Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Lula, l’exemple à suivre par Beat Kappeler

Lula, l’exemple à suivre par  Beat Kappeler

Le succès du président Lula au Brésil signifie l’échec des voix tiers-mondistes stridentes en Europe et en Suisse. Car cet ancien ouvrier et syndicaliste a mené une politique sensée, marquée ni à gauche ni à droite, qui contrecarre presque tous les scénarios que promettaient ici ces voix stridentes il y a dix ans.

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 Lula rencontrait, en tant que candidat, les représentants du Fonds monétaire international (FMI) pour leur confirmer sa volonté de suivre leur programme assez strict d’assainissement des finances. On a pu lire dans cette chronique le récit de cette entrevue. Une fois élu, il a mis les conseils du FMI en pratique. Le déficit de l’Etat, immense, fut converti en surplus. L’économie brésilienne s’ouvrit aux marchés mondiaux, les exportations furent favorisées. Le système des pensions publiques était lourdement déficitaire; on a abaissé les rentes, on les a soumises à l’impôt et l’on a rehaussé l’âge de la retraite. Les syndicats français pourraient en tirer deux ou trois leçons. 

Le résultat peut être résumé en trois chiffres: les dettes du Brésil, de 260 milliards de dollars avant l’accès au pouvoir de Lula, se sont muées en une réserve de 250 milliards aujourd’hui. Et Lula s’enorgueillit d’avoir prêté, il y a peu, 14 milliards de dollars au FMI! Une douce vengeance contre le tortionnaire, comme disaient les faux tiers-mondistes, ou alors une reconnaissance profondément ressentie… 

En plus de ces chiffres, les éléments qualitatifs ne manquent pas au bilan. Partout dans le pays, les écoles, dans les mégalopoles comme dans le nord-est pauvre, sont bien présentes, étoffées. La gestion des ressources de l’immense bassin amazonien semble être devenue plus durable. 

Les commentateurs des huit ans de la présidence Lula ne manquent pas de souligner la chance que constitue l’essor des prix des ressources naturelles pour le Brésil. Il est vrai que les économistes et conseillers de la future présidente, après son élection probable, réfléchiront à l’élargissement de cette aubaine vers les industries de transformation des ressources, vers l’industrie en général, vers les services aussi. Mais la hausse des prix de ces matières premières aurait pu faire le bonheur de beaucoup d’autres pays, comme le Venezuela, le Nigeria, l’Iran, l’Irak. Or, il n’en est rien. Ces pays souffrent de leurs divisions internes, de l’incapacité des élites, de la corruption ou, dans le cas du Venezuela, de la grandiloquence sans suites du grand chef.

Chavez ou la colère de Dieu…./Questions sur la santé mentale du Boss Hugo

Si donc le Brésil s’en tire bien, c’est une distinction à elle seule déjà. Le Brésil et son équipe dirigeante peuvent se comparer avec les autres pays qui ont saisi la balle au bond, avec l’Indonésie, le Vietnam, la Pologne, le Chili. 

L’anoblissement du nouveau Brésil dans le monde de la grande finance est venu de la banque Goldman Sachs, quand un de ses spécialistes a créé le label BRIC pour désigner les pays émergents «Brésil-Russie-Inde-Chine». 

Mais déjà le Brésil n’a plus besoin de tels adoubements. Son ministre des Finances a dénoncé, cette semaine, les dévaluations compétitives qui font du grabuge à travers le monde (et dont les actions démesurées de la Banque nationale suisse font partie). Fait sans précédent, cette déclaration fait autorité, elle est citée, commentée, étoffée par des articles dans le Financial Times, dans le New York Times et par les agences financières du globe entier. Le real du Brésil s’est réévalué de 35% par rapport au dollar en une année et demie seulement. Ce stoïcisme brésilien contraste donc avec la fébrilité des autorités suisses.

Déclaration de guerre sur le marché des changes 

Mais revenons à la politique d’aide au développement.

Les parlementaires suisses sont aussi inconscients que les voix stridentes mentionnées plus haut. Ils veulent encore augmenter les transferts en monnaie vers le sud. Mais le Brésil montre qu’une bonne politique peut opérer un changement de – 260 milliards vers + 250 milliards de réserves, donc un effet total d’amélioration de 510 milliards de dollars en huit ans, pour reparler chiffres. Dans toute l’Amérique latine, le revenu national par tête a progressé de 6000 à 10 000 dollars. Toute aide, si généreuse soit-elle, est insignifiante en comparaison, et inutile.

BILLET PRECEDENT : Un seul manifestant à Bâle: moi par Beat Kappeler

EN COMPLEMENT : les promesses de l’Amérique latine

L’Amérique latine célèbre les 200 ans de sa libération des colonisateurs européens. C’est l’occasion de faire le point sur le chemin parcouru et, surtout, sur les opportunités qu’offre un futur prometteur.

