Art de la guerre monétaire et économique

L’idiot du village global par Henri Schwamm

L’idiot du village global

Trois personnalités françaises s’entendent sur un point crucial: si l’Europe ne devient pas un pôle capable de résister à la mondialisation, elle va se désintégrer.

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Presque simultanément, trois personnalités françaises de grande expérience – Edouard Balladur, dans le Figaro du 27 août, Luc Ferry, dans le Figaro du 26 août, et Hubert Védrine, dans Philosophie Magazine de septembre – se sont penchées sur le sort de l’Europe et le déclin qui la guette, comparable à la lente chute de Rome. Au-delà de leurs visions différentes de l’histoire et de la politique, elles s’entendent sur un point crucial: si l’Europe ne devient pas un pôle capable de résister à la mondialisation, elle va se désintégrer.

L’ancien premier ministre de François Mitterrand constate d’emblée que «la mondialisation a rendu générales les conséquences de la crise financière». Toute l’Europe a peiné: croissance insuffisante, dynamisme essoufflé, chômage croissant, déficits publics aggravés, société déchirée par la tension des esprits.

«Trop souvent, l’Union européenne donne l’image de l’infirmité, peinant à dégager une volonté commune pour peser davantage sur les affaires du monde, déclare Edouard Balladur. Le pouvoir est disséminé entre des institutions rivales, émietté entre des Etats membres trop nombreux et pas tous décidés à progresser ensemble alors qu’ils doivent prendre des décisions essentielles à l’unanimité.»

Le prix à payer pour faire jeu égal avec les autres grands de ce monde est sans doute, estime Edouard Balladur, de «consentir de nouveaux abandons de souveraineté  à l’Union afin que celle-ci soit enfin reconnue comme un acteur majeur dans les affaires du monde».

L’ancien ministre de l’Education nationale est bien obligé, lui aussi, de se rendre à l’évidence: «La mondialisation nous impose à nous, vieux Etats providence, des réformes de plus en plus difficiles si nous voulons résister à la pression des nouveaux entrants – Chine, Inde, Brésil –, elle nous retire chaque jour davantage, et ce d’un même mouvement, les moyens de les mettre en œuvre tant que nous ne sommes pas vertueux. D’un même mouvement, en effet, car nous avons tout à la fois plus de réformes à faire et chaque jour moins de pouvoir pour les réussir, parce que moins de leviers nationaux pour agir tant que l’Etat est en faillite».

Comment reprendre la main sur un cours du monde qui nous échappe de toutes parts, s’interroge Luc Ferry, «afin d’adapter autant qu’il est possible nos vieux Etats providence à la réalité de la mondialisation, sans faire trop de casse sociale?» Telle est la seule question qui vaille.

L’ancien ministre des Affaires étrangères est à la fois plus explicite et plus brutal. Pour lui, les choses sont claires: «Dans la bagarre multipolaire qui s’annonce, si l’Europe ne devient pas une puissance, elle est condamnée au protectorat sino-américain (…) Si l’Europe continue comme cela, elle subira les conséquences des décisions des uns et des autres, même si ceux-ci ne s’entendent pas. Voici ce qui pourrait arriver de pire: accumulation de décisions sur un ensemble gélatineux qui n’a plus de pensée propre et n’arrive pas à se mettre d’accord pour se faire respecter, qui devient, en somme, l’idiot du village global».

Les Européens ont-ils, oui ou non, un intérêt à être unis face à la mondialisation? «Les peuples doivent être unis sur quelques points stratégiques dans la bagarre multipolaire qui s’engage, estime le diplomate. Les Européens ont un intérêt vital à élaborer des stratégies globales. Pas en fusionnant. Jamais l’Allemagne et la France ne seront le Dakota du Sud et le Dakota du Nord. Mais si l’Europe ne s’institue pas comme un pôle, on va se faire plumer!»

Et, pour finir, un regret – hélas vain! – d’Hubert Védrine: «Je ne comprends pas que les dirigeants européens n’aient pas élaboré une stratégie commune face à la crise, et une stratégie pour le monde multipolaire plus convaincante, plus frappante.»

Henri SCHWAMM  Université de Genève sep10

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