Déflation

L’Agence tous risques sans plan B par Andreas Hofert

L’Agence tous risques sans plan B par Andreas Hofert

La pression déflationniste persistera encore un moment. Mais l’inflation sera la conséquence à terme des politiques d’assouplissement monétaires.

Durant les vols intercontinentaux, si la perspective d’écrire un article économique ne vous inspire guère, si vous avez terminé le dernier roman policier suédois et si le sommeil vous boude, vous pouvez toujours vous rattraper avec les nouvelles superproductions hollywoodiennes. Vous ne feriez peut-être pas le déplacement jusqu’au cinéma, mais sur un long courrier…

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C’est dans cet état d’esprit que j’ai regardé il y a quelques jours «L’Agence tous risques» dans l’avion, sur mon écran personnel. Vaguement inspiré d’une série télé emblématique des années 1980, les bons y affrontent les méchants et les scènes de poursuites sont truffées d’effets spéciaux. Et tout est bien qui finit bien: les bons gagnent et, en plus, l’un d’eux ravit le cœur de la belle. Mais c’est le noyau de l’intrigue qui a interpellé mon âme d’économiste: la mission de l’Agence consistait à récupérer des plaques d’impression de billets de 100 dollars volées. Comme indiqué par leur superviseur de la CIA, les plaques devaient être récupérées avant que certains Etats voyous ne les utilisent pour imprimer de la «monnaie sans couverture».

«Et alors?», telle fut ma réaction. La monnaie n’a plus de couverture depuis la fin du système de Bretton Woods en 1973. Jusque-là, vous pouviez vous procurer la valeur en or de chaque billet d’un dollar auprès de la Réserve fédérale. Désormais, tout ce que vous obtiendrez de la Fed pour une coupure d’un dollar est une autre coupure d’un dollar (le regard perplexe du guichetier en prime).

Mais alors, qu’est-ce qui fait la valeur de la monnaie papier? Rien d’autre, semble-t-il, que notre ferme conviction qu’elle «vaut» quelque chose. Tout l’immense système monétaire international repose sur cette confiance auto-réalisatrice. L’inflation – lorsqu’une monnaie perd de sa valeur – traduit une perte de confiance dans cette monnaie. On pourrait donc en déduire que la déflation – la  hausse de valeur d’une monnaie – est une augmentation de notre confiance en elle en tant que réserve de valeur.

Les économistes emploient un terme utile pour décrire la quantité d’argent qui circule dans une économie: la base monétaire. Cela correspond à l’argent liquide en circulation dans le pays ainsi que les dépôts des banques commerciales placés auprès de la banque centrale. L’explosion de la base monétaire des Etats-Unis traduit-elle réellement un regain de confiance dans la valeur du dollar? Son montant est passé de 800 milliards de dollars en 2008 à la somme astronomique de 2200 milliards de dollars actuellement.

De plus, un nouveau plan d’assouplissement quantitatif (en anglais: «quantiative easing») est dans les tiroirs des décideurs monétaires américains. Si celui-ci était appliqué dans sa totalité, alors cette base monétaire pourrait ascender jusqu’à 4000 milliards de dollars

La crise financière nous a-t-elle réellement rendus plus confiants vis-à-vis de nos gouvernements et de nos banques centrales?

Les économistes penchant pour un scénario déflationniste prétendent que la Fed peut imprimer autant de billets sans couverture qu’elle veut. Tant que cet argent ne finit pas dans la poche du grand public, via des prêts consentis par des intermédiaires financiers, mais reste sur les bilans de ces derniers, cela n’aura pas de conséquence.

A mon avis, cette théorie a une faiblesse. Ramenée à sa conclusion logique, cela signifierait que les pays sans intermédiaires financiers ne seraient jamais confrontés à l’inflation, ce qui est tout simplement faux. Il s’agit en général de pays très pauvres pour lesquels la planche à billets a toujours été une source majeure de recettes pour l’Etat et qui, du coup, connaissent des inflations élevées. Le terme technique qui désigne ce type de recettes date du Moyen Age: le seigneurage. Il correspond à une situation dans laquelle seuls les seigneurs avaient le droit de battre monnaie, ce qui leur permettait de profiter de la différence entre la valeur nominale et la valeur intrinsèque des pièces mises en circulation. Dans le même esprit, les gouvernements des pays très pauvres ont souvent recours à de la monnaie sans couverture pour payer leurs dépenses. Cette pratique tend à entamer la confiance en la valeur de leur monnaie et alimente par conséquent l’inflation.

Dans le monde développé, quand on lit dans la presse que «dans le cadre de l’assouplissement quantitatif, la Fed achète des bons du Trésor américain», on dirait de la finance de haut vol, n’est-ce pas? En réalité, c’est du bon vieux seigneurage. L’emballage terminologique complexe cache un fait très simple: la planche à billet sert à financer directement des dépenses de l’Etat.

