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Risque Nucléaire/Japon : Fukushima, à l’échelle de Tchernobyl

Risque Nucléaire/Japon : Fukushima, à l’échelle de Tchernobyl

L’accident a été élevé au niveau maximum des événements nucléaires. Des régions risquent d’être évacuées pour des décennies

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Quel sera l’impact environnemental et sanitaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima?

Deux experts tentent quelques prédictions dans la revue Nature du 7 avril. Des prédictions largement basées sur ce que l’on a appris de l’accident de Tchernobyl en 1986. Il en ressort l’instauration probable et à long terme de zones d’évacuation et de restrictions sur les denrées alimentaires. Sur la santé, par contre, le mystère demeure.

PLUS DE VERITE EN SUIVANT :

«C’est le césium 137 et sa demi-vie de 30,2 ans qui détermineront l’impact à long terme de l’accident sur les terrains et les populations contaminés», affirme Jim Smith, physicien de l’environnement à l’Université de Portsmouth (Angleterre) et auteur de l’ouvrage Chernobyl: Catastrophe and Consequences.

De ce point de vue, les derniers prélèvements font état d’une radioactivité de cet isotope allant de 0,02 à 3,7 mégabecquerels (MBq) par mètre carré pour plusieurs sites éloignés de 25 à 58 km de la centrale de Fukushima et d’environ un MBq/m2 en moyenne dans la zone comprise à l’intérieur d’un rayon de 20 km. Pour rappel, le becquerel est l’unité décrivant l’activité radioactive d’un élément, et correspond à une désintégration par seconde.

«Les implications de ces chiffres sont profondes, dit Jim Smith. S’il s’avère que de grandes portions du territoire sont contaminées à plus de 0,5 MBq/m2, elles devront être évacuées pour de nombreuses années. C’est du moins ce qui a été décidé à Tchernobyl, bien que certains estiment que cette limite pourrait être montée sans danger.»

La contamination de la chaîne alimentaire dépendra, elle, de la nature du sol. Au Japon, il est probable que des restrictions soient mises en place pour des décennies, surtout en ce qui concerne la nourriture d’origine sauvage (champignons, baies ou poissons d’eau douce, etc.).

A l’image de ce qui se passe actuellement en Ukraine, le Japon pourrait engager des liquidateurs pour nettoyer petit à petit les régions contaminées. Le problème est que cela engendre d’énormes coûts tout en produisant des montagnes de déchets radioactifs. De plus, les consommateurs risquent de refuser toute denrée alimentaire venant de la contrée de Fukushima, même si les normes sanitaires sont un jour respectées. «Tchernobyl nous a enseigné que les réponses sociales et psychologiques aux radiations sont d’une importance considérable», rappelle le chercheur.

D’ailleurs, le problème de santé publique le plus important causé par Tchernobyl est, pour l’instant, son impact sur la santé mentale. Il semble en effet que, en Ukraine et en Biélorussie, la peur des radiations a contribué à créer un sentiment de désespoir parmi la population touchée. Cet état d’esprit aurait à son tour entraîné une augmentation de la consommation d’alcool et de tabac dont les méfaits sur la santé, bien connus eux, pourraient avoir excédé ceux des radiations.

Car force est de constater que les scientifiques ignorent tout de l’impact des faibles doses de radioactivité sur la santé, celles précisément qui toucheront les populations locales, nationales, voire mondiales. C’est en tout cas l’avis de David Brenner, du Centre de recherche radiologique de l’Université de Columbia à New York. «Même si la communauté scientifique fait ce qu’elle peut pour estimer ces risques, la réalité est que nous ne savons pas. Les incertitudes associées à nos meilleures estimations sont grandes. Et ne pas connaître les risques signifie que l’on ignore aussi ce qu’est une zone d’évacuation raisonnable, qui il faut évacuer, quand et jusqu’à quand.»

Pour le chercheur, l’explication de tant d’ignorance, même plus de 60 ans après Hiroshima, est courte: mesurer ces effets est une tâche difficile, voire impossible. La conséquence à long terme de l’irradiation la plus inquiétante est le cancer. Mais, comme environ 40% de n’importe quelle population développe de toute façon une telle maladie durant sa vie, détecter une petite augmentation relative de ce taux est impossible. A moins que la population exposée soit importante et que les doses encaissées par chacun soient bien connues.

De ce point de vue, Tchernobyl représente, une fois de plus, une «opportunité» unique. Mais, même 25 ans après, seules quelques études sur des cancers spécifiques – celui de la thyroïde, qui n’est pas très mortel, et la leucémie – ont été menées. Il faudrait faire de même avec les autres tumeurs.

Il n’en reste pas moins que le nombre de cancers provoqués par les radiations (hormis celui de la thyroïde) restera toujours très faible par rapport au nombre total des cancers. Les études cliniques ne suffiront jamais pour les détecter. Selon David Brenner, il faut les combiner avec d’autres approches, dont l’étude des mécanismes biologiques par lesquels la faible radioactivité provoque le cancer. Malheureusement, au cours des dernières années, les progrès dans ce domaine ont été lents et les coupes budgétaires importantes.

