Art de la guerre monétaire et économique

Pour l’institut Bruegel «La Grèce doit restructurer sa dette à hauteur de 30 %»

Pour l’institut Bruegel «La Grèce doit restructurer sa dette à hauteur de 30 %»

Cette fois, le calcul a été fait. Le think tank bruxellois Bruegel vient d’achever des simulations sur les pays de la zone euro qui connaissent des difficultés. Il apparaît que la Grèce aura bien du mal à échapper à une restructuration de sa dette. Il faudrait, calcule le groupe de réflexion, une réduction de valeur de 30 % des titres de la dette pour aboutir à un niveau d’endettement de 60 % du PIB d’ici 20 ans (norme de la zone euro). L’Irlande et l’Espagne n’auraient pas besoin de ce type de remède et ne risquent pas l’insolvabilité.

PLUS DE DEFAUT EN SUIVANT :

Pour la Grèce, non seulement le dispositif en cours – le financement à hauteur de 110 milliards d’euros par les pays de la zone euro et le FMI – ne suffira pas, mais l’application de mesures supplémentaires ne permettrait pas à Athènes de ne pas devenir insolvable.

Tel est le résultat, très pessimiste, obtenu par trois membres de Bruegel, Zsolt Darvas, Jean-Pisani-Ferry et André Sapir. Ils ont effectué des simulations en évaluant l’impact de mesures qui constituent en partie une restructuration de dette : l’abaissement à 3,5 % des intérêts des obligations prêtées par les pays de la zone euro, l’extension de la maturité des obligations à 30 ans, le report de l’échéance pour rembourser le FMI de 2018 à 2030. Mais aussi le rachat, par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), de toutes les obligations rachetées par la Banque centrale européenne.

Ces trois mesures combinées «resteraient encore insuffisantes pour ramener le pays à la solvabilité, car elles lui imposeraient encore un niveau irréaliste de surplus primaire», peut-on lire dans le Bruegel Policy Brief de février. Le surplus primaire est le solde entre les recettes et les dépenses des pouvoirs publics, avant paiement des intérêts.

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L’excédent primaire nécessaire pour réduire le ratio de la dette à 60 pour cent du PIB en 20 ans serait de 8,4 pour cent du PIB. Elle atteindrait 14,5 pour cent du PIB dans le scénario prudent. Cela impliquerait de consacrer entre un cinquième et un tiers des recettes fiscales aux paiements d’intérêts sur la dette publique.

Et il n’ya aucun moyen Grèce de pouvoir réaliser ce genre de surplus. Darvas précise : « Si vous regardez des scénarios réalistes et l’histoire des crises passées, alors il est très peu probable que la Grèce puisse  éviter une restructuration de sa dette. »

Comme vous pouvez le voir sur le graphique, l’Irlande est également confrontée à un «ajustement très périlleux »:

Conclusion : en plus de ces mesures, Bruegel estime que la Grèce devrait réduire de 30 % la valeur des titres de dettes émis sur les marchés. Le think tank suggère que l’opération soit gérée par le FESF sur le mode de la négociation, et soit décidée en mars par le Conseil européen, comme élément du package attendu pour sécuriser la zone euro. L’échange des titres se ferait sur une base volontaire. Bruegel conseille également de ne pas ajuster les obligations détenues par les particuliers. Cette méthode «serait clairement moins perturbante» pour les marchés et les institutions financières.

L’opération ne pourrait réussir que si les gouvernements de la zone euro mettaient fin au système actuel qui ne prévoit aucune restructuration. Seule la menace d’une perte future pourrait pousser les détenteurs à accepter une baisse de valeur de leurs titres grecs.

Ce genre d’opération est embarrassant pour les banques qui détiennent des papiers grecs. «L’impact sur les banques du reste de la zone euro sera gérable», conclut la note, d’après nous beaucoup trop optimiste sur ce point précis

Robert van Apeldoorn/Trends fev11+agences

EN COMPLEMENT : La Grèce s’enlise dans une sévère récession
 

Le PIB grec a reculé de 1,4% au quatrième trimestre et de 6,6% par rapport aux trois derniers mois de 2009. Une chute historique qui porte à 4,5% le recul annuel moyen de la croissance.

Croissance en chute libre pour la troisième année consécutive, salaires en recul, inflation galopante: les Grecs paient chèrement le prix des gabegies passées et de la cure d’austérité imposée à leur pays, qui est encore très loin de voir la sortie du tunnel.

