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Affaire Strauss Kahn : DSK, l’affaire qui bouleverse la campagne présidentielle française

DSK, l’affaire qui bouleverse la campagne présidentielle française

Le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, est inculpé pour agression sexuelle et tentative de viol. Arrêté à New York, il a passé la journée de dimanche en garde à vue à Harlem. Il nie les faits et plaidera non coupable

Un directeur général du FMI se promène rarement sans son téléphone portable. Dominique Strauss-Kahn, pourtant, l’avait oublié samedi dans sa chambre d’hôtel, aux côtés d’autres «effets personnels». Le signe, semble-t-il, que l’homme était parti toutes affaires cessantes. La preuve, ont conclu certains, qu’il avait sans doute quelque chose à se reprocher.

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 Les deux hommes en civil qui sont venus le chercher dans son avion à l’aéroport Kennedy (l’homme n’a pas besoin de réserver son billet à l’avance en 1re classe, une place lui est garantie) ne venaient pas lui ramener son portable. Strauss-Kahn a joué la surprise: «De quoi s’agit-il?» Mais il a suivi les agents de la Port Authority de New York qui avaient été alertés par leurs collègues de la police. Dimanche soir, il était toujours en garde à vue dans un commissariat au centre du quartier de Harlem, inculpé pour «acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration illégale». 

Dominique Strauss-Kahn et ses avocats nient tout en bloc. Le Fonds monétaire international ne répond pas. L’ambassade de France ne fait aucun commentaire. Il ne reste donc que la version de la victime présumée. Selon des informations non confirmées, elle serait d’origine afro-américaine, aurait 32 ans, s’appellerait Ophelia, et travaillait depuis trois ans comme femme de chambre à l’hôtel Sofitel, à la 44e Rue, en plein cœur de Manhattan. 

Si son identité reste secrète, la version de l’employée est déjà connue de tous: un Strauss-Kahn qui l’aurait accueillie entièrement nu tandis qu’elle venait faire la suite 2806, la plus luxueuse de ce palace qui n’en manque pas. Les deux personnes s’étaient-elles déjà rencontrées par le passé? Le socialiste français l’aurait jetée sur le lit, l’aurait ensuite poursuivie dans la salle de bains, aurait fermé la porte à clé avant que la femme de chambre puisse se dégager et alerte ses collègues. Le temps que la police intervienne, Strauss-Kahn avait quitté l’hôtel en direction de l’aéroport. 

La presse populaire américaine, la première, a fait sauter la présomption d’innocence qui devrait être attachée au prévenu. De ce côté de l’Atlantique aussi, les épisodes passés de la vie de Strauss-Kahn, son aventure avec une de ses subordonnées au siège du FMI à Washington, son insistance à se rapprocher plus que nécessaire des jolies journalistes, avaient été largement commentés ces derniers temps: «Le pervers», titrait en une le New York Daily News qui, comme certains de ses confrères ajoutait des détails sexuels de l’épisode qui n’ont pas été confirmés par d’autres sources

A Harlem, le juge chargé du dossier devait se prononcer dimanche sur une éventuelle incarcération ou sur une remise en liberté après le versement d’une lourde caution. C’était hier l’hypothèse la plus vraisemblable, alors que sa comparution se prolongeait durant plusieurs heures. Selon son avocat new-yorkais, Benjamin Brafman, son client devrait plaider non coupable. Une décision qui, étant donné les particularités du système juridique américain, pourrait se révéler périlleuse: alors qu’un aveu, même partiel, peut ouvrir une procédure de «marchandage» avec la justice en vue de réduire la peine, un déni en bloc déboucherait sans doute sur un procès après la constitution d’un jury. En théorie du moins, le candidat socialiste pressenti aux élections présidentielles français risquerait ainsi jusqu’à 26 ans de prison s’il venait à être reconnu coupable de tous les chefs d’accusation. 

Tandis qu’en France fleurissaient les théories d’un «coup monté», voyant s’activer les adversaires politiques de Strauss-Kahn, ou la Grèce soumise à un plan d’austérité par le FMI, ou encore la femme de chambre, personne n’évoquait aux Etats-Unis ce type de complot. La réputation de l’employée de l’hôtel était sans failles, expliquaient les dirigeants de la chaîne en se refusant à toute autre déclaration. Une femme de chambre qui savait se faire transparente dans le luxe apparent de cet établissement situé à un jet de pierre de Times Square, où se succèdent les personnages influents.

Les équipes de policiers ont passé au peigne fin la suite où était arrivé Strauss-Kahn la veille et qui comprenait une salle de conférences, un foyer, un salon, une salle de bains et une chambre à coucher, et dont le prix a été dévoilé par la police: 3000 dollars la nuit. Faute d’éventuelles preuves ADN, ce sera la parole de la femme de chambre contre celle de l’un des hommes les plus puissants de la planète.

