Matières Premières

Matières Premières : La révolution de l’alimentaire

Matières Premières :  La révolution de l’alimentaire

La hausse de la consommation et la tension sur l’offre entraînent une aggravation de l’inflation alimentaire et un besoin accru en fertilisants.

Catastrophes naturelles, accroissement de la population mondiale, évolution du mode et type de consommation, augmentation généralisée des prix. Le secteur de l’alimentaire est en train de subir une révolution structurelle et radicale qui pourrait faire évoluer les comportements instinctifs du consommateur de base et les moyens mis en œuvre pour y parvenir.

PLUS DALIMENTAIRE et DE REVOLUTION  EN SUIVANT :

1. Inflation des prix de l’alimentaire

Dans un premier temps, il est important d’observer que l’inflation alimentaire à laquelle nous assistons actuellement se fait à travers l’augmentation des prix de plusieurs produits agricoles.

Selon l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le prix de gros de plusieurs produits agricoles (dont le blé, le maïs, le riz, les graines oléagineuses, les produits laitiers, le sucre et la viande) a augmenté de 32 % au cours du second semestre 2010. Les prix de décembre 2010 ont ainsi dépassé ceux de 2008, où l’on avait assisté à de violentes protestations en Amérique latine, en Afrique et en Asie.

L’indice mesurant les évolutions de prix d’un panier de céréales, oléagineux, produits laitiers, viande et sucre est au plus haut depuis sa création, en 1990, selon les dernières annonces de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

En Europe, avec la flambée du coût des matières premières, certains produits vont connaître des hausses à deux chiffres. Globalement, les prix des produits alimentaires devraient augmenter de plus de 2% dans la zone euro en 2011. C’est le cas de la farine ou du café, des produits peu transformés dans lesquels la matière première représente de 50% à 70% du coût de revient.

Paquets de pâtes, bouteilles d’huile, beurre… Les premières augmentations de prix sont déjà perceptibles pour le consommateur final.

Plusieurs rapporteurs spéciaux pour le droit à l’alimentation de l’ONU tirent le signal d’alarme sur la hausse des prix des denrées alimentaires. «Les stocks ont été regarnis en 2008 et en 2009, mais l’écart entre la réalité de ces stocks et l’évolution des prix sur les marchés est parfois considérable. En ce sens, nous vivons aujourd’hui le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008».

Selon eux, «quatre-vingt pays environ sont en situation de déficit alimentaire. Une hausse des prix seraient très dangereuse pour ces pays. C’est pourquoi il ne faut pas répéter les erreurs commises il y a trois ans», avertissent-ils.

La plupart des hausses de prix concernent des produits de base qui étaient pour la plupart déflationnistes en 2010, et avaient fortement contribué à la stabilité générale des prix l’an dernier. A noter finalement que les prix à la production sont à peine au niveau de 2008 alors que les coûts de l’alimentation animale (principalement maïs, blé soja) devraient encore augmenter.

Constat simple: rares sont les produits dont les prix resteront stables en 2011.

2. Evolution de la demande de produits agricoles

Dans un deuxième temps, nous constatons que l’évolution des prix tant de la viande que des produits agricoles dépendent de plusieurs facteurs.

a. Evolution du marché mondial de la viande de bœuf d’ici 2019, gros consommateur de céréales

Les prévisions de la Commission européenne penchent pour une nette augmentation des prix du bœuf au cours de la première partie de la période étudiée. Dans l’ensemble, les prévisions font état d’une augmentation de 22 à 23% des prix de la viande de bœuf par rapport aux niveaux de prix de la période de référence 2000-2009, tandis que le département de l’agriculture américain prévoit une augmentation de 31% des cours du bœuf. Intéressant de noter ici que le cheptel américain est au plus bas depuis la création d’une statistique en ce sens, soit depuis 1973.

La production mondiale de bœuf devrait augmenter avec la reprise des prix, et enregistrer une augmentation de 17% à 25% d’ici 2019. Le Brésil devrait augmenter sa contribution au commerce mondial de bœuf et ainsi dépasser le tiers des échanges mondiaux de bœuf qu’il réalise actuellement. La Russie devrait quant à elle considérablement réduire ses importations nettes au cours de la prochaine période, en raison d’une production nationale en hausse.

Concernant l’Europe, le déclin de la production de l’Union Européenne étant plus rapide que celui de la consommation, les importations nettes devraient augmenter de manière substantielle, pour quasiment doubler d’ici 2019. Cette hausse de la demande bovine est à mettre en parallèle avec la viande porcine, la volaille et conforte l’idée que les besoins nutritifs à base de produits agricoles vont subir la même tendance.

b. Des catastrophes naturelles à foison

Incendie en Russie, maladie du bétail en Corée, inondation en Australie, canicule en Ukraine, sécheresse en Argentine, tremblement de terre en nouvel Zélande, tsunami et émanations radioactives et finalement marée noire dans le golf du Mexique; la liste est malheureusement non exhaustive et récente. Ces évènements (non prévisibles) ont un effet direct sur l’évolution des surfaces agraires dans le monde, de leur prix d’exploitation et au final le prix de la viande.