Au quatrième trimestre 2010, le PIB grec a reculé de 1,4%, et de 6,6% par rapport aux trois derniers mois de 2009, une chute historique qui porte à 4,5% le recul annuel moyen de la croissance, selon les chiffres publiés mardi par l’Autorité statistique grecque.

Ce coup de frein brutal de l’activité économique intervient alors que la Grèce s’est lancée au printemps dans un plan drastique d’économies avec le soutien financier de la zone euro et du FMI, afin d’éviter une restructuration de sa dette publique qui menacerait la survie de la zone euro.

«La contraction est plus sévère que prévue», a commenté pour l’AFP Platon Monokroussos, chef économiste à Eurobank.

A Bruxelles, le ministre des Finances Georges Papaconstantinou a reconnu que la récession de 2010 était plus grave qu’anticipé, mais ne s’en est pas moins prévalu d’une «amélioration progressive de la situation», en relevant que la baisse du PIB avait ralenti à chaque trimestre. Il a aussi mis en avant une hausse des exportations «de plus de 8%» en 2010, avec «un boom au dernier trimestre».

Pour début 2011, M. Monokroussos attend «une nouvelle contraction significative de la croissance, de l’ordre de 5 à 5,5%» au premier trimestre. «Il est très difficile de prévoir la fin du tunnel, nous pourrions voir les premiers signes de stabilisation vers la fin de l’année» a-t-il espéré.

«2011 sera encore une année difficile, et on espère une stabilisation en 2012, avec un PIB à 0,1%», a acquiescé le chef des recherches de l’Institut grec du patronat, Georges Tsakanikas.

Pour parvenir à renverser la tendance, les économistes fixent désormais deux conditions essentielles: poursuite du plan d’assainissement budgétaire et de libéralisation de l’économie grecque – vivement contesté par les syndicats – et recherche d’une solution globale à la crise de la zone euro. «La discussion du problème au niveau européen et le rallongement éventuel du délai de remboursement de la dette grecque va permettre au pays de respirer et faire en sorte que les marchés soient plus favorables», a espéré M. Tsakanikas. «Si une solution à la crise de la zone euro est trouvée, il y aura une reprise du sentiment positif, et cela préparera le terrain pour un rebond de l’activité économique en 2012», a renchéri M. Monokroussos.

Confirmant les difficultés du pays à se maintenir à flot, le gouvernement vient de revoir considérablement à la hausse ses objectifs de privatisation, désormais fixés à 50 milliards d’ici 2015, contre 7 milliards auparavant prévus d’ici 2013.

Dans l’immédiat, la crise au quotidien se fait de plus en plus oppressante.

Les revenus des Grecs vont poursuivre leur tassement

La Banque de Grèce (BdG) prévoit une nouvelle baisse des revenus des Grecs, de près de 5% en 2011, après un recul de 9% enregistré en 2010, selon les estimations publiées mardi dans son rapport annuel sur l’économie du pays. «La moyenne des revenus réels dans l’ensemble de l’économie s’est réduite de 9% en 2010 et on prévoit une réduction de presque 5% en 2011, avant une possible stabilisation en 2012», a indiqué la BdG dans son rapport.

Menacée de banqueroute il y a presque un an, la Grèce a dû adopter des mesures de rigueur draconiennes, dont des coupes salariales dans le secteur public, qui ont entraîné une baisse de 13,5% des salaires et retraites dans la Fonction publique.

«Le pouvoir d’achat des salariés du public a reculé à un niveau plus bas que celui de 2003, tandis que sur l’ensemble de l’économie le pouvoir d’achat (en Grèce) a reculé en moyenne à un niveau plus bas que celui de 2006», selon la BdG.

source ats+agences fev11

1 réponse »

  1. A propos du Portugal :

    – Emprunt à 12 mois :

    Allemagne : taux des obligations à 12 mois : 0,982 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR1:IND

    France : taux des obligations à 12 mois : 1,086 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN1:IND

    Et le Portugal ?

    Mercredi 16 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 12 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 3,98 % (les taux sont en hausse : c’était un taux de 3,71 % lors de la précédente émission).

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110216trib000601945/le-portugal-parvient-a-emprunter-a-moins-de-4.html

    – Emprunt à 5 ans :

    Pays-Bas : taux des obligations à 5 ans : 2,361 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GNTH5:IND

    Allemagne : taux des obligations à 5 ans : 2,413 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR5:IND

    France : taux des obligations à 5 ans : 2,704 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN5:IND

    Et le Portugal ?

    Lundi 7 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 5 ans : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 6,457 % (les taux sont en hausse : c’était un taux de 4,56 % lors de la précédente émission).

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