Europe

Dette grecque: l’idée qui dérange Par Beat Kappeler

Dette grecque: l’idée qui dérange Par Beat Kappeler

Un plan machiavélique pourrait sauver les pays du sud de l’euro: il faudrait «inflationner» l’économie allemande

 Car la vraie raison du désarroi de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne est leur manque de productivité par rapport aux prix et salaires. Ceux-ci ont tellement augmenté qu’il a fallu imposer des programmes d’assainissement visant à abaisser leurs coûts. Mais on pourrait prendre le problème par l’autre bout. Si l’Allemagne subissait une hausse de ses propres prix et salaires, la différence avec les économies du sud se résorberait aussi.

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L’idée est présente dans les têtes de certains spécialistes monétaires, non comme programme mais éventualité. On peut y déceler un dessin sournois et ferme néanmoins. La Banque centrale européenne (BCE) ne peut en effet fixer qu’un seul taux d’intérêt pour tout l’espace de l’euro. En ce moment, elle pratique des taux extrêmement bas pour soutenir le sud et les banques. Pour l’Allemagne en plein boom, des taux bien plus élevés seraient nécessaires afin de freiner, par exemple, la hausse immobilière. Déjà l’inflation allemande est de 2,6%, bien au-delà des 2% que la BCE juge, en principe, acceptables. Or, elle n’agit pas. Au contraire, avec le futur président Mario Draghi, chef de la Banque d’Italie, elle passe sous le contrôle du sud. C’est du moins ce que la thèse du complot pourrait justifier.

Cette idée se heurte aux circonstances. Pour l’heure, la hausse des prix est sensible aussi dans les pays du sud. Jusqu’ici, les syndicats allemands font preuve d’une discipline et d’une retenue certaine. Et on peut douter que les autres instances du pays se laisseraient bousculer par une spirale inflationniste, qui devrait être importante pour arriver à ses buts.

Mais alors que faire? De telles rumeurs naissent parce qu’une voie de secours évidente demeure encore et toujours interdite par les responsables de l’Union européenne et par la BCE elle-même. C’est la banqueroute de la Grèce, et plus tard du Portugal. Pourquoi ne peut-on pas admettre que le jeu est fini, sachant que la Grèce doit payer 25% d’intérêt sur son dernier emprunt, cette semaine! La dette est devenue insupportable, par deux mouvements opposés. D’une part, le déficit courant reste à plus de 10% du produit intérieur, au-delà de ce que la Grèce avait affirmé. De fait, le produit intérieur grec aura baissé, entre 2010 et 2012, de 10% ou plus, ce qui augmente la dette en comparaison. Elle se montera à 150% du produit intérieur. Si, à partir de maintenant, elle doit être renouvelée à des taux d’intérêt de 25%, la Grèce entre dans une spirale fiscale infernale.

La voix de la raison émane, une fois de plus, des responsables du plus grand fonds d’investissement de la terre, Pimco. On lui conseille de «restructurer» sa dette immédiatement. Elle pourrait ainsi différer éventuellement les dates butoirs de ses titres de 20 ou 30 ans, sans beaucoup abaisser leur valeur nominale. Ainsi les banques ne perdraient pas beaucoup, du moins selon les normes comptables. Mais plus on attend, plus il faudra rabattre la valeur des titres, et plus grand sera le choc pour le système bancaire. Et pour la BCE. Car depuis son soutien démesuré par l’achat de titres grecs et par ses énormes dépôts dans les banques grecques, elle sera la première perdante d’une faillite plus importante. Son capital propre sera mangé. Voilà qui explique l’entêtement de la BCE à ne pas bouger. Mais plus tard, elle sera bousculée, cruellement.

On cherche une troisième issue, à savoir des paquets de soutien garantis par les pays du nord de l’euro. Combien de temps leurs partis politiques resteront-ils consentants? La Finlande bouge, la Slovaquie boudait le premier paquet grec, et en Allemagne on parle ouvertement de la fin du gouvernement Merkel si les libéraux s’associent à l’opposition. Le parti social-démocrate n’avait pas voté le paquet grec, à l’époque.

source le temps avril11

Chers techniciens monétaires à la BCE, ces jacqueries vous concernent

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