Cycle Economique et Financier

Trappe à Dettes : Après son passage à vide, l’économie espagnole ne s’est toujours pas redressée

Trappe à Dettes : Après son passage à vide, l’économie espagnole ne s’est toujours pas redressée

Les experts de Merrill Lynch on fait le calcul. Selon eux, si seule la Grèce restructure ses emprunts, les pertes seront «limitées à 63 milliards de dollars». Si l’Irlande et le Portugal suivent, les pertes atteindraient 253 milliards, les établissements allemands en supportant la plus large part. Enfin, si l’Espagne basculait, le total des pertes bancaires atteindrait 543 milliards, dont «plus de 100 milliards pour les établissements de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni». Voilà de quoi frémir…

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La reprise conjoncturelle espagnole s’avère insuffisante pour remettre le pays sur les rails. La pression à la hausse sur les taux d’intérêt n’arrange rien. Chômage à un niveau record

Si l’économie espagnole n’est toujours pas sortie du tunnel, elle ne devrait toutefois pas se muer en tragédie grecque ou portugaise. «Pour le moment du moins, le pays n’est plus dans le collimateur des agences de notation et des marchés. A un moment donné, l’Espagne était considérée comme le prochain domino susceptible de tomber», analyse Alexandra Estiot, économiste auprès de BNP Paribas, dans une récente étude.

Maigre consolation toutefois pour les socialistes au pouvoir qui ont subi dimanche une lourde défaite aux élections municipales en raison des mesures d’austérité engagées, conséquence d’une situation économique cacochyme. Plongée depuis fin 2008 dans une profonde crise conjoncturelle marquée par une période de récession et une envolée du chômage à plus de 20% de la population (taux le plus élevé de la zone euro), l’Espagne est restée dans le rouge en 2010 (PIB en repli de 0,1%). Ce qui faisait suite à un recul de 3,7% l’année précédente. Au premier trimestre de cette année, elle a affiché un petit plus de 0,3%.

«Certes, en termes de PIB réel, l’Espagne a vécu une crise comparable à celle constatée dans les autres économies avancées, mais elle a entraîné une augmentation beaucoup plus marquée du chômage et une détérioration plus prononcée des finances publiques», détaille José Fernando Martins Da Silva, responsable du département direction politique d’investissement de la BCV. S’est ensuivie une forte dégradation, le déficit budgétaire de Madrid étant passé de 4,2% en 2008 à 11,1% l’année suivante. Après une légère amélioration en 2010 (9,3%), le comblement du déficit devrait se poursuivre, avec un objectif fixé à 5,5% pour 2012. Pas de quoi se réjouir trop vite puisque, l’an passé, le niveau était proche de celui de la Grèce (–9%), même si le niveau d’endettement espagnol est moins anxiogène.

De plus, «les effets de la crise mondiale ont été aggravés par une expansion insoutenable de la demande intérieure, sous l’impulsion de l’investissement en logements et de l’investissement des entreprises, aboutissant à un endettement croissant du secteur privé», tance vertement l’OCDE, dans sa dernière étude sur le pays.

L’Espagne déchante d’autant plus cruellement qu’elle connaissait auparavant une croissance de près de 4% par an. Le taux de chômage était redescendu à 8,5%, après avoir frôlé les 20% au début des années 90. En parallèle, l’Etat dégageait même des excédents budgétaires. De quoi aiguiser bien des appétits: les autorités n’hésitaient pas à pronostiquer que l’Espagne allait bientôt rejoindre l’Italie comme économie de référence en Méditerranée. On le sait désormais, ce vœu tenait davantage de la fable de la grenouille et du bœuf que de la réalité. Avec une conjoncture ultra-focalisée sur l’immobilier et le tourisme, l’accroissement de ses revenus n’a pas trouvé sur le plan macroéconomique de quoi être absorbé. Et la bulle immobilière a fini par exploser. Avec comme conséquence que 45% des jeunes de moins de 30 ans sont aujourd’hui au chômage. C’est plus que le double de la moyenne européenne.

Quelle est la capacité de rebond à court terme du pays?

Il faudra encore patienter. Car l’Espagne aura notamment besoin de refinancer 107 milliards d’euros de sa dette cette année (21% du total), sans compter le déficit budgétaire qui devra également être financé. «Ce qui accroît la pression à la hausse des taux d’intérêt et compromet les perspectives de reprise économique», écrit Tony Moré, spécialiste de l’Espagne auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). En parallèle, le pays devra aussi améliorer sa productivité et ainsi regagner en compétitivité, d’après José Fernando Martins Da Silva. «Cela prendra plusieurs années», met-il en garde.

Par Bastien Buss /le temps mai11

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