Commentaire de Marché

L’inflation peut-elle purger l’explosion de la dette publique? par Jean Pierre Petit

L’inflation peut-elle purger l’explosion de la dette publique? par Jean Pierre Petit

Jean-Pierre Petit Un tel processus apparaît en fait comme illusoire. Improbable. Inefficace. Et d’ailleurs l’inflation ne se décrète pas.

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Le modèle inflationniste (des années 70) où le ratio dette publique/ PIB progressait peu car la croissance nominale était poussée artificiellement par l’inflation, suscite une certaine «nostalgie»à cet égard, regardant le recours à l’inflation comme un moindre mal face à l’explosion des dettes publiques.

Un tel processus apparaît en fait comme illusoire, improbable et inefficace.

C’est illusoire dans la mesure où l’inflation ne se décrète pas sauf s’il y avait un accord mondial à ce sujet; on voit mal comment il pourrait en être ainsi aujourd’hui.

Aujourd’hui, il est clair que les conditions cycliques ne plaident pas en faveur du retour de l’inflation d’ici au moins deux à trois ans dans le monde riche; croissance soutenue du taux de chômage, chute du taux d’utilisation des capacités de production,écart croissant entre croissance effective et croissance potentielle…

 Lors des dernières sorties de récessions américaines, cela a pris en moyenne 2,5 années pour toucher le creux de l’inflationsous-jacente américaine. Avec la récession la plus grave de l’après-guerre, on voit mal comment il pourrait en être autrement.

Mais les butoirs à l’inflation sont avant tout structurelles;

 a) pressions concurrentielles (sur les marchés des biens, du travail et des services) liées à la globalisation et à la déréglementation. L’inflation ne se décrète pas. Sans protectionnisme, difficile d’imaginer une réelle renaissance de l’inflation;

b) désyndicalisation et désindexation des salaires dans les pays riches (à quelques exceptions près comme la Belgique ou leLuxembourg);

c) partage de la valeur ajoutée favorable à l’actionnaire;

d) baisse du taux de chômage non accélérateur d’inflation (Nairu);

e) niveau élevé de l’épargne et faiblesse du taux d’emploi à l’échelle mondiale.

C’est aussi improbable car la seule véritable façon de réactiver l’inflation au niveau d’un pays ou d’une zone économique serait le recours au protectionnisme. Ce serait enfin inefficace car en économie financiarisée, les taux nominaux exploseraient et passeraient largement au-dessus de la croissance nominale, creusant ainsi les charges d’intérêt de la dette.

Ajoutons que les zélateurs d’une telle stratégie font fi des coûts micro et macro-économiques de l’inflation; brouillage desanticipations et décisions économiques, réduction de l’horizon temporel des décideurs, hausse de la volatilité du cycle économique,hausse de la prime de risquesur les actifs risqués, …

Ajoutons que tout processus inflationniste serait probablement plus directement et rapidement récessif aujourd’hui.

L’absence d’illusion monétaire (du fait des progrès de l’information et de l’expérience acquise par les ménages) pèse immédiatement sur le pouvoir d’achat des ménages. Le manque de «pricing power» affecte instantanément les marges des entreprises, d’où un impact récessif sur l’emploi et l’investissement. Les moindres fluctuations de change et même l’absence de taux de change au sein de la zone euro sanctionnent immédiatement les pays inflationnistes en termes de compétitivité prix.

La théorie pigovienne de l’effet d’encaisses réelles explique qu’en cas d’inflation, la volonté de maintenir constante la valeur réelle de l’épargne liquide débouche sur un effort accru d’épargne, au détriment de la consommation. Enfin et surtout, le niveau d’endettement et la sensibilité aux taux du cycle des pays riches aboutiraient à un renforcement de l’impact récessif d’un retour de l’inflation.

Dès lors, on peut considérer que tout phénomène inflationniste porte en lui-même les germes de la désinflation future puisqu’il est quasi-immédiatement récessif.

En fait, on sait que la seule inflation «permise» par le capitalisme mondialisé et patrimonial est celle des actifs. Depuis le krach boursier de 1987, on gère chaque crise financière en recréant les conditions d’une nouvelle bulle qui finit par se dégonfler et ainsi de suite.

Jean Pierre Petit économiste et stratégiste de Marché juil10

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2 réponses »

  1. l’inflation aurait un effet dévastateur sur l’immobilier. Une hausse des taux entraînerait une incapacité de payer les intérêts hypothécaires de « propriétaires » au budget serré. Les banques centrales n’ont qu’une très faible marge de manoeuvre dans ce domaine. On a tendance à oublier que la pierre constitue une part importante de la fortune totale.
    De plus, qui peut imaginer que sous peu les prix augmentent (pétrole excepté) et que les salaires suivent… 😉

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