Douce France

L’Occident insolvable par Michel Santi

L’Occident insolvable par Michel Santi

Au vu des finances publiques de la quasi totalité des Etats Occidentaux, il devient aujourd’hui évident que s’ouvre une ère nouvelle marquée par une pression financière et fiscale intense. En fait, la crise de la dette souveraine n’est pas – ou n’est plus – Européenne : elle est tout bonnement devenue mondiale! Cette crise étant au demeurant loin de se déboucler du fait de l’insolvabilité probable de certains pays et pas qu’en Europe périphérique… 

PLUS DE DETTES EN SUIVANT :

Pourtant, l’Histoire économique et financière mondiale serait plutôt rassurante en ce sens que les ratios des endettements ramenés au P.I.B. de nombre de nations ont déjà connus des pics inquiétants dans le passé. En fait, la gravité de ces dettes et déficits a même excédé les niveaux actuels dans des pays comme les Etats-Unis sortis de la seconde guerre mondiale avec un ratio de dettes à 110% de leur P.I.B., largement distancés à ce point de vue par la Grande Bretagne où ce chiffre avoisinait 250% et par la France où il était de 280% à la même époque! La France du reste n’a jamais fait défaut – à l’exception de l’épisode 1797 – et ce en dépit d’une histoire révolutionnaire et militaire très mouvementée. Pourtant, l’Histoire ne saurait nous consoler aujourd’hui car les raisons actuelles d’être inquiets  proviennent principalement de la caducité du ratio dettes/P.I.B.. Ainsi, et en dépit de son utilisation universelle permettant de jauger de la solvabilité d’un Etat, cet instrument de mesure est aujourd’hui pour le moins inadéquat. En fait, ce ratio dettes/P.I.B. indique une situation passée alors qu’il serait impératif d’être orienté vers l’avenir. Je m’explique… 

Le P.I.B. en réalité importe peu car il conviendrait plus adéquatement de raisonner en termes des revenus de l’Etat en question. En effet – et quels que soient les engagements et dettes de cet Etat -, c’est les ressources potentielles de cet Etat (qui lui permettront de rembourser ou tout simplement de financer ses dettes) qui comptent en finalité. Le privilège d’une nation, dite « souveraine », est certes de pouvoir unilatéralement majorer ses revenus via une augmentation des impôts. Pour autant, ces ressources supplémentaires intégrant les caisses de cet Etat n’autoriseront qu’un rétablissement partiel de son P.I.B.. On le constate donc: l’indicateur dettes/P.I.B. ne permet d’établir qu’un état des lieux faussement favorable – en tout cas flatteur – de la santé des finances publiques. Ce tableau serait effectivement autrement plus cru pour les Etats s’il était possible d’établir un ratio de leurs dettes comparées à leur capacité maximale d’imposition. Autrement dit, comment évoluerait l’endettement des Etats si le levier de la taxation était actionné à plein régime et dans les limites tolérées par l’ensemble des contribuables? 

Ce ratio est par ailleurs peu révélateur en cela qu’il ne reflète que les déficits passés d’un Etat alors même que la problématique des déficits publics actuels – aussi intense soit-elle – ne dépeint qu’une image incomplète des soucis à venir de nos pays. En effet, l’indicateur dettes/P.I.B. ne nous dit strictement rien sur les implications majeures du vieillissement des populations sur les finances publiques. Les très lourds endettements des Etats juste après le second conflit mondial ont ainsi été minimisés et gérés par la grâce d’une politique pro active orientée vers l’avenir ayant été autorisée par le baby boom. Aujourd’hui, la question fondamentale n’est pas tant de pouvoir digérer les endettements colossaux des Etats que de subir une aggravation supplémentaire irrémédiable de ces déficits rendue inéluctable par la prolongation de l’espérance de vie et qui conduira fatalement à la banqueroute de certains pays! 

C’est ainsi qu’un groupe d’acteurs sociaux – au moins – sera sinistré car, forcément, quelqu’un devra payer: de l’augmentation des impôts à la charge des contribuables à la diminution notable du nombre des fonctionnaires (qui permettra la réalisation d’économies) en passant par les titulaires de Bons du Trésor dont les intérêts seront galvaudés … la question n’est donc pas si un Etat fera défaut mais vis-à-vis de qui fera-t-il défaut?

Michel Santi gestionsuisse.com oct10

EN COMPLEMENT : D’une façon générale, la société CMA qui compile ces données constate que lors du troisième trimestre 2010,  86% des CDS souverains ont montré des signes d’amélioration. Un changement radical par rapport au 2e trimestre au cours duquel 93% des CDS avaient vu leur prix augmenter.

