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Finances Comportementales : Pourquoi il faut se mentir au moment d’investir

Finances  Comportementales :  Pourquoi il faut se mentir au moment d’investir

Comment l’investisseur doit éviter les biais cognitifs. Et pourquoi il fallait vendre les actions US en début de semaine.

Gérant de hedge fund et diplômé en neuroscience informatique de Harvard, Roy Niderhoffer utilise une stratégie mêlant approche quantitative et finance comportementale. Le New-Yorkais était de passage à Genève pour une conférence organisée par Syz & Co.

ENTRETIEN

Vous affirmez qu’un investisseur doit tromper son cerveau lorsqu’il construit un portefeuille. Pourquoi?

L’investisseur déteste perdre plus qu’il n’aime gagner. Car l’aversion au risque est enracinée très profondément dans notre cerveau.

Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion?

À travers diverses expériences, comme celle de permettre à des sujets de jouer de l’argent sur trois roulettes. La première des trois est très nettement perdante alors que les deux autres offrent des résultats plus positifs. Or la partie du cerveau chargée de traiter les émotions, l’amygdale, est plus active durant les pertes que durant les gains. Même si les montants gagnés dépassent les montants perdus.

Quels enseignements en tirez-vous pour investir?

Qu’une stratégie qui a tendance à perdre de l’argent alors que les autres stratégies suivies en font gagner est plus difficile à conserver qu’une stratégie qui perd de l’argent alors que les autres en perdent aussi, même si les résultats de ces deux stratégies perdantes sont identiques. C’est la même chose avec une position destinée à protéger un portefeuille. Elle aura tendance à sousperformer quand les choses vont bien et les investisseurs auront davantage de mal à la conserver, même si elle protège le portefeuille, car elle se détache davantage de l’ensemble.

Avez-vous identifié d’autres biais cognitifs?

L’être humain est plus sensible aux événements récents, car il s’en souvient mieux. Ce qui explique qu’il soit difficile de trouver des titres ou des gérants gagnants – car les gens regardent la performance récente, qui n’augure en général pas de la performance future. Aussi, les gens préfèrent les choses qui leur sont familières et voient ce qu’ils veulent voir. Ce qui explique le succès de Madoff: ses clients voyaient en lui de la compétence, de l’autorité, du succès, un track record solide et il bénéficiait d’un consensus fort. Dans ces conditions, il était plus difficile de voir ce qui se passait réellement.

Comment l’investisseur peut-il se protéger de ces biais?

Grâce à une approche quantitative, qui élimine l’aspect émotionnel des décisions d’investissement, et en identifiant les moments où les investisseurs sont influencés par ces biais cognitifs. Les émotions ne sont pas votre amie. Il est parfois crucial de se montrer contrarian.

Est-ce le bon moment d’être contrarian sur les marchés?

Ce matin (l’interview a été réalisée mardi 1er mars), nous avons vendu le marché américain à l’ouverture, alors que le consensus est totalement bullish. En décembre et janvier derniers, la volatilité a été au plus bas depuis 40 ans sur le S & P 500, tandis que le ratio put/call a atteint un niveau record. Cela pourrait laisser penser que personne n’a besoin de protection. Or nos modèles nous ont indiqué le contraire. Il faut toujours se souvenir qu’on ne peut pas prévoir dans quelle direction les marchés vont évoluer, mais qu’on peut prévoir un risque.

interview: Sébastien Ruche/agefi mars11

2 réponses »

  1. Cette entretien est intéressante. Ça contraste un peu avec les délires keynésiens qui prétendent que les investisseurs sont complètement averses aux risques, et se comportent comme des moutons de panurge. Les « animal spirits », que ça s’appelle.

    • Comme quoi trop généraliser est mauvais en toute chose…Par exemple Robert Shiller a fait une utilisation transversale du concept d’animal spirits beaucoup plus interessante me semble t ils qu’effectivement les habituelles réductions simplificatrices auquelles on a droit de nos jours…

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