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Marché et Secteur Bancaire : L’illusion d’un tournant pour les valeurs financières

Marché et Secteur Bancaire : L’illusion d’un tournant pour les valeurs financières

  Les assouplissements prévus pour Bâle III ne lèvent que momentanément les incertitudes régulatoires.

No stress Bancaire : Le Comité de Bâle assouplit ses exigences de solidité bancaire (cliquez sur le lien)

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 L’ampleur du rebond enregistré par les valeurs bancaires depuis mardi est éloquente. Elle révèle le poids qu’exercent sur le secteur les incertitudes générées par les travaux régulatoires du Comité de Bâle. «Les banques fêtent les compromis sur le capital», n’a d’ailleurs pas hésité à titrer l’agence Bloomberg hier, alors que les dirigeants bancaires se sont livrés à un intensif lobbying depuis décembre 2009 et la présentation officielle des futurs aménagements réglementaires de l’industrie. Pour beaucoup, la forte progression des titres financiers provient également du fait que l’annonce du groupe de régulateurs a constitué une grande surprise pour un marché assez peu liquide et qui plus est très nerveux. Cet étonnement est venu s’ajouter à des résultats bancaires (UBS et Deutsche Bank) supérieurs aux attentes. Mais surtout à un retour de plus en plus perceptible de l’appétit des investisseurs pour le risque, depuis plusieurs jours.

Les assouplissements annoncés constituent-ils pour autant un vrai tournant?

Les gérants d’actifs devraient-ils revoir le profil de leurs allocations en faveur des valeurs bancaires, comme le préconisaient hier les analystes de Deutsche Bank, qui affichent désormais une position neutre sur le secteur, contre sous-pondérer auparavant?

Rien n’est moins sûr. «Je ne parierais pas sur un rebond continu de ces titres, explique Jean-Frédéric Nussbaumer, responsable du trading en actions pour HSBC Private Banking. Le marché est simplement moins mal à l’aise.» C’est le moins que l’on puisse dire. En trois séances, l’indice Bloomberg Europe Banks and Financial Services, qui regroupe les 54 plus importantes capitalisations du secteur en Europe, a progressé de plus de 6% pour retrouver les niveaux d’avril dernier.

L’euphorie pourrait toutefois ne pas durer. Même compréhensif, le Comité de Bâle n’a toujours pas donné le calibrage des nouvelles règles. Le niveau exigé du ratio core Tier-1 sera par exemple décisif. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne n’a pas officiellement adhéré à cette décision. «Il n’y d’accord sur rien tant qu’il n’y en a pas sur tout», a réagi hier un responsable de la Bafin, l’autorité allemande de surveillance des marchés financiers.

Pour rappel, le ratio de fonds propre core Tier-1, qui devait devenir un ratio ne contenant que des actions ordinaires et des réserves de bénéfices, pourra finalement intégrer comme c’est déjà le cas aujourd’hui une partie des fonds propres des intérêts minoritaires détenus dans des filiales bancaires. La pondération en fonds propres des participations dans des institutions financières, comme les assurances par exemple, a également été assouplie. La mise en application de plusieurs mesures restrictives pour les banques, comme le ratio de liquidité à un an (net stable funding ratio) ou le ratio de levier, qui limite les engagements des banques par rapport à la taille de leur bilan, a par ailleurs été repoussée à 2018. «Le Comité a certes tenu compte des préoccupations de notre industrie, mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions, prévient Charles Dallara, directeur de l’IFF (Institute of International Finance) à Washington. De nombreuses questions sont encore à finaliser.» «Le secteur bancaire était devenu trop négatif à l’égard de ces travaux, estime quant à lui Jean-Paul Jeckelmann, responsable des investissements à la Banque Bonhôte. L’annonce de lundi va lui permettre de se remettre au travail.» Le CIO ne prévoit pourtant pas de revoir fondamentalement ses allocations sectorielles en faveur des valeurs financières. «Un certain nombre de risques demeure. Les banques continuent d’évoluer dans un environnement difficile». Et d’évoquer les problèmes de finances publiques, les freins à la bonne circulation des crédits, mais aussi une incertitude régulatoire qui n’a de loin pas disparu. «A moyen terme, les efforts consentis par le secteur devraient lui permettre de reprendre le chemin de la croissance. Mais son taux de progression pourrait être affecté. A force de réglementer, on risque d’en faire des utilities».

 servan peca agefi juil10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : La contribution de la finance à l’économie tient plus du mirage que du miracle car elle a résulté largement d’un accroissement excessif du leverage et de la prise de risque

Graphique : DB via FT Alphaville – l’évolution des profits du secteur financiers vs le reste de l’économie et l’évolution du PIB aux Etats-Unis

EN LIEN : http://www.bankofengland.co.uk/publications/speeches/2010/speech442.pdf (cliquez sur le lien)

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