D’après moi, concernant le débat déflation/inflation qui sévit actuellement, oui, la pression déflationniste persistera encore un moment du fait de différentes impressions erronées. Mais, dans un monde inondé de monnaie sans couverture, l’inflation sera la conséquence inévitable à long terme du recours à la planche à billets. Comme le dit si bien le colonel Hannibal Smith, le chef de l’Agence tous risques, interprété par le redoutable Liam Neeson, «Il n’y a pas de plan B.»

andreas höfert Economiste en chef UBS

BILLET PRECEDENT :  Y aura-t-il un, deux ou plusieurs creux? par Andréas Hofert

EN COMPLEMENT :   Une pitoyable « guerre des monnaies » par Michel Santi

Nous vivons une époque formidable! De celles où, en dépit de statistiques du chômage Américain démontrant un afflux de 95’000 demandeurs d’emploi supplémentaires sur le marché du travail sur Septembre, ne voilà-t-il pas que l’indice Dow Jones rétorque en … passant au-dessus du seuil des 11’000 points. La hausse du chômage serait-elle subitement devenue un facteur positif pour les Bourses?

Assurément oui si l’on part du principe que cette dégradation manifeste des fondamentaux de l’économie US forcera la main de la Réserve Fédérale à injecter encore et toujours plus de liquidités dans le système.

La première économie au monde s’enfonce-t-elle dans la stagnation?

 Qu’à cela ne tienne bonnes gens puisque les spéculateurs et autres investisseurs devant l’Eternel sont garantis d’être favorisés par des autorités US qui feront feu de tout bois préalablement aux élections du 2 Novembre prochain. Et tant pis si c’est – une fois de plus – le contribuable qui devra se résigner à accepter les créances pourries et autres prêts hypothécaires insolvables d’être intégrés au bilan de son Gouvernement…

 Commentaire du Wolf : Et si on jouait au « Put Bernanke »

Pourtant, ces manœuvres savamment affublées de l’appellation de « baisses de taux quantitatives » cachent également une autre stratégie de la part de l’Etat Américain. S’il est vrai et même incontestable que ces injections de liquidités étaient vitales en 2008 et en 2009 afin de juguler la déflation tout en motivant les Banques à prêter un peu plus, leur usage – voire la seule menace d’y avoir recours! – aboutit aujourd’hui à l’affaiblissement du billet vert!

Les expressions de « guerre des monnaies » et de « mesures de rétorsion protectionniste » employées ces derniers jours et amplement relayées par les économistes et par la presse signifient tout simplement que les Etats-Unis d’Amérique ont décidé d’affaiblir leur Dollar afin de certes exporter plus mais principalement dans le but de diminuer la valeur de leur endettement détenu par les étrangers! Que celles et ceux qui ont raté le premier épisode se rassurent: nous ne sommes qu’au début d’une situation hyper conflictuelle qui consistera pour chacune des nations de cette Terre à tenter l’impossible pour affaiblir sa devise nationale. Le théâtre des opérations en sera le gigantesque marché des Changes qui brasse quotidiennement 4’000 milliards de dollars sachant que les belligérants principaux en seront les Etats-Unis et la Chine. 

Cette dernière, taxée depuis de nombreuses années de maintenir son Yuan à des niveaux artificiellement bas, vient d’être rejointe par la Banque du Japon, intervenue récemment sur les marchés afin de tenter d’enrayer le raffermissement de son Yen, et sera – à n’en pas douter – prochainement imitée par d’autres nations dans un exercice planétaire de dévaluations dites « compétitives » qui feront de la Grande Dépression la seconde grande crise financière mondiale après celles des années 2007-2011! Tout ceci n’empêchera bien-sûr pas la Fed de faire appel à cette bombe atomique constituée par cette seconde version des baisses de taux quantitatives: les politiciens Occidentaux n’en sont plus à ce dégât près et n’hésiteront pas à avoir recours à tous les instruments à leur disposition afin de retarder un (petit) peu l’échéance de nos insolvabilités afin de gagner (aujourd’hui) quelques suffrages supplémentaires! 

En attendant, l’ultimatum adressé à la Chine et à d’autres pays exportateurs est le suivant: Renforcez vos devises sans tarder si vous ne voulez pas que vos économies – inondées par nos liquidités – ne subissent une inflation désordonnée qui provoquera une agitation sociale que vous craignez comme la mort… Après « QE 1″ – premier épisode salvateur des baisses de taux quantitatives -, accueillez aujourd’hui « QE 2″ le ravageur.

Michel Santi gestionsuisse.com oct10

1 réponse »

  1. Une grande confusion règne dans l’esprit de Andréas Hofert.

    L’idée que la monnaie aurait une « couverture » qu’elle aurait perdue et que seule la confiance remplacerait et bien schématique.

