Europe

L’Allemagne est le maillon faible du système bancaire européen par Jeannette Williner

L’Allemagne est le maillon faible du système bancaire européen par Jeannette Williner

 

La vulnérabilité des banques allemandes devient de plus en plus évidente. C’est la structure même du réseau qui est en cause.

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Il n’y aura pas eu un communiqué en bonne et due forme à la fin de la réunion du Comité de Bâle Cela peut surprendre. Et pourtant, à la réflexion, éviter les frictions européennes et les rancœurs diverses imposait cette solution. Après les difficultés sérieuses rencontrées par les Etats, Grèce, Espagne, Irlande, Portugal, et les émotions sont loin d’être terminées, on passe aux dérives bancaires. Là c’est l’Allemagne qui est le maillon faible des banques européennes.

 Deux grandes raisons sont la cause de cette situation. La configuration du système bancaire allemand est sans nul doute à l’origine de la situation actuelle. Le dynamisme de l’Allemagne à l’exportation n’a d’aucune manière arrangé les choses. Consentir des prêts aux pays importateurs pour financer leurs achats était la conséquence d’une insuffisance de la consommation intérieure germanique. Les nouvelles règles prudentielles mettent en évidence une situation très fragile.

L’absence d’excès de communication est compréhensible lorsqu’on réalisé que sur les 150 milliards d’euros que les banques européennes seraient appelées à lever si les mesures de Bâle ne sont pas contestées après les édulcorations subies, 105 reviendraient aux besoins des dix plus grandes banques allemandes.

Certes, les Américains ont montré du doigt les établissements financiers français qui auraient sous-évalué les montants des titres de dette publique. Les Allemands n’ont simplement pas donné l’information. Certains observateurs ont vu avec surprise l’Allemagne monter aux créneaux en début de semaine dernière afin d’obtenir des allègements quant aux nouvelles règles en cours de rédaction. Alors, certes il y a eu des assouplissements. Mais, on ne doit jamais perdre de vue que ces concessions vont autoriser une répartition dangereuse des risques de la part des banques grâce à des fonds moins liquides et moins sûrs: plus nombreux, ils intégreront les participations financières et les intérêts minoritaires. Pourquoi l’Allemagne se bat-elle avec tant d’ardeur et comment se fait-il qu’on puisse la qualifier de mouton noir de l’Europe…sur le plan bancaire?

Le secteur public n’a jamais pu être consolidé dans l’Allemagne contemporaine. En juillet 2005 les choses auraient du être régularisées. En fait les Landesbank (banques publiques régionales), les caisses d’épargne et les établissements coopératifs n’ont jamais plu à Bruxelles. Cette triplette compte toujours pour plus de la moitié des dépôts et des prêts. Caisses d’épargne et établissements coopératifs mis à part, restaient les banques publiques régionales qui bénéficiaient de privilèges outranciers dont bien sûr leurs clients n’étaient pas exemptés. Sans ces privilèges, ces banques n’étaient pas dotées d’une rentabilité leur permettant de survivre. Jetant toute prudence, voire discernement, par dessus bord, ces établissements se sont lancés dans l’achat de produits complexes présentant un rendement supérieur à la moyenne. Leur problème n’en a été que démultiplié puisque leurs actifs, vu leur qualité médiocre, ne pouvaient servir de garantie ni même absorber les pertes créées par la crise. Bâle III veut remédier à ce genre de comportement.

Il y a une seconde raison: les banques allemandes ont toujours été aux côtés de leurs entrepreneurs/exportateurs. Ils ont largement financé les déficits des Etats du Sud de l’Europe. Ce faisant ils n’ont pas respecté la règle de Maastricht  interdisant de combler une dette ou un déficit budgétaire.

 Il faut bien admettre que ce système bancaire extrêmement faible de par ses engagements est un produit secondaire incontournable du modèle germanique de croissance par le biais des exportations. La devise commune n’a fait que rajouter la crème sur le gâteau: la stabilité de la devise à l’intérieur de l’Union a encouragé le financement d’une dette étrangère fragile et a contribué à la croissance géométrique des déséquilibres entre le nord et le sud de l’Europe.

Bref, les Allemands ne sont pas de très bons élèves en matière bancaire et les nouvelles règles vont leur coûter plus cher qu’à d’autres et on peut craindre un assèchement du marché.

La Deutsche Bank ne s’y est pas trompée: elle s’est de suite mise à la tâche pour lever les fonds requis par les nouvelles règles et ses projets d’acquisition. Si les fonds propres doivent être plus importants il y aura, tôt ou tard, moins d’argent disponible sur le marché et pas seulement destiné aux prêts accordés aux entreprises et aux ménages. Certains estiment cet encadrement du crédit déflationniste. Il est pourtant évident que la situation actuelle d’empilage de dettes ne peut pas durer. Il semble normal que des banques désirant investir dans les crédits immobiliers détiennent des ressources à long terme qui coûtent forcément plus cher que les autres. Et pourtant tel n’était plus le cas et depuis longtemps.

Le Tier 1, qui est le noyau dur des capitaux propres des institutions financières, a vu sa qualité améliorée depuis juillet : ce noyau dur ne comprend plus d’instruments hybrides et pas davantage les intérêts minoritaires détenus dans d’autres sociétés financières encore que ce dernier point ait subi des assouplissements subtiles (principalement destinés aux banques françaises ayant des intérêts dans les assurances).

Il est évident que son amélioration sera progressive jusqu’en 2017 car les moyens financiers nécessaires à sa construction demandent des capitaux «contracycliques» autrement dit des emprunts des banques destinés à faire face aux aléas de la croissance. Les actionnaires des banques seront pénalisés car les établissements reviendront à une croissance correspondant mieux à leur fonction. Par contre les banques, peu à peu, deviendront plus sûres. On ne comprend guère le tollé général face à ces nouvelles règles: protéger les caisses de retraites et autres systèmes sociaux ainsi que l’épargnant semble plus important que satisfaire aux désirs de profits de quelques actionnaires. Et en fait ne s’agit-il pas des mêmes?

Jeannette Williner  Analyste indépendant sep10

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