Analyse Technique

Les banques centrales achètent de l’or par Emmanuel Garessus

Les banques centrales achètent de l’or par Emmanuel Garessus

Pour la première fois depuis 1988, les instituts d’émission ont accumulé du métal jaune en 2010. Les pays émergents en sont particulièrement friands

Le dernier rapport du World Gold Council confirme que sous l’influence des pays de croissance, les banques centrales ont acheté de l’or en 2010. C’est la première fois depuis 1988 que les institutions d’émission sont acheteurs nets de métal jaune.

PLUS DE GOLD EN SUIVANT :

 Au cours des 20 années précédentes, elles ont vendu un total de 7520 tonnes de métal jaune, l’équivalent de trois années de production, selon une étude de RBS. Le premier accord entre les banques centrales (CBGA) a été mis en place en 1999. Durant les dix premières années, il s’est traduit par la vente de 3884 tonnes d’or et une insécurité sur le marché qui a fait chuter l’once à 300 dollars. Mais entre le début du CBGA 3 en septembre 2009 et la fin novembre 2010, ces instituts n’ont vendu que 7,9 tonnes d’or.

Dans le contexte actuel, les banques centrales européennes qui ont signé l’accord CBGA ont largement perdu l’envie de se séparer du métal jaune, selon le World Gold Council.

Les pays émergents n’appartenaient habituellement pas à la catégorie des grands acheteurs.Ils n’avaient pas coutume de couvrir leurs réserves monétaires avec de l’or. Mais depuis le début de la crise financière, ils ont changé de stratégie. La Russie a acheté 135 tonnes de métal jaune l’année dernière pour porter le total à 775 tonnes, soit 7% de ses réserves de devises. A titre de comparaison, il y a dix ans, l’or représentait 25% de leurs réserves.

La Chine s’est également mise à acheter de plus en plus de métal jaune, mais celui-ci ne représente que 1,7% de ses réserves de devises. A la fin 2010, Pékin disposait de 1054 tonnes d’or.

L’un des autres faits marquants des dernières années a été l’accumulation d’ETF sur l’or de la part des investisseurs. Face aux craintes sur la survie de l’euro, au deuxième trimestre 2010, les achats d’ETF sur l’or correspondaient à 291 tonnes de métal. L’incertitude s’est réduite par la suite et les achats ont décliné à 39 tonnes au troisième et 4 tonnes au quatrième.

En Chine, non seulement la banque centrale, mais aussi l’investisseur privé accumulent de l’or. Les achats de barres ont augmenté de 70% l’an dernier à 180 tonnes, selon le World Gold Council. Les craintes d’inflation demeurent ancrées auprès des investisseurs, même si les autorités ont relevé les taux d’intérêt et resserré le crédit.

L’Inde n’est pas en reste. L’inflation est dangereusement élevée (8,2% en janvier) et les investissements en or sont en augmentation de 15% au quatrième trimestre, sur base annuelle.

Ensemble, la Chine et l’Inde représentent 49% des achats de barres d’or, selon RBS. Toutefois, la saison des mariages en Inde étant terminée, les experts s’attendent à une accalmie de la demande.

Un autre changement de tendance paraît digne d’intérêt. La clientèle privée française achète de l’or. Pourtant elle avait coutume de se séparer d’avoirs généralement obtenus par héritage. Il s’agissait souvent de napoléons. Les risques liés à l’eurozone et à l’endettement des pays européens devraient continuer d’attirer les investisseurs sur le métal jaune.

Emmanuel Garessus / le temps fev11

EN COMPLEMENT : Entretien avec le gérant Bernard Busschaert du Fond    Placeuro Gold Mines de Cofibol Relaté

MoneyTalk : Parmi les métaux précieux, l’or tient la vedette depuis plus d’un an et en février dernier, vous estimiez possible un prix proche de 1500 USD l’once. On y est presque ! Quelles sont vos prévisions pour 2011 ?

  B. Busschaert : Il faut tout d’abord se demander si le prix de l’or a vraiment flambé autant qu’on le pense ou s’il s’agit d’un effet de perception. C’est, à mon avis, la perception qui prime : ce sont avant tout les monnaies qui ont bougé, à la baisse, ce qui est logique si la banque centrale US imprime deux fois plus de billets, alors que l’or a tout simplement maintenu sa valeur. Cet aspect est essentiel car il implique que la hausse n’est pas terminée !

Pour en arriver à cette constatation, il est pertinent d’examiner l’évolution du prix de l’or et de son coût de production. Dans les années 90-93, le coût s’élevait à environ 300-450 USD l’once, contre 900-1000 USD aujourd’hui. La prime du métal jaune par rapport à son coût est la même, soit quelque 30%. Le prix de l’or n’a donc fait que suivre à peu près l’inflation des coûts, rien de plus.

Autre élément à signaler : historiquement, lorsque l’or et les actions des sociétés aurifères s’apprécient, on constate une hausse de ces actifs dans le portefeuille des investisseurs privés clients des banques européennes ou américaines, dont l’allocation « aurifère » tend alors à tourner autour de 10 à 30%. Aujourd’hui, alors que nombre de spécialistes tirent la sonnette d’alarme au motif que « tout le monde a acheté de l’or », cette allocation n’est que de 1% ! Les oiseaux de mauvais augure ont apparemment tort et cela signifie aussi que le risque de chute abyssale est faible.

