Art de la guerre monétaire et économique

L’Egypte favorite pour 2050 et l’Europe lanterne rouge?

L’Egypte favorite pour 2050 et l’Europe lanterne rouge?

C’est une formidable mutation. Le centre de gravité de l’activité économique se déplace de 9300 kilomètres vers l’est en 70 ans. En 1980, il se situait au milieu de l’Atlantique. Aujourd’hui, il est légèrement à l’est d’Helsinki et en 2050 il sera quelque part entre l’Inde et la Chine, selon une étude originale du professeur  de la London School of Economics. Le «printemps arabe» pourrait d’ailleurs modifier ce périple.

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Danny Quah

C’est une formidable mutation. Le centre de gravité de l’activité économique se déplace de 9300 kilomètres vers l’est en 70 ans. En 1980, il se situait au milieu de l’Atlantique. Aujourd’hui, il est légèrement à l’est d’Helsinki et en 2050 il sera quelque part entre l’Inde et la Chine, selon une étude originale du professeur Danny Quah de la London School of Economics. Le «printemps arabe» pourrait d’ailleurs modifier ce périple.

Dans son tour du monde en 90 pages, un autre économiste réputé intègre précisément la révolution en cours dans le monde arabo-musulman. Il s’agit de Willem Buiter(et  , chef économiste de Citigroup, après avoir été celui du FMI. Lui aussi anticipe un formidable déplacement de richesses vers ce qu’il nomme l’«Asie en développement» et l’émergence de nouveaux leaders mondiaux. Son instrument d’analyse s’appelle «3 G», pour «Global Growth Generators», soit les générateurs de croissance globale. Ceux-ci sont au nombre de six et sont autant politiques et institutionnels qu’économiques: épargne/investissement, démographie, santé, formation, qualité des institutions et des politiques, ouverture au commerce.

Willem Buiter prévoit une évolution très favorable de l’économie mondiale et s’attend à l’entrée de l’Egypte au sein des 10 plus grandes économies de la planète. Le message principal de son étude est celui d’une forte convergence entre pays pauvres et riches. Productivité et niveaux de vie devraient se rapprocher à long terme. Ce processus paraît logique. Pourtant, au cours des six dernières décennies, la croissance des pays les plus pauvres n’a dépassé celle des pays les plus riches qu’à deux reprises, durant les années 1980 et après l’an 2000. La littérature économique, abondante sur ce thème, n’observe pas de relation étroite entre le revenu initial par habitant et la croissance ultérieure.

Pour que cette convergence se produise d’ici à 2050, les pays les plus pauvres devront partager la vision capitaliste de l’économie, croire aux mérites de la globalisation, de l’ouverture aux échanges. Selon Willem Buiter, ils devront améliorer leurs institutions dans le sens de l’économie de marché et investir dans leur capital humain (formation) et physique (infrastructures).

Cette approche devrait assurer une solide croissance de l’économie mondiale, à un rythme de 4,6% d’ici à 2030 puis de 3,8% jusqu’en 2050 pour atteindre un PIB de 380 000 milliards de dollars (parité du pouvoir d’achat). La plus forte croissance annuelle viendra de l’Afrique avec un gain extraordinaire de 7% par an et de l’Asie en développement (5,4%).

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(Source: Citi)

Au sein des 10 pays qui présenteront la plus forte croissance annuelle ces 40 prochaines années, figurent surtout des Etats relativement pauvres et jeunes, en phase initiale de leur rattrapage. Il s’agit, dans l’ordre, du Nigeria (+8,5%), l’Inde, l’Irak, le Bangladesh, le Vietnam, les Philippines, la Mongolie, l’Indonésie, le Sri Lanka et l’Egypte.

Willem Buiter ne craint pas que l’histoire se répète et que les émergents renoncent à leur marche vers la croissance. Son optimisme s’appuie sur le fait que le processus de convergence démarre à peine. Le niveau de vie chinois (PIB par habitant) ne dépasse pas 20% de celui des Etats-Unis.

Les facteurs démographiques jouent un rôle clé dans son scénario.

L’augmentation prévue de la population active sera de 143% en Irak, 66% aux Philippines, 55% au Bangladesh, 60% en Egypte et 40% en Inde. Les pays les plus prometteurs sont aujourd’hui pauvres, jeunes et souvent richement dotés en ressources naturelles.

