Commentaire de Marché

La forte impression d’une année perdue pour le marché des actions par Ad van Tiggelen

La forte impression d’une année perdue pour le marché des actions par Ad van Tiggelen

Au début de cette année, beaucoup d’analystes pensaient que 2010 serait marquée par une forte croissance des bénéfices (25 %), des rendements boursiers élevés et des rendements faibles sur les obligations d’État. Avec le recul, force est de constater qu’ils ont eu tort sur toute la ligne. Ils ne se sont pas montrés assez optimistes en ce qui concerne la croissance bénéficiaire, laquelle dépassera les 30%, mais ils ont fait preuve de trop d’optimisme par rapport aux rendements boursiers, du moins jusqu’à présent. Quant aux obligations, ils n’ont vraiment rien vu venir! Pas étonnant, dès lors, que même certains des meilleurs gestionnaires de hedge fund connaissent une année difficile. En effet, que demander de plus qu’une croissance bénéficiaire élevée, des bilans solides et des valorisations raisonnables pour rendre les actions attrayantes?

PLUS D Ad van Tiggelen EN SUIVANT :

Les marchés financiers tentent d’anticiper l’avenir. Ils ne soucient pas du présent ou du passé. Cela a rarement été aussi flagrant qu’aujourd’hui. Les investisseurs ignorent les nombreux points positifs et ont plutôt tendance à se focaliser sur le risque de double récession. Cette crainte est compréhensible. Les investisseurs ont toujours pensé que la seconde phase de la reprise allait reposer sur les dépenses de consommation. Or, à l’approche de cette seconde phase, les acteurs du marché se rendent compte que les raisons qui pourraient inciter les consommateurs à remplacer l’industrie manufacturière dans le rôle de moteur de l’économie sont peu nombreuses.

Les consommateurs savent qu’ils vont être confrontés à l’austérité budgétaire en 2011. Ils savent que les augmentations salariales vont probablement rester minimes. Ils craignent que le marché de l’emploi ne se redresse pas de si tôt. Et peut-être plus important: ils commencent à se rendre compte qu’ils vont devoir payer le prix d’une société vieillissante. L’érosion probable des plans de pension va devenir un enjeu de société de plus en plus brûlant. Dès lors, pourquoi ces mêmes consommateurs commenceraient-ils à augmenter leurs dépenses aujourd’hui? Certains analystes supposent qu’ils vont le faire, simplement parce que c’est ce que les consommateurs font normalement à ce stade du cycle. Mais, jusqu’à présent, peu de choses se sont déroulées normalement au cours de ce cycle économique.

En attendant, les personnes qui s’attendent à une double récession vendent leurs actions et achètent des obligations et, ce faisant, augmentent elles-mêmes la probabilité de voir leurs craintes se matérialiser. Les investisseurs se rendent également compte que les gouvernements et les banques centrales ne disposent plus de beaucoup de munitions pour empêcher cette issue. Les remèdes traditionnels comme la politique monétaire (abaisser les taux d’intérêt) et la politique fiscale (réduire les impôts) semblent déjà épuisés. Seuls subsistent des remèdes non conventionnels comme imprimer de l’argent ou mettre en œuvre des réductions d’impôt financées par l’endettement. Certains pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni ont déjà eu largement recours à la planche à billets, mais ils réalisent qu’il n’est pas facile de «forcer» des consommateurs hostiles au risque à épargner moins et dépenser plus. Dr. Bernanke pourrait donc décider d’augmenter la dose de ces remèdes.

En conclusion, nous pensons que la prudence affichée sur les marchés financiers à propos des dépenses de consommation est compréhensible. La croissance sur les marchés développés s’annonce en effet extrêmement modeste, de même que l’inflation. Les marchés obligataires semblent être entrés dans une bulle qui, selon nous, ne risque pas d’éclater de si tôt. L’incertitude règne et il faudra donc compter, à l’avenir, sur une forte diversification et des faibles rendements. Pour les actions, cette recette semble être la solution pour «garder la tête hors de l’eau», avec légèrement plus de risques de baisse (surtout les valeurs cycliques) que de hausse. En ce sens, 2010 pourrait ressembler à une année perdue pour les actions. Mais à long terme, nous pensons que les marchés émergents et les actions défensives offrant un dividende élevé constituent toujours de belles opportunités de placement.

 Ad van Tiggelen ING Investment Management sep10

 EN LIENLes précédents de «double creux» économique

EN COMPLEMENT :Actions contre obligations: la guerre des mondes

Citigroup annonce la fin de quarante ans de «culte de la bourse»

Le souvenir cuisant des pertes subies en bourse au cours de la dernière décennie – marquée par deux effondrements de plus de 50% – contribue à la gigantesque migration en direction des obligations observée sur les marchés financiers depuis le début de l’été.

Les investisseurs se reportent en masse vers les emprunts d’Etat, en particulier américains. En dépit de rendements ridiculement bas. Et malgré une crise grecque ayant rappelé les dangers que représentent les montagnes d’emprunts contractés par les gouvernements. «On a oublié tout cela, les investisseurs ont seulement en tête que les taux d’intérêt resteront au plancher très longtemps», relate Jérôme Schupp, de la banque Syz. Les obligations sont perçues comme le placement de choix dans un monde menacé par la déflation.

Bulle sur les obligations

Cet engouement atteint déjà des proportions conduisant à s’interroger sur la formation d’une bulle obligataire. Ces masses d’argent se réfugiant sur les emprunts d’Etat se trouveraient en effet prises à revers par une… amélioration imprévue de l’économie. Une situation qui ancrerait dans les esprits l’idée que la Réserve fédérale se prépare à abandonner la politique de taux quasi nuls héritée de la crise. «Le signal peut arriver d’ici à la fin de l’année, sous la forme d’un redémarrage de l’emploi aux Etats-Unis», avertit Jérôme Schupp. Loin d’anticiper un krach obligataire, le gérant s’attendrait alors à une inversion du mouvement migratoire, vers la bourse.

Le vent a-t-il tourné?

Ce retour vers les actions reste hypothétique. Surtout si l’époque actuelle marque la «fin d’un culte de la bourse ayant duré quarante ans», comme le souligne une étude de Citigroup. Un culte né dans la prospérité des années 1950 et nourri par les nouvelles théories financières de Markowitz. Un culte qui a conduit, partout dans le monde, les fonds de pension «à passer la seconde moitié du XXe siècle à accroître la part des actions au-delà de la moitié de leurs actifs», relatent les stratèges londoniens.

Le vent pourrait avoir tourné. Entre 2006 et 2009, l’importance des actions dans les fonds de pension américains – les plus gros acteurs des marchés – a fondu de 70 à 55%. En Europe, les montants investis par les particuliers ne se sont jamais remis de la bulle Internet.

Selon les calculs de Citigroup, si les seuls fonds de pension privés américains revenaient à la part modeste qu’ils dédiaient aux actions en 1959 – environ 20% de leurs actifs – cela entraînerait la vente de 1900 milliards de dollars (1920 milliards de francs) de titres. Une menace bien plus sourde que celle d’un krach automnal planerait sur les marchés boursiers: celle d’une désaffection séculaire annonçant leur propre décennie perdue. Même si l’économie réelle échappe, elle, au «double creux».

Par P.-A. S. le temps sep10

Laisser un commentaire