C’est le genre d’exercice auquel se livre The Economist, avec un dossier qui fait la une du magazine, intitulé « Nobody’s backyard » (L’arrière-cour de personne), une allusion habile à la doctrine américaine voulant que l’Amérique latine soit le territoire exclusif des États-Unis. La une du magazine montre d’ailleurs une carte géographique sur laquelle on a placé le monde à l’envers : l’Amérique latine en haut, les États-Unis et le Canada en bas.

Le timing du magazine est absolument intéressant pour les investisseurs . Ceux-ci se réveillent progressivement à l’investissement à l’international. Ils cherchent à diversifier leurs placements dans des économies qui génèrent plus de rendement que celles des pays riches.

Justement, l’Amérique latine, à ce chapitre, se montre très attirante. D’autant plus qu’elle revient de loin. Car l’histoire du continent n’est pas réjouissante. Depuis la libération, presque tous les pays ont connu la violence, la dictature militaire ou civile, l’instabilité, la stagnation économique, le sous-développement, etc.

Une forte croissance

Cela dit, certains pays connaissent une véritable renaissance, comme l’Argentine, le Chili et même le géant brésilien. Plusieurs prédisent au Brésil qu’il atteindra très bientôt le statut de puissance mondiale. Fort d’une population qui s’éduque et s’enrichit à grande vitesse, le Brésil s’impose déjà à l’international comme étoile montante. Et ce n’est pas une étoile filante.

Dans les cinq ans qui se sont terminés en 2008, la région a connu une croissance économique moyenne de 5,5%, alors que l’inflation demeurait faible. La crise économique a ralenti cette croissance, mais c’est la première fois dans l’histoire de la région qu’elle a subi ce ralentissement sans en être la cause.

Cette année, la croissance de l’économie latino-américaine sera de 5%. Et cette croissance s’accompagne d’un progrès social inégalé. Des dizaines de millions de personnes se sont sorties ou vont prochainement se sortir de la pauvreté. La classe moyenne grandit à vue d’œil.

Même si la distribution de la richesse est une des plus inégalitaire du monde, elle tend à s’équilibrer dans de nombreux pays. Alors que les politiciens n’arrivent toujours pas à s’entendre sur le principe d’intégration économique, après des décennies de tentatives, les entreprises sont tranquillement en train de faire ce travail.

La façon dont les pays riches regardent l’Amérique Latine change inexorablement. Le Brésil mène le bal, mais des pays comme le Chili, le Pérou et même la Colombie connaissent une croissance très forte. Même le Mexique, malgré la violence et une cruelle récession, bénéficie de plus en plus de ses échanges avec son puissant voisin du nord.

Les clés du succès

L’appétit insatiable de la Chine et de l’Inde pour les ressources naturelles du continent et l’amélioration notable de la gestion de l’économie par les gouvernements explique la renaissance latino-américaine.

Les gouvernements se sont habilement attaqués à des maux comme l’inflation et le manque de liquidité lié à l’absence de crédit, en réformant leur système bancaire. C’est ce qui a stimulé à la fois les exportations et la consommation intérieure.

La démocratie a aussi remplacé la dictature, même si, dans certains pays, il s’agit d’une démocratie plutôt musclée.

Ce n’est pas terminé

Malgré tout, le continent doit s’améliorer sur plusieurs fronts. La productivité des travailleurs en est un. Le taux d’épargne est encore trop faible. L’investissement dans l’éducation et l’innovation est insuffisant. La réglementation est compliquée et la moitié de la main-d’œuvre travaille encore au sein de l’économie souterraine. Ces gens ne bénéficient pas des avancées technologiques.

Les gouvernements devront réformer les réglementations, investir dans l’éducation et la santé, Une réforme du marché du travail passe par l’amélioration des programmes sociaux. Les gouvernements devront aussi massivement investir dans les infrastructures et les universités.

Ultimement, l’Amérique latine devra se défaire définitivement de son complexe d’infériorité face aux États-Unis et afficher fièrement son indépendance et sa puissance nouvelle à l’internationale. Ceci redéfinira le partenariat avec les États-Unis, qui demeurent un voisin puissant et un client de premier plan.

L’attitude des États-Unis face à l’Amérique latine doit aussi changer. Les Américains devront cesser de se cristalliser sur l’immigration clandestine et mettre davantage d’attention sur les opportunités d’échanges plutôt que de fermer ses frontières en bâtissant des murs. D’autant plus que les latinos constituent désormais le deuxième groupe ethnique au nord du Rio Grande.

En un mot, plus les États-Unis s’ouvriront à l’Amérique latine, plus grandes seront les chances de créer de la prospérité sur les deux territoires.

source F&I sep10

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La Bourse de Sao Paolo a explosé sous Lula : Depuis l’automne 2002, l’indice Bovespa s’est littéralement envolé de 670%!

 

Entre le moment de la prise de ses fonctions présidentielles à l’automne 2002 et son retour imminent à la vie de citoyen ordinaire, le président Luiz Inacio Lula da Silva a vu sa cote d’appréciation considérablement grimper dans les milieux financiers. Les inquiétudes, voire la panique, exprimées lors des toutes premières heures qui ont suivi sa première élection, ont rapidement fait place à des sentiments plus favorables. Les regrets de le voir quitter la direction du pays constituent même le sentiment qui domine aujourd’hui.

