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Politique monétaire laxiste ou politique de l’autruche ? par Michel Santi

Politique monétaire laxiste ou politique de l’autruche ? par Michel Santi

Baisser les taux à zéro puis les maintenir à ce niveau le temps nécessaire pour relancer la demande agrégée et l’activité économique, mixture de taux proches du zéro absolu ainsi censée stimuler l’investissement, décourager l’épargne et autoriser individus et entreprises à se refinancer à bon marché pour remettre de l’huile dans les rouages économiques… S’il est vrai que ce tableau idyllique est en théorie réalisable, il ne saurait se calquer sur notre situation présente car le marasme actuel n’est en rien dû à un ralentissement de la demande. Notre conjoncture économique dégradée provient d’une accumulation morbide de bulles spéculatives qui ne cessent de sévir sur notre système financier, bulles qui en sont devenues quasiment consubstantielles! Quand donc nos autorités se rendront-elles compte que cette politique de taux bas a un prix qui peut parfois être excessivement douloureux pour nos économies dès lors que l’on daigne s’intéresser au moyen et au long terme?

Le danger d’un taux d’intérêt trop bas par Geert Noels

PLUS DE SANTI EN SUIVANT :

 La chute de la demande n’étant que la conséquence – et non la cause – de notre crise, agir en manipulant la seule politique monétaire équivaut en effet à traiter le crime par la seule prison plutôt que de miser sur la prévention! La panique financière et la récession économique subséquente ne sont en fait que la résultante d’établissements financiers aux bilans infectés. C’est en effet l’aggravation des pertes bancaires qui a débouché sur une récession économique tout comme c’est le rétablissement de ces bilans qui – seul – ramènera l’embellie économique durable. Pour autant, nos politiques actuelles se concentrent exclusivement sur la relance de la demande au lieu de s’employer à stimuler la reconstruction d’une richesse – la vraie – qui consisterait en une progression de l’épargne et en un nettoyage des bilans. 

Dans un tel contexte où seul le court terme semble avoir de l’importance, comment expliquer aux investisseurs Américains et étrangers ayant placé leurs avoirs aux USA en Bons du Trésor, obligations diverses et autres produits d’épargne que le Gouvernement Américain ne les leur rendra pas intact? La Réserve Fédérale n’a-t-elle pas en effet annoncé à l’occasion de sa réunion d’Août la poursuite des baisses de taux quantitatives et – donc – la levée de toute protection (résiduelle) pour les heureux titulaires de papiers valeurs libellés en dollars? Et tant pis si ces artifices contribuent activement à torpiller sur le long terme l’épargne de leurs propres citoyens! 

Cas d’école en réalité que ces injections massives de liquidités – via l’activation frénétique de la planche à billets – qui, à force de mettre du dollar dans le système, finiront pas lui supprimer toute valeur car les revenus payés par l’Etat Fédéral sur ces placements, eux, restent stagnants! Passe encore pour l’Américain moyen, peu sensible à la dépréciation de sa monnaie nationale, et encore persuadé que son Gouvernement protègera ses avoirs. La grogne commence néanmoins à se faire entendre globalement, illustrée par l’OPEP dont un des membres (l’Iran) vient de déclarer: « Ils achètent notre pétrole et nous donnent un papier sans valeur »… Et pour cause: les Etats-Unis d’Amérique, qui ont 234 ans, n’ont-ils pas crée sur ces seules quatre dernières années la moitié de la masse monétaire de toute leur Histoire? Un remake de 1929 avec son lot de défauts de paiement colossaux n’est certes plus d’actualité mais remplacer la banqueroute par la perte sévère du pouvoir d’achat (l’autre nom de l’inflation) n’est-il pas reculer pour mieux sauter? 