Ceci dit, qu’en sera-t-il en 2011 et après ? L’évolution du métal jaune dépendra en grande partie de celle du dollar par rapport à l’euro. Si le rapport actuel se maintient plus ou moins, une forte hausse, pouvant atteindre les 1600-1700 USD, est probable cette année. Si le dollar chutait davantage, et l’on sait que la banque centrale US fait marcher à fond la planche à billets et achète des obligations à tours de bras, l’or pourrait approcher les 2000 USD. En revanche, si le dollar remonte parce que, par miracle, tout va bien aux USA et que Saint-Bernanke a résolu tous les problèmes, l’or pourrait se maintenir à 1400 USD, voire glisser vers les 1300 USD – c’est un scénario sur lequel je ne compte pas, mais il faut l’envisager par honnêteté.

 Dernier scénario : certains anticipent une hausse des taux qui précipiterait la chute de l’or. Ce raisonnement me paraît illogique : de nombreux Etats ont aujourd’hui beaucoup de difficultés à payer leur dette avec des taux à 1-3% ; si les taux remontaient à 5-7%, la situation empirerait, ce qui provoquerait une fuite vers l’or.

L’or aurait donc encore de beaux jours devant lui, mais qu’en est-il des actions des sociétés aurifères ?

Au pire de la crise du crédit de 2008, lorsque les hedge funds, grands détenteurs de ces actions, étaient confrontés à des problèmes de liquidités et ont dû vendre en masse, le secteur a perdu 70 à 80% de sa valeur, alors que le prix de l’or s’est maintenu. Historiquement, si l’on examine l’évolution du prix de l’or et du cours des actions aurifères, on constate que ces dernières ont toujours mieux presté que l’or : par exemple, si l’or grimpe de 10%, les actions s’apprécient de 20%. Or, on voit aujourd’hui que les actions n’ont pas rattrapé le métal jaune depuis la crise. On ne peut pas affirmer que le passé se reproduira, mais ce rapport historique laisse supposer une nouvelle hausse. Reprenons mes scénarios précédents. Si l’or se maintient autour de 1400 USD, les actions aurifères pourraient encore progresser (en USD) de 10 à 40% et s’il se hisse à 1600-1700 USD, le potentiel d’appréciation est de 60%. En revanche, si l’or se replie vers les 1300 USD, les actions risquent de reculer de 20-30%, avant de remonter et de se stabiliser au niveau actuel. Ce mouvement de balancier tient à des facteurs psychologiques : tout d’abord, il y aurait des prises de profits, après quoi, au vu des bénéfices d’entreprises tout de même convenables, le marché rachèterait les actions. Enfin, si suite à une dépréciation majeure du dollar, l’or flambait à 2000 USD, situation que je n’espère pas, les actions pourraient doubler de prix cette année. En résumé, les actions du secteur aurifère sont toujours bon marché.

Votre méthode de gestion a manifestement des mérites vu la surperformance du fonds Placeuro Gold Mines sur deux années consécutives. En quoi consiste-t-elle ?

Tout d’abord, je m’informe un maximum, et continuellement. Je me repose en grande partie sur l’analyse de partenaires financiers canadiens, dont certains sont reconnus comme faisant partie des meilleurs du secteur. Cela confère un caractère relativement indépendant à l’analyse car lorsqu’on la fait entièrement soi-même, on a tendance à se donner raison !

Ensuite, j’exclus les actions de sociétés trop petites car si les volumes sont trop faibles, elles ont tendance à monter lorsqu’on achète et à baisser lorsqu’on vend. En même temps, je tends à exclure les sociétés qui ne dégagent pas encore de bénéfices. Certaines promettent des bénéfices d’ici trois à cinq ans, j’attends de voir ! 75% des sociétés du fonds sont bénéficiaires ou le seront dans les douze mois.

Je fonctionne un peu comme un comptable pour ce qui est de l’analyse fondamentale et j’essaye de voir ce que ces sociétés ont en portefeuille (pour assurer leur avenir). Après cela, et mettons que cette étape m’ait permis d’identifier une trentaine d’actions (ndlr : le fonds en contenait 25 à la mi-2010), je passe à l’analyse technique.

 Chaque semaine, je mets toutes ces actions dans le même graphique et repère les meilleurs élèves, ceux qui avancent le plus et méritent une place au sein du fonds. Si l’« élève » perd du terrain, je l’élimine. J’ai aussi un graphique qui reprend tous les « punis » et quand l’un deux s’améliore, je le reprends. Cette étape est importante : on peut être tenté de garder en portefeuille la société X parce que c’est une « bonne action » d’un point de vue fondamental, même si elle se comporte mal sur le plan technique. Il arrive que parmi les « bons élèves », l’un ou l’autre soit à la traîne dans le graphique ; je tente alors de m’informer, j’appelle le Canada, etc. Si rien ne transpire, j’élimine automatiquement : il y a tout simplement des choses qu’on ne sait pas, du trading d’initié, ou des faits dont on ne sera informé que bien plus tard, quand on se retrouvera avec une perte de 50% ! Il me semble très utile d’allier analyse fondamentale et analyse technique.

Enfin, je dois attribuer une bonne partie de la performance 2010 à un choix stratégique en faveur d’un autre métal précieux : l’argent.

40 (it’s currently at 42.75) would put the ratio at its lowest levels since the early 1980s!

Si il y a cinq ans, l’allocation du fonds dans le secteur tournait autour de 5-15%, elle s’élève aujourd’hui à 50% ! Le prix de l’argent avait pris du retard par rapport à celui de l’or. La demande est forte et ce métal a des applications dans de nombreux secteurs  ; il se peut même que les stocks soient insuffisants ! On a aussi eu de la chance. Je songe notamment à notre achat du canadien First Majestic Silver autour d’1 CAD, : : l’action a grimpé à 14 CAD ! Il n’est pas impossible qu’un autre canadien en portefeuille, Fortuna Silver Mines, prenne le même chemin (ndlr : même s’il a déjà bien grimpé en 2010).

source Money talk fev11

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