    La fin de la convertibilité or de 1973 n’est que l’acte de décès d’un changement de nature du signe monétaire qui prend sa source au XVI , et explose au XIX.
    Avant le XVI , la question de la couverture ne se pose pas : la monnaie est un bien qui circule directement : elle contient en elle même son gage . La confiance qui permet ensuite la circulation et la thésaurisation est là d’emblée.

    Puis peu à peu le mécanisme du crédit va prendre le pas, comme unique source de la monnaie : la monnaie n’est plus un bien déjà constitué sur la base d’une privation , mais un droit à prendre par anticipation moyennant une restitution ultérieure : l’investissement de la machine économique se fait sur la base d’une épargne constituée après coup.
    Dans ce système donc une épargqui circule , mais une promesse .
    Dans ce système , ni gage ni couverture : la monnaie devient alors une pure promesse . La confiance aurait beaucoup de mal a s’imposer si l’Etat n’avait pas imposé un cours légal à nos monnaies c’est à dire en en faisait un instrument légal pour éteindre une dette et donc, commercer.

    Bref la « confiance » ne tombe pas du ciel et « la conviction que la monnaie vaut quelque chose » n’est qu’une représentation idéologique à postériori.
    Ce qui ne veut pas dire que la représentation idéologique d’un chose (la confiance) ne puisse pas , dans une certaine mesure , pendant un certain temps, ou dans certaines circonstances être déterminante.

    La monnaie dans sa fonction ontologique n’existe que pour permettre l’échange en y imposant la règle de la réciprocité, règle qui est également de l’ordre de la représentation mentale , bien entendu, mais qui touche au travail et à la survie et qui donc a une force qui peut se transformer en violence.

    Cette réciprocité, cette vérité de notre monnaie telle qu’on la pratique actuellement, réside essentiellement et fondamentalement , dans sa propre destruction à l’occasion du remboursement de la dette (qui la sous-tend et lui donne vie) au système bancaire. C’est toutefois un phénomène peu évident à conceptualiser.

    En gros il se résume à l’idée que celui qui a été autorisé , par un crédit, à consommer par anticipation , doit rendre à la société la même chose : en remboursant il s’y oblige donc.

    Bref le conte de fée de la confiance n’est que la surface des choses, l’aboutissement de pas mal de mécanismes, une formulation ultime dont les ressorts sont moins roses ou bien une généralité sans grand intérêt éclairant : oui toute activité humaine suppose un minimum de confiance …

    Bref, toute monnaie , actuellement est créée sans couverture initiale et l’indignation de Hofert est donc plutôt curieuse.

    Le problème n’est donc pas la couverture ou même la confiance (épiphénomène) mais en réalité fondamentalement celui de la fausse monnaie , celle qui sera « imprimée » sans jamais être détruite : c’est la partie de la dette qui ne sera jamais honorée (du moins par « remboursement »)!

    Mais ce qu’il y a de merveilleux dans ce système c’est qu’il est difficile de dire à quelle moment une monnaie ne sera jamais détruite ! Parce que la non-destruction d’une monnaie créée n’est jamais actée à un moment donné : on peut toujours espérer qu’à un moment futur, le remboursement aura lieu !

    On peut donc loger dans le futur une dette toujours grandissante, pourvu qu’en gros , le monde continue à tourner.
    Bien sûr, pour que l’illusion perdure, la mauvaise dette devra être déplacée, maquillée, reflatée régulièrement par des institutions bancaires , et à chaque fois plus près de ce dernier prêteur , cet Atlas hypothétique qui nous fait encore un peu croire à la réciprocité et donc la vérité de la monnaie.

    Lorsqu’un remboursement n’a jamais lieu , l’inflation fait normalement payer certaines catégories sociales , en procédant à l’adaptation de la quantité de monnaie à la réalité des biens et services (Car quelqu’un doit toujours payer : ce que l’un a consommé sans fournir de contrepartie est nécessairement une perte à endosser par un/des agents)

    Mais encore faudrait-il pour que l’inflation puisse se déclencher, qu’une demande puisse s’exercer qui pourrait servir de support à ce mouvement , or l’endettement a atteint une généralisation et un seuil tels qu’ ils empêchent précisément l’initiation de ce mouvement : le désordre des dettes paralyse la consommation et donc la production régulière .

    Bref on pourrait aller vers un système curieux : une longue et lente digestion paralysante d’une dette cantonnée dans les soutes de la finance, la rente, elle, restant bien réelle .Rien ne va plus , chacun pour soi dans le cadre des rapports de force.
    Système bloqué , bien joué de la part qui vont en profiter avec le concours des keynésiens et des monétaristes.

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