Le « Bureau of Labor Statistics » ayant ainsi récemment calculé que le pouvoir d’achat du billet vert avait décliné de 80% en l’espace de 60 ans environ et ce dans une conjoncture de connivence (ou d’inconscience?) généralisée puisque le marché obligataire US bénéficie d’un rush spectaculaire émanant de la classe moyenne Américaine et des investisseurs internationaux. Ces détenteurs de ce « papier sans valeur » ne sont-ils pas persuadés que le déclassement du dollar sera sans incidence sur ces placements et que les rendements sur les T-Bonds à leur plus bas historique induisent une inflation totalement absente des radars? Et tant pis si les marchés obligataires se trompent régulièrement dans leur prévision inflationniste… Il est vrai que la grande préoccupation contemporaine serait plutôt la déflation dont le spectre est, à juste titre, entretenu par de très mauvaises statistiques du chômage.  Cercle vicieux qui, à écouter la quasi totalité des analystes, serait seul susceptible d’être éradiqué par une activation hyperbolique de la planche à billets… 

Pourtant, l’inflation et la politique monétaire de la Réserve Fédérale US, finiront tôt ou tard et immanquablement à diverger. Comment ferez-vous ce jour là pour protéger votre patrimoine? Préparez-vous pour le sauve-qui-peut hors du dollar et hors du papier Américain!

Michel Santi analyste et economiste/gestionsuisse.com/Article publié dans l’Agefi Magazine – Suisse sep10

 EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : La Fed ne résoudra pas les problèmes économiques des USA par Gerald O’Driscoll

EN COMPLEMENTAlarmes obligataires en Europe et aux Etats-Unis

Par Roy Damary/ Bridport investors service

La crise a fait prendre conscience de l’urgence du problème de la dette en zone euro mais pas aux Etats-Unis, où le rôle de réserve tenu par le dollar et les bons du Trésor amortit les signaux

Le monde occidental traverse une des plus grandes expériences économiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Deux grands blocs économiques ont choisi des chemins opposés pour sortir de la récession et retrouver une croissance durable:

les Etats-Unis ont choisi de continuer et, au besoin, d’étendre le programme de stimulus basé sur des dépenses gouvernementales déficitaires. L’administration américaine, la Réserve fédérale et la quasi-totalité des commentateurs ont créé à cet effet ce qu’ils ont pompeusement appelé le «consensus de Washington»;

Consensus de Washington contre Ecole Autrichienne par Roy Damary

Andréas Hofert : Les marchés financiers ne sont plus fans de TINA

en Europe, par contre, la majorité des gouvernements ont opté pour des programmes de rigueur conçus pour réduire fortement des déficits budgétaires.

Pourquoi une telle divergence alors qu’il y a à peine deux ans, tous ou presque suivaient le modèle américain? Jusqu’au printemps de cette année, les Européens étaient encore indécis et divisés. Puis la crise de l’euro est survenue, déclenchée par la réalisation que la Grèce avait dissimulé ses endettements et que d’autres pays périphériques avaient également des déficits budgétaires insupportables.

Cette crise a agi comme une sonnette d’alarme pour les gouvernements européens, qu’ils appartiennent ou non à la zone euro. Ils ont vite compris que rien ne sert de vanter les mérites de dépenses déficitaires keynésiennes sans l’ingrédient clé de tout succès économique, à savoir la confiance.

La notion de ­confiance est vaste. Elle recouvre assurément l’optimisme des entreprises qu’un investissement peut effectivement être fructueux car l’économie repose sur des bases solides. Néanmoins, son point de départ ce sont des obligations gouvernementales perçues comme à «risque zéro». Or les agences de notation, après une contribution indéniable à la crise des «subprime», se sont quelque peu rachetées en baissant les notations de certains pays périphériques et en menaçant de le faire pour les grandes économies européennes (le Royaume-Uni, par exemple).

Une notation moindre entraîne une augmentation du coût des emprunts gouvernementaux, ce qui déclenche un cercle vicieux. Tous les gouvernements européens ont compris qu’il fallait à tout prix l’éviter. En outre, les membres de la zone euro ont réalisé que leur avenir dépendait d’une mise en ordre générale, particulièrement dans les pays périphériques.

