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La politique monétaire comme source d’instabilité

La politique monétaire comme source d’instabilité

 Le double rôle de Jekyll et Hyde des banques centrales devient de plus en plus évident. L’Autorité fédérale de surveillance suisse des marchés financiers (Finma) met aujourd’hui en garde contre les risques accrus posés par la politique monétaire expansionniste. Celle-ci est censée permettre de stabiliser les prix et de piloter la croissance économique. Mais elle est aussi source de distorsions importantes sur les marchés en altérant la perception des risques. Pour au moins deux raisons.

PLUS/MOINS DE TAUX BAS EN SUIVANT :

D’abord, la conjonction d’une hausse des valeurs patrimoniales et de taux d’intérêt bas mène généralement à une diminution des fluctuations de cours, créant une illusion de stabilité.

A ceci s’ajoute que les modèles de mesure du risque indiquent également une baisse des risques lorsque la volatilité s’atténue. Les participants au marché sont ainsi induits en erreur. La tolérance au risque peut également augmenter de façon excessive afin d’atteindre des rendements supérieurs.

Le faible niveau des taux d’intérêt influence par ailleurs de façon décisive l’évaluation des valeurs mobilières, des revenus et des flux de trésorerie: pour l’octroi d’un crédit, les garanties du débiteur et du rendement d’un projet en seront d’autant plus convaincantes que les taux utilisés sont bas. Cela se répercute favorablement sur la solvabilité, le rendement et enfin sur l’attribution du crédit.

Cette perception biaisée par la politique monétaire expansionniste génère une plus forte propension au risque sur les marchés financiers. «Cela s’applique même lorsque les banques n’assouplissent pas leurs pratiques d’octroi de crédits», observe Patrick Raaflaub, directeur de la Finma.

Une forte progression des taux impliquerait d’importantes pertes de revenus. Globalement, une hausse des taux de 1% entraînerait une diminution de plus de 6% des fonds propres des banques actives dans les affaires hypothécaires. Le problème est le même pour les investissements en valeurs mobilières de longue échéance.

Les banques doivent en principe maîtriser elles-mêmes le risque de taux. Ces derniers mois, la Finma a toutefois procédé à des analyses tant sur l’ensemble du marché bancaire que dans des établissements particuliers. En plus des examens réglementaires prudentiels, plusieurs visites sur place sont prévues cette année pour examiner comment les banques identifient et contrôlent le risque de taux. «Ponctuellement, il nous arrive aussi d’ordonner des mesures correctives», précise Patrick Raaflaub.

Les taux bas génèrent aussi des risques dans le domaine de l’assurance. C’est notamment le cas pour le secteur de l’assurance-vie, car les entreprises d’assurance ne peuvent plus financer les charges d’intérêt de leurs portefeuilles avec les revenus de placements à revenu fixe peu risqués. Les rendements nominaux garantis de la part obligatoire de la prévoyance professionnelle également sont difficiles à respecter dans l’environnement actuel. Un rendement supérieur à celui des titres à revenu fixe pourrait être obtenu en investissant dans des placements plus risqués ou alternatifs. Mais les assurances sont soumises aux restrictions claires des directives de placement et du Test suisse de solvabilité.

Là aussi, l’influence de la Finma est limitée. L’autorité ne peut évidemment pas influer sur le niveau des taux. Par ailleurs, le taux de conversion dans le domaine de la prévoyance professionnelle, défini au niveau politique, continue de peser lourdement sur les entreprises d’assurance. Or, les mesures qui visent en premier lieu la protection de la solvabilité peuvent avoir des conséquences négatives: la suspension des versements de dividendes, des rachats d’actions et des participations aux excédents peut porter préjudice aux nouvelles affaires. «Il est tout à fait possible que ces mesures aient des répercussions négatives sur l’entreprise, et donc sur les assurés», relève Patrick Raaflaub. Un retour progressif vers un niveau de taux moyen entraînerait selon lui une nette détente dans le secteur financier.

Qualité inférieure à la moyenne

«Les activités d’une banque consistent à prendre des risques, mais du fait de la conversion d’échéances, elles dépendent plus que tout autre secteur de la confiance de leurs déposants et des autres bailleurs de fonds», note Mark Branson, chef de la division Banques de la Finma, qui présentait hier ses perspectives annuelles. Cette confiance repose selon lui sur un seul élément: le capital. D’où la nécessité de Bâle III et du supplément destiné aux deux grandes banques suisses (dont le projet de législation est sur le point d’être débattu au Parlement).

Mark Branson est convaincu que la crise n’est pas terminée: les politiques monétaires expansionnistes à travers le monde ont provoqué une hausse généralisée des prix des actifs. Les marchés globaux des actions ont pratiquement doublé de valeur, les marchés obligataires à haut rendement et le financement par effet de levier sont proches de la surchauffe. Les marchés émergents ont attiré d’énormes quantités d’argent susceptibles de se désengager aussi rapidement qu’elles sont arrivées. Et il n’y a aucune raison pour que les bulles immobilières qui se forment en Suisse cessent d’enfler, selon lui. Alors que les premiers signes d’inflation réapparaissent, cette situation pourrait provoquer d’importants chamboulements.

Ce tableau sombre conduit la Finma à ne pas simplement demander aux grandes banques de réfléchir à la manière dont elles vont satisfaire aux nouvelles exigences de capital jusqu’en 2019, mais à les exhorter à agir maintenant, «le plus vite étant le mieux», insiste Mark Branson. Les grandes banques affichent certes des ratios de fonds propres élevés, mais pas de la qualité exigée par l’autorité. D’abord, comme pour toutes les autres banques d’affaires, le coût du capital pour bon nombre d’instruments négociés est trop bas, notamment pour ceux dont le risque est mesuré par la value at risk et pour les produits de titrisation. Ensuite, les grandes banques détiennent des fonds propres sous forme d’instruments hybrides, inappropriés pour absorber des pertes en temps de crise, bien au-delà des standards internationaux. «Ainsi, nos grandes banques disposent certes de fonds propres supérieurs à la moyenne, mais leur qualité est inférieure à la moyenne», juge Mark Branson. Enfin, il s’agit d’améliorer la qualité des instruments de capital avec les emprunts à conversion obligatoire (CoCo). La Finma juge que le consensus international ira finalement dans sa direction d’un durcissement des exigences.

Pierre Bessard/Agefi mars11

EN LIEN : http://lafaillitedeletat.com/2011/03/23/quand-les-deux-grandes-banques-centrales-entrent-en-conflit/

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