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Analyse Gold du Jour : «Attention à un possible rebond, violent, des cours du métal jaune» par Dominique Casaï

Analyse Gold du Jour :  «Attention à un possible rebond, violent, des cours du métal jaune» par Dominique Casaï

Dominique Casaï, co-fondateur de Uram SA à Genève

Créé en 2007 à Genève, Uram est une maison spécialisée dans l’investissement sur les marchés des ressources naturelles – et dans les actions des sociétés les produisant – via la gestion de sept fonds spécialisés. Chargé du placement de 600 millions de francs suisses, son cofondateur explique sa façon d’aborder ces marchés.

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Le Temps: La valeur du métal jaune a perdu 4% depuis le début de l’année. La semaine dernière encore vous estimiez qu’un «violent rebond de l’or est possible». Pourquoi?

Dominique Casaï: La baisse est entièrement liée aux mouvements des spéculateurs. Les «hedge funds» ont d’abord vendu leurs positions pour se replacer sur d’autres marchés – la bourse, le dollar… – puis ont commencé à accumuler des positions «shorts» [ndlr: paris à la baisse] à des niveaux dépassant ceux atteints en 2008. Le problème reste que de telles positions sont extrêmement volatiles et peuvent changer en deux jours: cela pourrait provoquer un rebond particulièrement violent des cours. Sans compter que pendant ce temps, sur le marché réel – qui dicte les prix sur le long terme –, l’Inde et la Chine procèdent à des achats massifs. L’or apparaît comme un refuge de premier ordre pour les épargnants de ces pays, qui font face à une forte inflation. Les Chinois ne bénéficient pas encore de fonds «ETF» locaux, permettant d’investir sans détenir du métal. Les souscriptions attirées par un premier véhicule s’approchant de tels «ETF» montrent cependant les flux d’argent asiatique qui vont se diriger vers l’or à l’avenir.

– Un tel afflux d’argent ne vous fait pas craindre des escroqueries? En investissant sur des fonds aurifères ne détenant pas le métal promis?

La plus grande fraude que cet engouement peut provoquer reste surtout la généralisation de lingots ne contenant pas la concentration aurifère revendiquée: certaines techniques, utilisant le tungstène, rendent la différence de masse volumique indétectable. Quand aux fonds «ETF», l’investisseur reste obligé de se référer au sérieux de l’institution les gérant, à celui de ses réviseurs…

– Passons au pétrole. Comme en 2008, tous les soupçons entourent l’impact de la spéculation. Une nouvelle bulle est-elle en formation?

Cette influence, sur le prix du pétrole, des flux financiers – poussés par la reprise économique mondiale ou la faiblesse du dollar – reste très difficile à mesurer. Dans tous les cas, elle ne parviendra pas à masquer la transition structurelle majeure à laquelle va être confrontée la scène pétrolière. Certes, en 2010, la demande mondiale de brut a retrouvé son niveau de 2008. Pourtant, on remarque que, dans les pays occidentaux et au Japon, sa consommation n’a pratiquement pas bougé depuis 1977: ces pays ne produisent plus guère d’électricité en brûlant du mazout. Cela reste la preuve que face à un choc de prix et à des menaces sur les approvisionnements, on assiste bien à une inflexion de la demande. Inflexion qui sera observée également en Chine. Regardez le plan de développement du nucléaire de ce pays: il rappelle celui de l’Europe des années 1970. A mes yeux, la reprise économique actuelle va peut-être créer de nouvelles tensions sur les prix dans les mois à venir… mais aussi entériner le changement de «mix énergétique» de nombreux pays. Le cours du pétrole pourrait alors vivre ses derniers grands pics.

– Est-ce pour cette raison que vous avez décidé de focaliser l’un de vos véhicules d’investissement sur des minerais plus rares?

– Oui. Partant de ce constat, nous avons regardé les produits qui pouvaient être les plus influencés par un tel changement de la consommation énergétique. Comme les terres rares, cruciales dans les appareils électriques dans lesquels le poids et la puissance sont essentiels. Ou le lithium, dont on a beaucoup parlé pour les batteries. Et l’uranium, étant donné la reprise du nucléaire. En réalité, nous regardons à quel moment – et sur quel marché – le choc produit par ce changement de consommation d’énergie sera le plus important.

Conçus pour l’échange réel de cargaisons, les marchés de matières premières forcent, chaque mois, les investisseurs financiers à de coûteux changements de contrats. Comment évitez-vous que cela n’annihile totalement les plus-values tirées de la hausse des cours?

En effet, ces «roulements» mensuels des positions font perdre systématiquement de l’argent, lors des périodes durant lesquelles les prix à terme sont disposés en «contango» [par exemple, lorsque le pétrole dans trois mois est plus cher que celui disponible immédiatement]. Pour limiter cet impact, il est possible de «travailler» activement le marché en achetant ou vendant des contrats dont l’échéance est située plus loin dans le temps. Autre solution, changer ses positions plusieurs fois par an afin de ne pas accumuler le coût de ce «roulement». Enfin l’alternative reste d’acheter les actions des sociétés minières. En règle générale, on observe que lorsque les marchés affichent une telle situation de «contango», les actions des producteurs affichent de meilleures performances que les indices de matières premières. Cela s’explique par le fait que ces cours plus élevés pour des quantités livrables plus tard peuvent être exploités à profit par ces sociétés.

SOURCE : le temps fev11

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