En ce moment, la zone euro semble avoir surmonté ses difficultés à court terme. Néanmoins, sans une centralisation du pouvoir politique, elle reste vulnérable à d’autres dérapages du style grec.

La création, en collaboration avec le FMI, du Fonds européen de stabilité financière pourrait être un premier pas vers un contrôle central accru, avant de se muer en nouvel émetteur obligataire supranational.

A priori, les Etats-Unis auraient des problèmes parallèles à ceux de la zone euro, notamment avec une banque centrale unique et des Etats individuels souvent largement déficitaires.

Classement des principaux Etats Américains au 30/8/10

 source Bespoke aout10

Néanmoins, une différence essentielle joue en faveur des Etats-Unis: le statut unique du dollar comme monnaie de réserve internationale. Il permet aux Etats-Unis d’acheter toutes sortes de biens et services d’autres pays et de régler la facture au moyen de «morceaux de papier vert» (bien sûr, il ne s’agit pas littéralement de payer en papier-monnaie, mais d’écritures interbancaires!). Aussi les Etats-Unis peuvent-ils s’autoriser un compte courant externe déficitaire à un niveau qui ne serait toléré d’aucun autre pays. De même, le sentiment, encore solidement ancré, que leurs bons du Trésor sont les investissements les plus sûrs leur permet de fonctionner avec des déficits budgétaires internes gigantesques.

Ce privilège présente toutefois deux grands inconvénients. A court terme, cela implique que les signaux des marchés obligataires, si importants dans la prise de conscience européenne, passent inaperçus outre-Atlantique. Il est fort probable qu’à la longue, ils s’imposeront et l’Amérique devra alors suivre l’exemple européen et s’astreindre à des programmes de rigueur. Cependant, entre-temps, rien ne l’y contraint.

Le deuxième inconvénient d’une monnaie de réserve est que toutes ses dettes, développées des décennies durant, seront un jour réclamées par les créanciers. L’exemple du Royaume-Uni et de la livre sterling est directement pertinent, et montre bien ce qui attend les Etats-Unis. Les deux guerres mondiales et la fin de l’Empire britannique ont eu raison du statut de monnaie de réserve de la livre. Il aura fallu une bonne trentaine d’années pour résoudre les problèmes de «sterling balances» et voir le pays revenir à des dimensions monétaires et économiques cohérentes et reprendre (plus ou moins) les rênes de sa monnaie.

Le dynamisme des Américains est parfaitement admirable, mais il ne suffira pas à contrecarrer une règle économique élémentaire, à savoir que personne, pas même une superpuissance, ne peut indéfiniment dépenser plus qu’elle ne gagne. Par conséquent, la conclusion de cette analyse est que l’Europe est bien mieux équipée que les Etats-Unis pour retrouver une croissance durable à long terme.

Roy Damary sep10

4 réponses »

  1. La Banque Centrale Européenne va – comme d’habitude – être obligée de racheter des milliards d’euros d’obligations pourries du Portugal.

    La Banque Centrale Européenne va – comme d’habitude – être obligée de racheter des milliards d’euros d’obligations pourries de l’Irlande.

    La Banque Centrale Européenne va – comme d’habitude – être obligée de racheter des milliards d’euros d’obligations pourries de la Grèce.

    Vas-y, Jean-Claude Trichet ! Continue, Jean-Claude Trichet !

    Continue de racheter des milliards d’euros d’obligations pourries pour essayer désespérément de faire baisser les taux d’intérêt du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce !

    C’est efficace !

    C’est tellement efficace !

    Si le Portugal lançait un emprunt à 10 ans, il devrait payer un taux d’intérêt de 5,958 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Si l’Irlande lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 6,037 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Si la Grèce lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 11,550 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

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