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Affaire Strauss-Kahn : Toute affaire cessante au FMI l’ère post-DSK a déjà commencé

Toute affaire cessante  au FMI l’ère post-DSK a déjà commencé

(AFP)

 L’Allemagne en ouvrant les hostilités dans la bataille à la succession a bel et bien enterré l’actuel chef du FMI.

La succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) n’est pas encore officiellement ouverte que déjà l’Allemagne a fait valoir lundi la prérogative de l’Europe de conserver ce poste stratégique. «Dans cette phase, il y a de bonnes raisons pour dire que l’Europe a de bons candidats», a ainsi déclaré la chancelière Angela Merkel alors que le directeur général français du FMI, inculpé pour agression sexuelle, attendait d’être présenté à un juge new-yorkais.La chancelière a beau assurer qu’il est «important de ne pas prononcer des accusations» et son porte-parole juger que «toute discussion sur un successeur est hors de propos», l’Allemagne, en ouvrant les hostilités dans la bataille à la succession, a bel et bien enterré l’actuel chef du FMI.

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L’argument allemand: la crise de la dette qui agite l’Europe depuis maintenant un an accapare tant le FMI, co-architecte et co-financier des aides mises en place pour les pays en difficulté, qu’il serait logique qu’un Européen poursuive la tâche.

L’Allemagne, première économie européenne, est le plus gros contributeur aux aides accordées à la Grèce, l’Irlande et au Portugal. Face à une opinion publique très réticente, Berlin a tout intérêt à ce que la crise soit jugulée le plus rapidement possible. Et considère que «dans la situation actuelle», c’est un Européen qui s’en acquitterait le mieux. La Belgique lui a emboîté le pas, son ministre des Finances Didier Reynders estimant à son tour «préférable que l’Europe continue à occuper ce poste.» «L’Europe doit continuer à diriger le FMI et de préférence avec quelqu’un qui assure un mandat complet»,  Il a donné deux raisons: l’Europe est le premier actionnaire de l’institution et il faut respecter la tradition selon laquelle un Américain occupe le poste de directeur de la Banque mondiale et un Européen celui du FMI.

Wolfgang Münchau, chroniqueur en vue du Financial Times, ne pense pas autre chose. «Je ne soutiens pas l’idée que les fonctions de directeur du FMI doivent absolument revenir à un Européen, mais dans les circonstances actuelles, un Européen serait le plus indiqué pour cette tâche», écrit-il dans l’édition en ligne de lundi. Dans son édition papier d’hier, le FT mentionne notamment les noms de Kemal Dervis, ancien ministre turc des Finances, Stanley Fisher, gouverneur de la Banque centrale israélienne, Trevor Manuel, ancien ministre sud-africain des Finances, le Mexicain Angel Gurria, l’actuel directeur de l’OCDE, le Japonais Haruhiko Kuroda, directeur de la Banque asiatique de développement, et enfin l’Indien Montek Singh Ahluwalia, vice-président de la Planning Commission of India.

Depuis sa création en 1944, le FMI a toujours été dirigé par un Européen, la présidence de la Banque mondiale revenant à un Américain. Mais cette répartition est de plus en plus contestée dans les pays émergents, dont l’importance pour l’économie mondiale n’a cessé de croître.

«A l’heure actuelle ce ne sont pas les économies les plus dynamiques qui sont aux manettes», fait remarquer Sylvain Broyer, économiste de Natixis, «ce serait bien maintenant de tendre la main aux émergents».

Sous la présidence de M. Strauss-Kahn, le FMI a d’ailleurs entrepris de se réformer, vers une plus grande représentativité des pays émergents. Mais de là à leur confier la direction, le pas est de taille et l’Allemagne n’est manifestement pas disposée à le franchir.

Berlin cherche-t-il déjà à placer un candidat?

Le député libéral Frank Schäffler s’est empressé de souffler à l’édition internet du magazine Der Spiegel le nom de l’ancien président de la banque centrale allemande Axel Weber. Le site internet lui-même spécule sur les chances de l’ancien ministre des Finances Peer Steinbrück, et sur celle de la ministre française de l’Economie Christine Lagarde.

L’Allemagne «a eu un chef du FMI il n’y a pas si longtemps», Horst Köhler (2000-2004), «elle n’a donc pas les meilleures cartes pour remporter ce poste», juge M. Broyer.

Rien ne dit d’ailleurs que M. Weber, qui a décliné la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) alors qu’elle lui semblait promise, serait tenté par la direction du FMI. Et l’Allemagne semble manquer de candidats pour des postes de haut niveau, comme l’a montré son incapacité à présenter un autre prétendant que l’ancien chef de la Bundesbank pour la BCE.

Celle-ci devrait revenir à l’Italien Mario Draghi, qui s’est empressé de faire savoir lundi qu’il n’avait aucune intention de partir à Washington plutôt qu’à Francfort.

Il y a quelques semaines, la presse allemande prêtait à Mme Merkel l’intention de barrer la route de la BCE à M. Draghi en le poussant vers la direction du FMI.