Aux Etats-Unis, plus de 60% de la production d’oléagineux et de céréales est destinée aux productions animales. Une maladie épidémique qui réduirait de 10% la production animale, aurait pour conséquence immédiate la perte de plus de 400.000 emplois, un excédent de plus de 18 tonnes en céréales et oléagineux, une baisse de 10% sur les cours mondiaux, et des crises dans les autres pays producteurs.

c. Carburants alternatifs

Avec la hausse du prix du baril, plusieurs voix s’élèvent pour trouver des carburants alternatifs, parmi ceux-là, le bioéthanol (biocarburant destiné aux moteurs à essence) qui est produit à partir de céréales (blé, maïs…) ou de betteraves.

Concrètement, 1 hectare de blé, canne à sucre, betterave produit entre 3000 et 8000 litres en fonction de produit agricole, à cela il faut aussi ajouter le problème de la consommation d’eau. Cette nouvelle donnée pourrait donc aussi être lourde de conséquence en terme de besoin en produits agricoles.

Fort de ces informations sur les besoins de nouvelles cultures, les fermiers vont devoir produire plus et plus rapidement, faisant donc appel en masse à des éléments externes tel que des fertilisants .

La demande pour les fertilisants

Les évolutions de la production agricole nécessaire à nourrir la croissance de la population mondiale passera obligatoirement par une hausse de la consommation d’engrais. Il est donc indispensable d’en analyser les fondements. Selon la définition, la fertilisation est indispensable pour améliorer les rendements. Elle doit être correctement évaluée pour se situer à l’optimum économique. Trois éléments de base constituent les engrais:

L’Azote (qui contribue au développement végétatif de toutes les parties aériennes de la plante) provient dans une large mesure du gaz naturel produit principalement en Russie, aux Etats-Unis et au Canada. Le prix de l’ammoniac (élément intermédiaire à l’azote atmosphérique et aux différents engrais azotes) atteint des sommets notamment à cause de son lien direct avec les prix du gaz (plus de 80%).

Les Phosphates (qui renforcent la résistance des plantes et contribuent au développement des racines) provient de mines de phosphate de calcium situées en grande partie en Chine et au Maroc (deux tiers des réserves naturelles). Les prix du phosphate sont en hausse, favorisés par le renchérissement des produits agricoles, qui demandent une utilisation de plus en plus importante d’engrais. Cependant, l’arrivée de phosphate saoudien d’ici fin 2011 pourrait faire évoluer la donne.

Le Potassium (qui contribue à favoriser la floraison et le développement des fruits) provient de mines de sel de potassium et se trouve en majeure partie au Canada. Les prix de la potasse (qui est transformée en chlorure ou sulfate de potasse), ont été impactés de plein fouet par la forte demande chinois et brésilienne.

Le caractère en grande partie épuisable de ces ressources doit être gardé à l’esprit. En cas de rares nouvelles découvertes (à travers des extractions plus profondes par exemple) il faudra aussi surveiller l’incidence de l’augmentation des coûts de production.

Jusqu’à une période récente, la demande émanait essentiellement des pays industrialisés. Depuis un peu plus de 10 ans environ, elle a manifestement augmenté dans les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine. On observe donc un basculement de la demande des pays industrialisés vers les pays émergents.

La consommation de la Chine et de l’Inde représentent désormais respectivement 31% et 16% de la consommation mondiale d’engrais. En Chine, la progression de la consommation est spectaculaire: elle a été multipliée par deux en vingt ans et a augmenté en moyenne de 8,6% par an entre 1961 et 2008.

Le secteur est confiné à de rares acteurs en fonction de l’élément chimique employé. Dans le cas la Potasse par exemple, 3 compagnies se partagent 50% de la production et de la commercialisation. Pour l’azote, moins de 10 sociétés se partagent 80% des exportations d’ammoniaque, principal produit intermédiaire pour la fabrication d’engrais azotés.

Les prix ayant longtemps été peu élevés, les sociétés productrices avaient arrêté leurs investissements depuis plusieurs années, limitant leur production à la stricte couverture des besoins jusque-là exprimés.

Mais voici que les Chinois, les Indiens, les Brésiliens veulent assurer leur autosuffisance alimentaire et y mettent les moyens. Ils subventionnent notamment l’importation d’engrais.

Face à une demande en forte progression et à une offre en stagnation, les prix s’envolent donc tout naturellement.

Finalement, il ne faut pas mettre de côté 3 aspects non fondamentaux qui ont aussi une influence directe sur les prix : l’aspect spéculatif, l’aspect politique et le prix du fret.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que la hausse des revenus par habitant associé à la croissance démographique dans un certain nombre de pays clés seront les moteurs d’une future demande croissante de viande et donc de produits agricoles au niveau mondial. Si l’on ajoute à cela un brin de spéculation et des ressources qui s’épuisent, le secteur des fertilisants devraient être soutenu pendant un long moment.

John-F. Plassard AVRIL11 Louis Capital Markets Genève

EN LIEN :  Matières Premières : La bulle des terrains agricoles par Robert Shiller

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