L’Egypte n’appartiendra pas seulement aux plus fortes croissances, mais aussi au club des 10 plus puissants en 2050; 48e aujourd’hui au classement du PIB par habitant, elle profitera surtout de sa démographie. Sa population active devrait augmenter de 61%. Son degré d’urbanisation a stagné, son système scolaire et ses institutions n’ont guère progressé avec Moubarak. Mais la récente insurrection devrait permettre d’engager les réformes nécessaires.

Après 40 années de rattrapage, l’«Asie en développement» représentera la moitié de l’économie mondiale, contre 27% aujour­d’hui. A l’inverse, les pays industrialisés verront leur domination économique s’effondrer. Ils représentent 51% en 2010, avec 13% de la population mondiale. Leur part déclinera à 24% en 2050. La Chine dépassera les USA en 2020 en devenant la première économie mondiale. Elle sera dépassée à son tour en 2050 par l’Inde. L’Indonésie occupera la 4e place et le Brésil la 5e.

L’Europe se recroquevillera toujours plus rapidement. Sa part des revenus ne forme plus que 19% du PIB mondial en 2010 et elle chutera à 7% en 2050, c’est-à-dire à la part actuelle du Japon. Les trois pires performances des quatre prochaines décennies appartiendront à l’eurozone: Grèce, Portugal et Espagne. En 2050, aucun pays européen ne figurera au nombre des 10 plus grandes économies.

La Suisse souffre de son statut de cinquième pays le plus riche du monde, avec 42 470 dollars par habitant. La croissance du PIB par habitant ne dépassera pas 1,6% par an d’ici à 2050, selon Buiter, mais ce pays fera partie des plus grands bénéficiaires européens de l’expansion asiatique avec l’Allemagne et les Pays-Bas. En termes de PIB par habitant, la Suisse devrait rester dans le Top 10 en 2050, au neuvième rang exactement, et, avec 90 956 dollars par an, augmenter notre revenu de plus du double d’aujourd’hui.

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(Source: Citi)

la liste des traînards de la croissance telle qu’établie par Citigroup:

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Quant au club des 3G, le voici au grand complet. Pour le constituer, les deux économistes ont créé un indice « 3G »  qui se base sur 6 composantes de la croissance : les investissements et l’épargne, les perspectives démographiques, la santé, l’éduction, la qualité des institutions et des politiques mises en place et  l’ouverture au commerce

La clé pour y figurer pourrait se résumer par cette phrase : “débutez pauvre et jeune, ouvrez-vous, adoptez une économie de marché, ne soyez pas malchanceux  et n’explosez pas. “

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(Source: Citi)

Enfin, les deux auteurs de cette étude de plus de 80 pages mettent en garde. La croissance n’est pas un phénomène linéaire et calme et il n’y a pas de raisons pour que cela change. Il faudra composer avec des bulles qui éclatent, des conflits, des catastrophes naturelles,…

L’étude accorde un rôle majeur à l’investissement. Mais l’auteur omet les questions de mauvaise allocation des ressources et de dégradation de l’environnement. En Chine, par exemple, des études ont montré que les dégâts environnementaux coûteraient 2 à 4% du PIB annuel. Si pour gagner 100 dollars, il faut détruire 100 dollars de richesses, quel est le gain? demande Michael Pettis, professeur de finance à Pékin, sur son blog «China Financial Markets». Il estime ainsi que le «vrai PIB» chinois serait 16 à 31% inférieur aux estimations.

La bataille que se livrent les économistes pour établir les classements des plus grandes économies porte fréquemment sur les changements de leader. Fin janvier, un chercheur a osé déclarer que la Chine était déjà passée devant les Etats-Unis en termes de parité du pouvoir d’achat. Or cette approche en termes de parité du pouvoir d’achat n’est pas convaincante dans les comparaisons entre pays. Mieux vaut se limiter aux valeurs de marché. Celles-ci montrent que la Chine vient de dépasser le Japon. Le débat n’est de loin pas clos. Comme il est difficile de produire des données correctes d’une économie en pleine transformation, ces travaux doivent être lus avec un certain recul.

Pour lire l’étude complète (en anglais), cliquez ici. 

Par Emmanuel Garessus/ Stéphane Wuille le temps/echo mars11

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