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L’Amérique ne croit plus à ses retraites

L’Amérique ne croit plus à ses retraites

Une étude Towers Watson met en évidence une diminution inquiétante du volume de l’épargne ces dernières années.

L’année dernière, la crise financière a eu un sérieux impact, non seulement sur l’épargne des employés américains, mais aussi sur la confiance qu’ils avaient dans leur capacité à prendre une retraite confortable. La société de conseil new-yorkaise Towers Watson a pendant deux mois (mai et juin 2010) conduit une enquête sur les retirement attitudes des salariés américains de sociétés, associations et autres organisations privées (à l’exclusion donc des organisations d’Etat). Quelque 20.000 personnes y ont répondu. Il en résulte que les conséquences de la crise pourraient être plus durables qu’initialement prévu et qu’en dépit d’une reprise graduelle mais hésitante de l’économie américaine, ces employés sont tout sauf certains de pouvoir assurer leur retraite dans de bonnes conditions.

PLUS/MOINS DE RETRAITE EN SUIVANT :

Plus précisément, plus de la moitié (55%) des employés de tous âges font état d’une diminution significative de leur taux d’épargne au cours des deux dernières années. Quand on leur demande s’ils pensent pouvoir disposer d’économies suffisantes pour pouvoir se payer une retraite confortable, leur confiance a progressé de 7% par rapport à mars 2009 (33% contre 26%) mais reste toujours très inférieure à ce qu’elle était avant l’éclatement de la crise. L’insuffisance de l’épargne touche les employés âgés plus que les jeunes, les hauts revenus plus que les bas revenus. Beaucoup de ceux qui doutent de leur capacité à assurer une bonne retraite et qui se portent bien envisagent d’ores et déjà de différer la fin de leur vie active. Les employés en mauvaise santé craignent naturellement le plus pour leur retraite, ne serait-ce que parce que leurs importants frais de santé pèsent sur leur taux d’épargne. Leur inquiétude augmente encore dans la mesure où leurs employeurs ont de plus en plus tendance à les inciter à assumer une plus grande responsabilité dans la prise en charge de leur santé et des coûts y relatifs.

Alors qu’en 2009 un tiers des employés américains craignaient que leurs employeurs ne fussent pas en mesure de les faire bénéficier des avantages déjà acquis grâce à leurs cotisations, ce pourcentage est tombé à 16% en 2010. Ce qui montre leur confiance dans la capacité à rebondir de leur pays et dans le degré de sécurité de leurs plans de retraite (notamment DB – defined benefit). Mais attention! Là encore, les jeunes employés se montrent plus inquiets que leurs aînés (au-dessus de 50 ans) et leur aversion au risque a tendance à augmenter. Ce qui pourrait amener les employeurs à encourager leurs jeunes employés à s’engager plus tôt au cours de leur carrière dans la préparation active de leur retraite.

Ceux et celles qui bénéficient d’un plan de retraite DB (defined benefit) sont logiquement plus confiants(tes) que ceux et celles qui ont souscrit un plan DC (defined contribution).

 On rappellera qu’un plan DB prévoit le versement soit d’une somme globale forfaitaire, soit d’une retraite annuelle ou mensuelle garantie jusqu’à un certain point par l’assurance fédérale à travers la Pension Benefit Guaranty Corporation (PBGC). La contribution versée par l’employé ou l’employeur (ou les deux) au titre d’un plan DC est placée en bourse. Le montant perçu par l’employé prenant sa retraite est fonction des résultats de celle-ci. Il est donc exposé aux risques du marché.

Au total, et en dépit du souci que leur cause leur retraite, les employés américains les plus satisfaits de leur situation financière se recrutent dans trois groupes: ceux qui ont moins de quarante ans, ceux qui ont souscrit un plan de retraite DB et ceux qui sont en bonne santé. Le malaise diffus dû à l’incertitude qui plane sur les retraites persistera aussi longtemps que l’économie n’aura pas repris pour de bon le chemin de la croissance.

Henri SCHWAMM  Université de Genève SEP10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :Il manque 6.600 milliards aux Américains pour leur retraite selon une étude

Selon les calculs d’une étude universitaire publiée mercredi aux Etats-Unis, il manque 6.600 milliards de dollars aux Américains pour maintenir leur niveau de vie durant leur retraite.

Ce chiffre, qui équivaut à 45% du PIB des Etats-Unis, représente « le fossé entre l’épargne retraite et les pensions que les ménages américains ont aujourd’hui et ce qu’il leur faudrait pour maintenir leur niveau de vie », a indiqué dans un communiqué le commanditaire de cette étude, l’association Retirement USA.

« Ce chiffre suppose que les gens continueront à travailler, à épargner, et accumuler des droits à des pensions et aux prestations de la Sécurité sociale jusqu’à ce qu’ils prennent leur retraite à l’âge de 65 ans, soit plus tard que la plupart des Américains en réalité », a indiqué Retirement USA.

Il repose également sur l’hypothèse que les retraités ne laisseront aucun héritage à leur descendance, y compris immobilier.

Le calcul, réalisé par un centre de recherche de l’université Boston College, est fait à partir des chiffres de la banque centrale sur le patrimoine des ménages.

Travailler au-delà de 65 ans

Les auteurs ont pris en compte les Américains de 32 à 67 ans, et ont établi ensuite des projections démographiques et financières, avec entre autres un rendement de 3% annuels pour les placements de leurs fonds de pension.

