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Uranium : La pénurie chronique de molybdène 99 pour l’imagerie médicale

Uranium : La pénurie chronique de molybdène 99 pour l’imagerie médicale

La Russie vient de lancer la production de molybdène 99 – rien à voir avec le minerai sous-produit du cuivre, c’est un isotope issu de l’irradiation d’uranium enrichi destiné à l’imagerie médicale – mais cet apport russe ne suffira pas à régler les problèmes de pénurie.

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L’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire met à nouveau en lumière dans son dernier rapport les insuffisances de la chaîne d’approvisionnement en isotopes radioactifs, le molybdène 99 et son produit de désintégration, le technicium 99. Ce sont les ingrédients indispensables aujourd’hui à de nombreux actes d’imagerie médicale, sous la forme de doses injectées au patient, pour diagnostiquer les maladies cardiaques et certains cancers. 40 millions de personnes par an bénéficieraient de ces examens. Or, au cours des deux dernières années, on s’est trouvé dans une situation de pénurie de produit à plusieurs reprises.

Les réacteurs nucléaires qui produisent le molybdène 99 en irradiant des cibles d’uranium enrichi sont vieux et rares. Il en existe six à travers le monde dans six pays différents : Australie, Afrique du Sud, Belgique, Canada, France et Pays-Bas. Ce sont des réacteurs de recherche, pas des réacteurs fabriquant du courant. A ce titre, lorsqu’ils ont commencé à fournir du molybdène à l’industrie pharmaceutique, il y a 40 ans, c’était une activité marginale pour eux et surtout totalement subventionnée. Si bien qu’ils facturaient la fourniture d’isotope à un prix extrêmement bas, ce qu’ils continuent à faire. En l’absence d’investissement suffisant pour construire de nouveaux réacteurs et entretenir les anciens, les pannes se sont multipliées, paralysant la production de molybdène 99 à grande échelle.

Alors, certes, de nouveaux acteurs sont récemment venus à la rescousse, en mettant en production leurs propres réacteurs de recherche pour l’irradiation des cibles d’uranium enrichi : la Pologne, la République tchèque et, il y a quelques jours, la Russie. Mais ce n’est pas ce qui rendra la filière pérenne si elle garde un modèle économique qui n’intègre pas les coûts réels de production des isotopes, estime l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire. D’autant que pour lutter contre la prolifération nucléaire, la communauté internationale a imposé de délaisser l’uranium hautement enrichi pour l’uranium faiblement enrichi, ce qui demandera d’irradier beaucoup plus de cibles, et donc créera encore plus de déchets, tout cela financé par des fonds publics. Pour couvrir les investissements à long terme et garantir l’approvisionnement, les producteurs publics seraient bien inspirés, estime le rapport de l’OCDE, d’augmenter le tarif des contrats de molybdène 99 qu’ils signent avec les transformateurs tous privés aujourd’hui. Sachant que cela n’aurait quasiment pas d’incidence dans le prix final au patient, la part du produit primaire est de 0,11 %, elle pourrait passer à un peu moins de 1 % dans le pire des cas.

Par Claire Fages rfi oct10

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