Dominique Strauss-Kahn avait-il réservé son vol à l’avance? Que faisait-il à New York tandis qu’il avait rendez-vous le lendemain à Berlin avec la chancelière allemande Angela Merkel? Etait-il sujet à des «pulsions» incontrôlables, comme l’évoquent de plus en plus ouvertement les journaux français qui avaient gardé un silence précautionneux sur la question? Autant d’interrogations auxquelles devra répondre le juge new-yorkais.

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L’inculpation qui redistribue toutes les cartes Par Catherine Dubouloz Paris

Le Parti socialiste, choqué, se prépare à devoir faire sans son champion. La droite est empruntée pour exploiter l’affaire privée qui affaiblit le patron du FMI. Le Front national est le seul parti à se lâcher

A un an de l’élection présidentielle en France, les cartes politiques sont entièrement rebattues. L’inculpation de Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol, agression sexuelle et séquestration va probablement mettre un terme aux ambitions présidentielles de celui qui était jusqu’alors le grand favori des sondages. Depuis son séjour à Paris, à Pâques, sa ­candidature aux primaires du Parti socialiste était même devenue un secret de Polichinelle.

Mais la semaine dernière aura marqué le début de la fin, puis la chute du favori. DSK a d’abord été attaqué sur le terrain de l’argent, de son train de vie et ses goûts de luxe. Une photo de lui et de son épouse, la journaliste Anne Sinclair, s’engouffrant dans la Porsche de l’un de leurs amis a alimenté le buzz médiatique. «La Porsche tranquille», «La gauche bobolide»: cette maladresse a fait le miel des éditorialistes et attisé la critique au sein même du PS. S’en est suivie, en fin de semaine, une polémique sur les élégants costumes du patron du FMI, qui seraient, selon France Soir, taillés sur mesure pour un coût allant jusqu’à 35 000 dollars – une information contestée par le socialiste qui a déposé plainte contre le journal.

Mais cela n’est rien en comparaison des événements du week-end, qui sont d’une tout autre gravité et bouleversent l’échiquier politique. A l’annonce de la nouvelle, dimanche matin, la classe politique est d’abord restée sous le choc, incrédule, abasourdie, sidérée. S’agirait-il d’une machination, d’un complot, d’un piège tendu à cet homme puissant qui côtoie les plus grands de la planète et paraissait promis au plus haut destin national? Comment un dirigeant de cette trempe pourrait-il se laisser emporter par ses pulsions au risque de tout perdre? La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a résumé le sentiment général en parlant d’un «coup de tonnerre», en se disant «totalement stupéfaite», en appelant à la prudence ainsi qu’au respect de la présomption d’innocence. Les amis de l’économiste en France protègent leur champion, ne pouvant croire ce qu’ils entendent.

La réputation de séducteur de DSK, son incartade au FMI avec Piroska Nagy, font aussi pencher la balance en sa défaveur: aurait-il dérapé et perdu le contrôle? Ces frasques passées donnent du grain à moudre à ses adversaires. Parmi les réactions immédiates les plus critiques, celle de Marine Le Pen, pour qui le socialiste est «définitivement discrédité comme candidat à la plus haute fonction de l’Etat»: «Les faits qui sont reprochés à Dominique Strauss-Kahn, s’ils sont avérés, sont d’une très grande gravité.» Elle ajoute sans préciser davantage: «Il n’est pas impossible que des paroles se libèrent. Tout Paris, le Paris journalistique, le Paris politique, bruisse depuis des mois des rapports légèrement pathologiques que M. Strauss-Kahn semble entretenir à l’égard des femmes.»

Du côté de la droite, qui s’inquiétait de la popularité de l’ancien maire de Sarcelles, le député haut-savoyard Lionel Tardy a été l’un des premiers à dégainer sur Twitter, estimant que le socialiste est «mort» politiquement. Un avis que partage Dominique Paillé, conseiller spécial de Jean-Louis Borloo au Parti radical: «Cette affaire interdit à Dominique Strauss-Kahn d’être candidat à la primaire socialiste.»

«Nul n’est irremplaçable»

Le PS, qui possédait un candidat fort pour la présidentielle, se retrouve en tout cas dans une situation nouvelle, à six semaines de l’ouverture des candidatures aux primaires. «Personne n’est irremplaçable», juge ainsi Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand. La chute de DSK, si elle est avérée, donnera du poids à deux autres papables, François Hollande, l’ancien premier secrétaire, qui s’est déjà déclaré officiellement et sillonne la France pour sa campagne; celle de Martine Aubry, liée par un pacte de non-agression avec le patron du FMI, par lequel l’un ne se présenterait pas contre l’autre. D’autres personnalités, comme Ségolène Royal, Arnaud Montebourg ou Manuel Valls, qui faisaient jusque-là figure d’outsider, pourraient aussi voir leur position évoluer.

A droite aussi, la donne politique va évoluer. Nicolas Sarkozy et son camp s’inquiétaient de la popularité de l’économiste. L’une des craintes était le ralliement possible d’une partie du centre à une candidature Strauss-Kahn. Si le patron du FMI est «absent du jeu, cela libère un nouvel espace pour le centre», clame Dominique Paillé. Sans compter l’espace donné au Front national sur la thématique du discrédit jeté sur la classe politique – le «tous pourris».