Plus de consommateurs

Et on le comprend. La Bourse du Brésil figure parmi les 10 plus performantes depuis 2002. En huit ans, elle a grimpé de près de 670%, une performance qui lui a offert son ticket d’entrée dans le club des 10 Bourses affichant les plus grosses capitalisations au monde. La valeur totale de toutes les entreprises cotées à la Bourse de Sao Paolo s’élève actuellement à 1.500 milliards de USD!

Au cours des huit années de la présidence de Lula, 29millions de Brésiliens, sur les 190millions d’habitants que compte le pays, sont sortis de la pauvreté, et sont des devenus des consommateurs. Dans l’indice Bovespa, celui qui suit les 68 principales entreprises brésiliennes cotées, le comportement de l’action du distributeur (chaussures, appareils et autres) Lojas America, illustre fort bien cette évolution. Elle est celle qui enregistre la meilleure performance entre 2002 et aujourd’hui, avec un bond de plus de 2.700%!

Croissance mondiale

Il convient toutefois d’apporter quelques petites nuances au mérite attribué à Lula. La politique économique qu’il a menée est loin d’avoir été le principal catalyseur de l’ascension de la Bourse de Sao Paolo. La croissance soutenue que connaissent depuis plusieurs années certains pays, comme l’Inde et la Chine en particulier, a constitué un moteur bien plus puissant encore pour la hausse des cours à Sao Paolo. Ce dont a profité à la fois l’économie brésilienne, largement dominée par les services, et le marché des actions où près de la moitié des valeurs cotées sont liées aux matières premières. Il n’est, dès lors, pas étonnant que des actions comme celles des sidérurgistes Usiminas (+2.200%), Sid Nacional (2.150%), Gerdau (+1100%) ou du producteur de minerai de fer Vale (+650%) suivent, mais à distance tout de même, les performances de Lojas America.

La rechute de l’indice Bovespa en 2008 apporte de l’eau au moulin de ceux qui prétendent que le thème de la croissance mondiale a été le plus profitable à la Bourse brésilienne ces dernières années. La crise financière de 2008, qui a entraîné la plupart des économies de la planète dans la récession, a fait craindre une chute brutale des exportations brésiliennes. L’indice Bovespa s’est effondré de 60% en à peine cinq mois.

Dépendance américaine

L’indice boursier s’est bien repris par la suite, sans parvenir toutefois à retrouver son niveau record de 73.516,8 points, atteint le 20mai 2008. Il reste, depuis de nombreux mois, coincé sous la barre des 70.000 points.

Il faut reconnaître que les éléments ne manquent pas en ce moment pour lui couper les ailes. Parmi les plus importants, on retiendra la difficulté des Etats-Unis à retrouver une croissance économique digne de ce nom. Une situation dont souffre le Brésil, qui est le deuxième plus important partenaire commercial des USA. La hausse continue de la monnaie brésilienne, le real, face au dollar en particulier, est un autre élément qui affecte les exportations du pays. Embraer notamment, le troisième constructeur d’avion au monde en sait quelque chose. La « guerre des changes » que vient de déclarer la banque centrale du Brésil démontre à quel point le pays est affecté par la faiblesse du dollar.

Nouveaux records prévus

Pour autant, la success story de la Bourse de Sao Paolo ne semble pas encore arrivée à son terme, estiment nombre d’analystes. Pour justifier leur sentiment, ceux-ci épinglent notamment l’augmentation de capital historique que vient de réussir le géant pétrolier Petrobras. Pour assurer le développement de ses champs pétrolifères récemment découverts en mer, Petrobras a levé des fonds pour un montant de 70milliards de USD. Cette opération l’a propulsé au 4e rang des plus grosses sociétés cotées au monde en termes de capitalisation boursière.

Dans une note publiée il y a huit jours, Goldman Sachs dit s’attendre à ce que l’indice Bovespa puisse monter de près de 30% pour atteindre la barre des 88.000 points d’ici la mi-2011. La banque le voit déjà atteindre les 78.000 points à la fin décembre 2010.

« De tous les pays ‘BRIC’, le Brésil est considéré comme le plus robuste. En excluant les entreprises de la distribution et celles actives dans le créneau des biens de consommation, les actions cotées à Sao Paolo sont sous-valorisées. Le Bovespa s’échange à 14,9 fois les bénéfices rapportés, contre 14,5 pour l’indice MSCI des marchés émergents », explique Goldman Sachs.

Le successeur probable du président Lula, Dilma Rousseff, son ancien chef de cabinet que les sondages donnent gagnante lors des élections de 3 octobre, semble rassurer les marchés. « Elle est censée assurer une continuité dans la politique menée jusqu’à présent par Lula », précise Goldman Sachs.

 source echo oct10

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