Par Anton Vos/Le Temps avril11

EN COMPLEMENT : Révision du potentiel des énergies renouvelables

Par Matthias Fawer et Balazs Magyar Analyse de durabilité, Banque Sarasin & Cie SA

Après Tchernobyl, l’accident du réacteur de Fukushima met à nouveau en évidence les énormes risques liés à l’énergie nucléaire. Un renforcement des mesures de sécurité et une hausse des primes d’assurance responsabilité civile pourraient réduire sensiblement la rentabilité de l’énergie nucléaire à l’avenir, alors que les énergies renouvelables deviennent toujours plus compétitives

 Notre scénario énergétique table sur une fermeture des centrales nucléaires obsolètes et un report des projets nucléaires. Il en résulte un potentiel additionnel de 500 gigawatts pour les énergies renouvelables d’ici à 2020, soit environ 30% d’installations supplémentaires par rapport à nos récentes prévisions concernant le marché du solaire et de l’éolien.

PLUS DENERGIE RENOUVELABLE EN SUIVANT :

Vingt-cinq ans après l’explosion du réacteur de Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima relance le débat sur les dangers de l’énergie nucléaire. A l’époque déjà, la construction de centrales avait été abruptement suspendue; c’est pourquoi l’âge moyen des centrales atomiques des pays occidentaux est relativement élevé et se situe vers 30 ans. . Agées de 36 ans en moyenne, les centrales nucléaires de la Suisse sont clairement les plus anciennes et notre pays se classe juste après la France en termes de dépendance du nucléaire, avec une part de 40% d’énergie atomique. Globalement, la part du nucléaire à la production totale d’électricité dans le monde atteignait 13,5% en 2009.

Alors qu’on pouvait encore arguer qu’il s’agissait de réacteurs obsolètes de technologie soviétique après la catastrophe de Tchernobyl, tel n’est pas le cas à Fukushima. Un réacteur du même type est notamment exploité à Mühleberg, en Suisse. La décision politique de soumettre tous les réacteurs en service à un contrôle de sécurité approfondi contraindra assurément les producteurs d’énergie nucléaire à améliorer sensiblement la technologie de leurs réacteurs, voire à mettre certains d’entre eux hors service. Avec le durcissement des prescriptions sur la construction de centrales nucléaires et l’introduction de normes de sécurité plus sévères, la réalisation de nouvelles centrales traîne en longueur, ce qui a naturellement un impact sur les coûts. Le coût de la construction de la centrale Olkiluoto en Finlande, commencée il y a six ans, va ainsi grimper à près de 6 milliards d’euros, ce qui renchérira de presque 50% le prix du kilowatt/heure, alors qu’il avait initialement été estimé à 3 milliards d’euros.

La catastrophe survenue au Japon montre une fois de plus le coût effectif de l’énergie nucléaire. Le secteur de l’assurance a toujours refusé d’assurer les centrales nucléaires, car la prise de tels risques ne serait pas justifiable. La prime d’assurance n’est d’ailleurs pas calculable avec les modèles courants. L’énergie nucléaire serait en effet nettement moins concurrentielle si le législateur obligeait les centrales atomiques à prendre entièrement en charge l’assurance responsabilité civile. A la Banque Sarasin, l’énergie nucléaire est exclue des portefeuilles gérés selon une stratégie durable depuis que la banque a développé le concept de l’investissement durable, il y a vingt ans.

Jusqu’ici, les exploitants de centrales nucléaires ne pouvaient se financer que grâce à une garantie indirecte de l’Etat. A l’avenir, les bailleurs de fonds exigeront des primes de risque très élevées pour investir dans un projet de centrale nucléaire. L’ensemble des coûts liés à la production d’énergie atomique devra désormais être assumé par les producteurs. Au risque d’une panne de réacteur s’ajoutent les coûts de démantèlement de la centrale et d’évacuation des déchets nucléaires, qui ne doivent pas être sous-estimés.

Compte tenu de ces frais supplémentaires, la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire doit être remise en question non seulement pour des motifs politiques, techniques et idéologiques, mais aussi pour des raisons de compétitivité. Les coûts engendrés par la transformation de l’énergie nucléaire en électricité pourraient donc aisément être multipliés par trois.

Ces dix dernières années, les énergies renouvelables ont réalisé une performance impressionnante: le marché mondial du photovoltaïque a enregistré une croissance annuelle moyenne de 53%, passant de 200 à 15 000 mégawatts (MW) de capacités installées entre 2000 et la fin 2010. Durant cette période, les capacités éoliennes installées chaque année sont passées de 4500 MW à 38 400 MW, ce qui correspond à une croissance moyenne de 24% par an. Simultanément, les frais d’installation ont fortement diminué. Le coût du photovoltaïque souvent jugé trop élevé a notamment été réduit de plus de moitié et toutes les technologies renouvelables ont connu la même tendance positive.

Le changement climatique, l’indépendance énergétique, la création de valeur ajoutée au plan national, l’épuisement des ressources fossiles et maintenant aussi la crise nucléaire sont autant de facteurs contribuant à accélérer le tournant vers les énergies renouvelables. Les pressions sociales en faveur d’une amélioration des conditions-cadres pour un approvisionnement électrique propre et sûr n’ont jamais été aussi fortes.

Avec un scénario prévoyant l’arrêt graduel de toutes les centrales nucléaires âgées de 30 ans ou plus ainsi qu’un report de la construction de nouvelles centrales, un potentiel additionnel de 500 gigawatts jusqu’en 2020 s’ouvre pour les énergies renouvelables. Cela signifie que le nombre d’installations solaires et éoliennes construites ces prochaines années pourrait être supérieur de 30% aux prévisions récemment formulées pour ces marchés.

source le temps/avril11

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