La retraite des Américains est éclatée en une multitude de plans individuels ou d’entreprise, et étroitement dépendante de l’évolution des marchés financiers. Il peuvent toucher une petite pension de la Sécurité sociale, à partir de 62 ans à taux partiel et de 65 ans à taux plein.

« Les Américains ne sont pas prêts financièrement à s’arrêter de travailler. En effet, beaucoup de ménages n’ont pas de véritable plan de retraite du tout. La famille américaine moyenne n’a pas mis assez de côté », s’inquiétait en juin l’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s.

Pour cette agence, la seule solution devrait être de continuer à travailler au-delà de 65 ans, ce que font déjà près de 17% des Américains de cette classe d’âge.

source afp sep10

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EN COMPLEMENT : Fonds de pension britanniques, la réforme en échec

Après le rapport Turner, le Royaume-Uni a adopté en novembre 2006 une loi importante pour faire face à la « crise des pensions ». Outre la mesure assez classique qui propose de remonter l’âge de la retraite, la loi impose qu’à compter de 2012, l’affiliation des salariés à un fonds de pension soit automatique, avec sortie possible. Notons qu’il s’agit là de la mise en application d’une propriété bien connue de l’économie comportementale : les épargnants conservent dans leur grande majorité intact le contrat qui leur est proposé par défaut, quel qu’il soit ou presque, et exercent peu les options, y compris celle de sortie du dispositif. Une telle mesure a évidemment pour objet d’augmenter le taux d’affiliation à l’épargne retraite dans un pays où les retraites publiques sont modestes.

Cet « enrôlement automatique » a un coût : les employeurs devront cotiser à terme – en 2017 – à hauteur de 3 % des salaires (les salariés cotiseront pour 4 % dont 1 % de crédit d’impôt). Le problème est que cette augmentation de charges tombe mal pour les entreprises. Tout d’abord, la crise économique et financière a pesé sur leurs résultats ; ensuite, les fonds de pension britanniques ont beaucoup souffert de la crise. Outre le fait que les entreprises pourraient rechigner à cotiser, celles qui cotisent déjà déclarent qu’elles ont l’intention de converger vers le minimum de 3 % alors que la moyenne actuelle se situerait aux alentours de 6,1 %.

Tout cela dans un environnement financier plus que dégradé : le coefficient de capitalisation des fonds de pension britanniques serait passé en 2008 de 120 à 70. Autrement dit, les fonds de pension ne peuvent plus faire face à leurs engagements dans un pays où les revenus du capital représentent 44 % du revenu des retraités (8,6 % en France) et où les filets de protection sont faibles.

Dans ces conditions, les fonds de pension doivent, pour restaurer l’équilibre, soit baisser les pensions qu’ils versent (pour les fonds à cotisations définies, largement majoritaires), soit augmenter les cotisations (pour les fonds à prestations définies).

Dans le premier cas, ce sont les salariés les plus proches de la retraite qui seront les premières victimes ou encore les retraités ayant opté pour une sortie en capital et non en rente. Dans le second cas, la crise pourrait peser sur les cotisations de tous. Or, on est précisément dans une situation où les entreprises souhaitent diminuer leur part dans les contributions aux fonds de pension et cela pèsera davantage sur les jeunes cotisants que sur les plus âgés. Clairement, une baisse de 50 % des cotisations des entreprises aura un impact très important sur le capital accumulé et donc sur la pension perçue. Les salariés devront donc augmenter leurs cotisations pour maintenir leur espérance de pension.

Concrètement, s’ils ne sont pas capables de compenser la baisse des cotisations des employeurs, il faut s’attendre à une baisse sensible et durable des pensions : pour les plus âgés, lésés par la crise financière, pour les plus jeunes qui auront à souffrir de la baisse des cotisations des entreprises. Ce sont les revenus moyens qui seront frappés par ces baisses de pension, les revenus faibles relevant des régimes publics.

Paradoxalement, ce sont théoriquement les fonds de pension à prestations définies qui auraient des problèmes de financement en cas de baisse des taux de cotisations des employeurs puisqu’il faudrait précisément augmenter les cotisations pour revenir à un taux décent de couverture des engagements.

C’est dans le secteur public que ces fonds sont les plus importants et il est possible que là, les cotisations à la charge des employeurs soient maintenues, de telle sorte que la stabilité des pensions des agents publics soit à la charge de contribuables fragilisés.

La crise financière a motivé des réflexions sur l’exposition au risque des salariés âgés avec l’idée de baisser la part des actifs risqués pour ceux qui sont près de la retraite. Très clairement, la mesure ne suffira pas à limiter l’impact de la crise financière, et le renforcement des filets de sécurité est d’actualité au Royaume-Uni. Le problème est que le financement de ces filets dans une période d’économie dépressive où les finances publiques sont sous tension est problématique. La crise économique et financière a clairement rendu plus aiguë la question du financement des retraites dans un contexte démographique peu propice au développement des retraites publiques.

A l’époque du rapport Turner, l’enrôlement automatique dans les fonds de pension était présenté comme une solution à la crise des pensions. Ce n’est manifestement pas le cas ; il est très probable que la mise en application de la loi s’en trouve repoussée, voire même abandonnée.

Florence Legros Professeur à l’Université Paris Dauphine, Directrice de l’équipe stratégies dynamiques et Financières sep10

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