y ait de perte de capital.

Quant à l’immobilier il faut distinguer entre les segments et les pays

 . Plusieurs segments suscitent des interrogations en Suisse, mises en avant par la Banque Nationale Suisse et Wüest & Partner,spécialement celui des logements en propriété.

Wüest n’hésite pas à affirmer que le risque engendré par la situation actuelle réside dans le comportement des propriétaires de logement potentiels.

 S’ils acquièrent un logement en se fondant uniquement sur leur budget de logementet sur les coûts de  financement avantageux actuels, une brusque hausse des taux d’intérêt pourrait les amener très vite à une situation de surinvestissement et ils ne seraient alors plus en mesure de supporter leurs coûts.

Une telle hausse non seulement paralyserait la demande induite par les taux d’intérêt, mais conduirait surtout à une recrudescence de ventes forcées.

Dans ce segment, les prix ont augmenté de plus de 40% en Suisse au cours des 10 dernières années. L’évolution des prix s’est encore accélérée en 2009, pendant la récession. La hausse a alors atteint 6,8% sur un an, soit près du double de la moyenne des 10 dernières années. On ne peut pas encore parler de bulle spéculative, mais d’une situation qui peut y mener si la BNS et la Finma n’y prêtent pas garde. (PR)

par  Philippe Rey agefi juil10

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