Directeur intérimaire

Du côté du FMI, c’est motus et bouche cousue. Dimanche soir, un bref communiqué a indiqué que DSK avait été arrêté à New York, qu’il n’y aurait pas de commentaire, mais que l’institution était totalement opérationnelle.

Prenant les affaires en main, les 24 directeurs ont d’abord fixé une réunion urgente dimanche soir pour décider d’une stratégie à suivre, avant de la renvoyer. Un conseil d’administration a été convoqué lundi après-midi à New York. En attendant, John Lipsky, le numéro deux, a été nommé directeur général par intérim. Cet Américain occupe la fonction d’adjoint depuis septembre 2006. Il a annoncé jeudi dernier son intention de ne pas renouveler son mandat qui expire en août. DSK l’a convaincu de garder un rôle de conseiller, au moins jusqu’au sommet du G20 qui doit avoir lieu en novembre en France.John Lipsky connaît bien le FMI, ainsi que le monde de la finance pour y avoir travaillé durant de nombreuses années(JP MORGAN). C’est lui qui est considéré comme le principal architecte des plans de sauvetage pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

source agefi+le temps mai11

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L’accord sur le plan de sauvetage portugais cache mal les inquiétudes. Dominique Strauss-Kahn jouait un rôle d’arbitre

Il s’était assigné un objectif: redire aux Européens qu’ils doivent avoir confiance. Mercredi matin à Bruxelles, Dominique Strauss-Kahn devait prononcer, juste après le président de la Commission José Manuel Barroso, le discours d’ouverture d’un forum organisé par l’exécutif communautaire. L’occasion parfaite de serrer les rangs, après l’accord survenu ce lundi entre les ministres des Finances de la zone euro, sur l’octroi d’un plan de sauvetage de 78 milliards au Portugal, dont 26 milliards prêtés par le FMI, et la confirmation qu’une rallonge pourrait être accordée à la Grèce. «Nous nous attendions à un discours de combat», raconte un fonctionnaire européen. Autour d’un leitmotiv: l’Europe a les moyens de faire face à ses difficultés, et le Fonds monétaire international croit les pays vulnérables capables de s’en sortir rapidement.

Le discours, déjà écrit, demeurera, dans la bouche de sa remplaçante envoyée à Bruxelles, Nemat Shafik. Mais, malgré les communiqués officiels et les déclarations rassurantes des grands argentiers européens sur la «continuité du FMI», l’inquiétude commence à poindre à Bruxelles. Le Conseil Ecofin, qui réunit les ministres des Finances de l’UE ce mardi matin, a besoin d’être rassuré. L’insistance de l’Allemagne sur une conditionnalité toujours plus stricte, les rumeurs toujours non dissipées d’une restructuration de la dette grecque, les demandes de la Finlande sur un renforcement des garanties prises par le mécanisme européen de secours qui verra le jour en 2013 s’accommoderont mal, à coup sûr, d’un départ de DSK.

«Strauss-Kahn était un négociateur crédible, juge un diplomate. Or c’est justement ce dont l’Europe manque le plus ces temps-ci.» Lundi, alors qu’ils ont approuvé sans surprise le plan d’aide au Portugal négocié par les experts de l’UE et ceux du FMI, les ministres de l’Eurozone ont fait leurs comptes. L’idée d’un rééchelonnement de la dette grecque, y compris pour ses créanciers privés, est sur la table et pourrait prendre forme d’ici à leur prochaine rencontre le 15 juin. Or c’est en partie DSK qui, comme patron du FMI, jouait le rôle d’arbitre entre les partisans d’une restructuration «dure» et les dirigeants européens peu pressés de voir Athènes recommencer à se financer sur les marchés.

Proche du président de l’Eurogroupe Jean Claude Juncker et du président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, (dont le remplacement à l’automne par l’italien Mario Draghi a été acté), capable comme eux de faire le lien entre l’Allemagne et les pays débiteurs, Dominique Strauss-Kahn défendait un rééchelonnement et devait, lundi, plaider contre une «thérapie de choc» pour Athènes: «Il s’y était engagé auprès de Georges Papaconstantinou, ministre grec des Finances», complète une source bruxelloise alors que les négociateurs de l’UE et du FMI sont ces jours à Athènes.

Difficile donc de nier l’impact d’un départ de DSK. Surtout à la veille du sommet du G8 de Deauville, les 26 et 27 mai, où une bonne partie des délibérations porteront à nouveau sur la guerre des changes. Le patron du FMI, par conviction mais aussi compte tenu de ses ambitions politiques en France, insistait sur la nécessité d’un effort «global» pour relancer l’économie mondiale. Il évitait de pointer du doigt les dysfonctionnements des pays les moins compétitifs. Il avait approuvé le calendrier de retour à l’équilibre budgétaire d’ici à 2013, que les autorités de Lisbonne se sont engagées à tenir. Il réitérait à chaque fois sa confiance dans la reprise en Espagne. Il bénéficiait enfin, via son appartenance à des cercles européens influents, de liens directs avec les grands banquiers du continent.

DSK, pour l’Eurozone, jouait en somme le rôle indispensable dans cette phase de convulsion engendrée par la crise financière de 2008: celui d’amortisseur international.

Par Richard Werly Bruxelles le temps mai11

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