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L’électrochoc d’un accident nucléaire par Jeannette Williner

L’électrochoc d’un accident nucléaire par  Jeannette Williner

On souhaite des rentabilités hors normes avec une sécurité maximum. Pourquoi ne pas énoncer clairement que c’est impossible?

Le brut a survécu à beaucoup d’accidents et Deepwater Horizon changera peut-être les forages en eau profonde mais ne les éliminera pas même si le nom de certaines sociétés disparaîtra de la cote. Le gaz a connu des heures difficiles qui reviendront peut-être. Le nucléaire fera face à Fukushima mais Tepco changera de forme, de nom, connaîtra une aventure différente du passé et survivra. L’heure actuelle est paradoxale. On souhaite une croissance accrue mais les industries pressenties pour porter cette croissance devraient parallèlement diminuer leur empreinte carbone.

On souhaite des rentabilités hors normes avec une sécurité maximum. Pourquoi ne pas énoncer clairement que c’est impossible dans le domaine énergétique autant que dans le domaine financier? On claironne fini le nucléaire: tout le monde est d’accord. On aimerait savoir par quoi le remplacer et surtout si les porteurs de bonnes paroles ont compris qu’eux-mêmes souvent polluaient plus que les autres.

Avec quelles énergies va-t-on préférer travailler?

 Les plus fiables ou les non polluantes à tous les stades de leur existence?

A quel prix va-t-on consentir de payer l’énergie?

Car tout l’ensemble va forcément être réévalué: l’hyper sécurité a un prix, le développement d’énergies nouvelles aussi.

Quel impact visuel est-on prêt à supporter?

Le solaire dérange esthétiquement, les éoliennes paralysent les paysages… Les barrages y sont-ils bien intégrés? On pourrait y réfléchir.

 Etats-Unis, France et Japon sont les trois plus importants producteurs d’électricité d’origine nucléaire. Par contre, la part d’électricité nucléaire dans la production d’électricité totale est bien différente dans ces trois pays: en 2009, 21% aux Etats-Unis, 78% en France, 29% au Japon. Supprimer le nucléaire n’est pas si simple d’autant plus qu’il s’agit de la seule énergie disponible 7 jours sur 7 et 24h sur 24 sans empreinte carbone. Le vent, le soleil, l’électricité hydraulique sont sujettes aux fantaisies de la nature. Quant aux autres, charbon, pétrole, gaz, gaz de schiste… leurs conséquences écologiques sont importantes.

 De plus force est de constater que le vent existe et que l’atmosphère n’a pas l’étanchéité nationale que beaucoup  souhaiteraient. Donc il s’agit de supprimer le nucléaire partout ou nulle part. Supprimer le nucléaire dans le Land de Bade-Wurtemberg ne sécurise pas l’Allemagne des dangers du nucléaire français. C’est un large débat qu’a ouvert l’accident japonais

En 1973, les gros consommateurs d’énergie et très gros pollueurs de l’époque que l’on a voulu modérer dans leur appétit étaient les cimenteries. Aujourd’hui on parle de la voiture, on se soucie peu quelle est l’origine de l’électricité alimentant les transports ferroviaires, on évoque encore moins les énormes failles des habitations et surtout pas l’empreinte écologique des canons à neige. On a par contre, récemment, beaucoup parlé de l’aviation: en vingt ans les émissions de ce secteur ont doublé. Les loisirs ont un coût polluant à propos duquel beaucoup d’écologistes aiment à se voiler la face. Mais quid de l’informatique et de l’ensemble qui s’y rapporte? Jeux, lecture, travail, blogs divers, commerce… Ces dernières années l’informatique a augmenté ses émissions de telle façon qu’elle arrive au même niveau que l’aviation pour l’année 2007 (derniers chiffres connus globalisés): 3%.

Si l’on parle de réduction de production, il est inévitable d’évoquer une réduction de la consommation. En Chine et ailleurs, Afrique du Sud par exemple, les coupures  de courant sont fréquentes. Rien de choquant à ce que cela soit le cas ici mais le mode de vie sera forcément différent: il importe d’en être conscient. Merci au Japon d’avoir posé le problème indirectement car affirmer que la réduction de la consommation est nécessaire est une bonne chose mais on doit aller jusqu’au bout de la question et à celui de la réponse que généralement les Verts laissent en suspens.

Du côté des statistiques qui influencent l’économie, la situation présente un flou artistique intéressant. Les indices de prix sont pour la plupart expurgés des prix de l’alimentation et de ceux de l’énergie. On demande aux entreprises de réduire leur coût de production alors qu’avec la meilleure volonté du monde leurs calculateurs ignorent l’un ou plusieurs des composants de ce dernier. Que peut-on enlever de plus dans les indices de prix à la consommation pour qu’ils soient éternellement orientés à la baisse?

Or les derniers mouvements de révolte constatés de par le monde ont tout de même été motivés par les prix de l’alimentation et par aucun autre secteur. Et ces prix sont bien évidemment influencés par celui de l’énergie. Occulter les besoins pour mieux en ignorer le coût n’est pas tenable. Merci encore aux Japonais qui depuis des décennies ont montré que des indices de prix évoluant négativement étaient finalement la pire des choses.

L’époque change peut-être lentement mais de façon certaine: l’individu va se trouver confronté à mieux assumer les conséquences de ses choix. Et ce raisonnement est valable pour les gestionnaires de l’Etat qui devront rapidement cesser de parler de dommages collatéraux lorsqu’ils évoquent des thèmes de santé ou tout autre domaine touchant de près à l’intérêt de chacun. Les dirigeants de sociétés seront confrontés au même problème: le secteur financier notamment. L’être humain ne refuse pas la responsabilité de la vie mais l’injustice engendrée par le laxisme, vrai, c’est de l’incompétence, ou faux, c’est la résultante de l’appât du gain: c’est encore un point soulevé à l’extrême par la situation nippone. Le tremblement de terre et le tsunami sont des désastres naturels, mais si la centrale nucléaire avait été correctement gérée en durée de vie et entretien sans profit poussé à l’extrême, le pire aurait été évité. Même le Japonais peut se mettre en colère.

Jeannette Williner  Analyste indépendant avril11

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