Au-delà de la présidentielle, plusieurs personnalités s’inquiètent des répercussions de l’affaire pour l’image de la France. «Lorsque l’on entend les faits, c’est tellement humiliant pour le FMI et la France, assène le député UMP Bernard Debré. On parle de tentative de viol, de séquestration, de fuite. C’est inimaginable, c’est une honte.»

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Anne Sinclair n’y croit pas Par Joelle Meskens PARIS

L’épouse de DSK vole au secours de son mari. Encore une fois

«Je ne crois pas une seule seconde à tout ça», a réagi Anne Sinclair, l’épouse de DSK. En 2008, elle avait déjà volé au secours de son mari lors de l’affaire Nagy, du nom de cette économiste hongroise avec laquelle le patron du FMI avait eu une liaison. «Pour ma part, cette aventure d’un soir est derrière nous. Nous nous aimons comme au premier jour», avait-elle écrit sur son blog. Une stratégie qui rappelait celle d’Hillary Clinton au moment de l’affaire Monica Lewinsky, en 1998: protéger à tout prix son mari et sa carrière. Anne Sinclair est connue pour avoir poussé DSK vers l’Elysée. Le couple s’est marié en 1991. Il s’était rencontré lors du tournage d’une émission, Questions à domicile, sur TF1. DSK était alors député. L’ancienne présentatrice de Sept sur Sept avait dû mettre sa carrière journalistique entre parenthèses. Après un passage à la tête de la filiale internet de TF1, elle avait été remerciée. Depuis, elle accompagnait partout son mari. DSK et Anne Sinclair, qui ont six enfants à eux deux, donnaient l’image d’une famille recomposée et unie, réunissant leur «tribu» dans leurs résidences à Washington, à Paris ou à Marrakech.

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Un incroyable désastre Par François Modoux

Le mal est fait, même s’il faut respecter la présomption d’innoncence de l’accusé DSK. Sans doute que le socialiste ne se relèvera pas de cette nouvelle affaire. Le coup est rude aussi pour la France dès lors que l’arrestation du socialiste donne des munitions au Front national pour discréditer «les politiques», sans distinction

Est-ce la fin des ambitions présidentielles de Dominique Strauss-Kahn? Sans doute. Sauf à être totalement blanchi très vite par le juge chargé de l’enquête à Manhattan, on voit mal que le socialiste français survive, politiquement, à son arrestation à New York pour une affaire de mœurs.

Un dénouement judiciaire rapide est peu probable. Les accusations sont très lourdes. Si tentative de viol il y a eu, c’est un délit plus grave que les sorties avec des prostituées reprochées à Silvio Berlusconi. La quête de la vérité judiciaire sera complexe.

Lors de son arrestation, DSK n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur. Il faut espérer que tous ses droits, à commencer par la présomption d’innocence, seront préservés au cours d’une procédure équitable. Mais il en va de même pour les droits de la victime si sa plainte n’est pas le fruit de son affabulation.

A ce stade, force est de constater que cet épisode renvoie au rapport délicat d’un politicien, auréolé de succès, avec les femmes. Des témoignages accablants existent. Il y a eu le précédent avec une économiste du FMI, épisode qui s’est conclu sur le versement de généreuses indemnités à la subordonnée de DSK, ce qui a jeté une ombre sur la thèse initiale d’une banale relation extraconjugale.

L’hypothèse du piège ou du complot politique tendu pour briser la trajectoire du socialiste français ne peut être écartée. Mais si le DSK libertin est victime d’un coup monté, il reste à se demander ce que vaut, d’un point de vue éthique, un individu dont la réputation rend cet éventuel coup monté crédible. Et s’il est tombé dans un piège, qu’un homme aussi intelligent puisse se laisser entraîner dans le précipice renvoie à une fragilité de sa personnalité difficilement compatible avec son ambition d’accéder à la présidence de la République.

Ce qui se joue à Manhattan n’est pas seulement désastreux pour Dominique Strauss-Kahn et le Parti socialiste. La France encaisse un sale coup. Cette affaire donnera au Front national de Marine Le Pen de nouvelles cartouches pour tirer à vue contre «les politiques», accusés sans distinction de baigner dans une atmosphère scandaleuse, mélange d’arrogance, d’insouciance et de cynisme.

A qui profitera ce mauvais coup de théâtre? Difficile de le dire aujourd’hui. La course à la présidentielle est plus ouverte que jamais. Tant mieux si, par ricochet, l’exigence de «propreté», d’honnêteté, de rigueur morale devait gagner en importance aux yeux des Français.

source le temps mai11

EN LIENS :

L’omerta sur la sexualité des politiques en France a couvert les dérapages de «DSK»

L’affaire Strauss-Kahn en Une des grands journaux américains

2 réponses »

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