Dernier rapport trimestriel de CMA (cliquez sur le lien)

 

A titre d’exemple à fin septembre, le risque de voir la Belgique en défaut de paiement s’élevait à 10,9% contre 12,1% trois mois plus tôt. Ce pays occupe la 37e place (32e fin juin) du classement des pays plus risqués. Le quintet de tête n’a pas changé en 90 jours : le Vénézuela reste le pays le moins fiable au monde, suivi par la Grèce, l’Argentine, le Pakistan et l’Ukraine. L’Irlande occupe désormais la 6e position.

  l’Irlande et le Portugal  sont donc rentrés dans  le top ten des pays les plus risquées au monde:

 

 

Le top 10 des pays perçus comme les plus solvables est trusté par les Européens avec la Norvège comme meilleur élève de la classe avec un CDS à 23,5 points de base! Les Etats-Unis arrivent en 9e position.

Les États-Unis ont réalisé la pire performance du groupe, avec une  baisse de la troisième à la neuvième place….

   

En termes de dégradation les États-Unis figurent sur le podium des plus mauvaises performances du troisième trimestre, derrière… l’Irlande et le Portugal.

 Stéphane Wuille/echo oct10

//////////////////////////////////////////////////////////////////

L’inquiétante fragilité de la dette publique française.

Un nouveau seuil symbolique vient d’être franchi : plus de 70 % de la dette de l’Etat (70,6 exactement) est détenue par des « non-résidents », c’est-à-dire des investisseurs étrangers. Rappelons que la dette de l’Etat s’élève à 1249,6 milliards d’euros et qu’elle constitue la plus grande partie de la dette publique (1591,5 milliards au 30 juin selon l’Insee), qui réunit également celle de la sécurité sociale et des collectivités locales. Voici un produit français qui s’exporte très bien ! Un tel succès prouve la confiance des marchés internationaux envers la signature de la France, fort bien, mais il traduit aussi une fragilité inquiétante. En cas de perte de notre fameux « AAA », la meilleure note possible que nous accordent les agences de notation, le mouvement de défiance qui s’en suivrait rendrait vite problématique le financement de l’Etat, la crise de trésorerie menacerait.

Autant le gouvernement peut tenter de rassurer les souscripteurs nationaux (les grandes banques et les sociétés d’assurance), autant une banque anglaise, un fonds de pension américain, un fonds souverain du Moyen-Orient ou d’Asie n’hésitera pas à rayer la France de sa liste (d’autant que nombre d’entre eux ont l’obligation statutaire de souscrire des actifs financiers notés AAA). Cet indicateur doit être surveillé, comme le niveau de la dette lui-même. Le Japon, par exemple, est certes bien plus endetté que la France, mais seulement 7 % de sa dette figure dans des portefeuilles internationaux, ce qui lui donne une sécurité de financement bien plus grande. L’épargne française ne suffit plus depuis longtemps à financer l’endettement public et cette tendance s’accentue inexorablement, la part des non-résidents n’était que de 25 % en 1996, elle franchit la barre des 50 % en 2005, pour atteindre donc 70 % aujourd’hui.

Problème supplémentaire, l’Agence France Trésor, qui gère la dette de l’Etat, refuse de rendre public le détail par pays de ces 70 %, une cachotterie qui n’est pas faite pour rassurer. Cette fragilité constitue, s’il en était besoin, une raison supplémentaire de lutter contre l’accroissement de la dette publique. 

Philippe Herlin/ACDEFI – 04 octobre 2010

Philippe Herlin est chercheur en finance, responsable du blog ladettedelafrance.fr, et vient de publier France, la faillite ? aux éditions Eyrolles

EN LIEN : Classement des pays par dette extérieure brute en % du PIB

 La dette extérieure brute désigne l’ensemble des dettes qui sont dues par une nation (Etat, entreprises, ménages) à des prêteurs étrangers

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_ext%C3%A9rieure#Liste_de_pays_par_dette_ext.C3.A9rieure_brute

1) Irlande (1305% du PIB)

2) Royaume-Uni (428% du PIB)

3) Suisse (378% du PIB)

4) Pays-Bas (376% du PIB)

5) Belgique (328% du PIB)

6) Danemark (307% du PIB)

7) Suède (269% du PIB)

8) Autriche (251% du PIB)

9) France ( 244% du PIB)

10) Portugal (231% du PIB)

11) Hong Kong (224% du PIB)

12) Finlande (215% du PIB)

13) Norvège (208% du PIB)

14) Espagne (176% du PIB)

15) Allemagne (176% du PIB)

16) Grèce (176% du PIB)

17) Italie (141% du PIB)

18) Australie (121% du PIB)

19) Hongrie (120% du PIB)

20) Etats-Unis (98% du PIB)

3 réponses »

  1. Je partage en grande partie le contenu de cet article. Le problème des budgets à réserver pour le futur (pensions, pollutions etc.) pourrait faire l’objet d’une comptabilité d’engagements (comme c’est le cas dans les entreprises). Malheureusement Une entreprise qui modifierait ses priorités au même rythme que nos gouvernants irait sans doute rapidement vers les mêmes problèmes budgétaires.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s