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Relire Rousseau… avec l’œil critique Par Beat Kappeler

Relire Rousseau… avec l’œil critique Par Beat Kappeler

 

Le «noble sauvage» de l’illustre philosophe des Lumières inspire encore nombre de tiers-mondistes et mène à une cécité totale envers les peuples dits «naturels». Et puisque les manuscrits de Jean-Jacques sont inscrits à la «Mémoire du monde», il est temps de les relire, sans concessions.

Chien de race berger allemand.  L’instinct prédateur du canidé n’a pas été annihilé par la domestication. Renee Lynn/CORBIS

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Pour perdre ses illusions, il faut parfois revenir aux sources. C’est ce que je conseille à tous les admirateurs de Jean-Jacques Rousseau. Il est vrai, ses manuscrits collectés à Genève et à Neuchâtel viennent d’être admis au registre de la «Mémoire du monde» de l’Unesco. De plus, en 2012 on fêtera le 300e anniversaire de sa naissance. Alors, lisons, relisons Rousseau, non pas seulement les Rêveries du promeneur solitaire qui flattent la Suisse et la région biennoise, mais ses rêveries sur l’organisation politique de la société. Le Contrat social et sa «volonté générale» sont d’une incohérence et d’une imprécision criantes.

Le traité patauge entre les registres établis bien avant par Montesquieu. On y trouve du législateur, du souverain, une sorte de gouvernement au jour le jour, le tout trempé dans du peuple. Mais on voit mal si ces organes sont des personnes, des comités ou des assemblées générales et permanentes. Le peuple se retrouve dans la volonté générale, qui pour Rousseau est facilement identifiable. Les voix minoritaires aux deux bouts de la gamme des opinions sont déclarées en parfaite compensation les unes avec les autres, de telle sorte que l’on n’en doive pas en tenir compte. En outre, l’individualisme et l’intérêt égoïste sont exclus de cette noble société. Le comble du cynisme est atteint par la création d’une religion civile qui a pour but d’unir les gens derrière l’Etat. Les quelques récalcitrants qui s’y opposeraient sont bannis du territoire.

Depuis toujours je maintiens que les idées de Rousseau, si l’on veut concéder ce terme à ces élucubrations mal réfléchies, mènent tout droit vers Staline. La large adhésion qu’a toujours rencontrée le Contrat social provient de quelques postulats préalables, et justes, à savoir la première phrase du premier chapitre: «L’homme est né libre, et partout il est dans les fers.» Mais quand il faudrait devenir plus concret, plus pratique et praticable, le raisonnement se perd rapidement. Dans le style des auteurs du temps, Rousseau cite abondamment des exemples romains et grecs. Mais étonnamment il passe presque complètement à côté des institutions de la monarchie constitutionnelle, parlementaire de l’Angleterre, sur ses droits civiques tel le habeas corpus, donc sur la protection contre l’embastillement pratiqué par les Louis de France.

Il faut dire que certains écrits anglais ne sont pas plus démocratiques, bien que par ailleurs très ancrés dans l’admiration séculaire. Ainsi dans son Utopie, Thomas More développe à son tour, et bien avant Rousseau, une société égalitaire, mais au pas forcé, avec des contraintes, des contrôles et des conformismes effrayants. Mais il faut lire L’Utopie, ne pas s’y référer seulement!

Rousseau n’était pas à sa première illusion, quand il écrivait le Contrat social. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité entre les hommes, répondant au concours de l’Académie de Dijon, il implanta dans la société européenne la vision monstrueuse que l’état de l’homme se dégrade au fur et à mesure qu’il prend pied dans la civilisation. Cette idée a conservé son influence jusqu’à nos jours.

Le «noble sauvage» inspire encore beaucoup de tiers-mondistes et il mène à une cécité fréquente envers des individus et des sociétés dits «naturels». Le monde pseudo-scientifique s’est longtemps laissé abuser par les prétendus sauvages trouvés par Margaret Mead ou par les histoires sur les Tasaday en Indonésie dans les années 1970. Les Occidentaux, comme Rousseau, ont projeté leurs désirs dans ces gens vivant prétendument paisibles, ignorant la propriété, pratiquant une sexualité libre. Et c’est le dollar qui a tout tué…

Nous retrouvons l’idée de la volonté générale, facilement reconnaissable et de ce fait plus ou moins obligatoire dans la France actuelle. Car il y a une semaine, le Conseil supérieur de l’audiovisuel interdisait aux médias de mentionner les mots de Facebook ou Twitter. Tout simplement parce que c’est de la publicité. Ainsi réfute-t-on la civilisation en faveur de l’état naturel des choses.

 Par Beat Kappeler /le temps juin11

1 réponse »

  1. Si Rousseau élucubre que dire de M Kappeler ? Il n’a rien compris à Rousseau ou à Staline. Rousseau est un homme de son temps, où les Républiques sont aristocratiques et les monarchies absolues, sauf l’anglaise qui présentent bien des parentés avec les républiques aristocratiques. Il vaut mieux citer Rousseau :

    « Il est manifestement contre la loi de nature, de quelque manière qu’on la définisse, qu’un enfant commande à un vieillard, qu’un imbécile conduise un homme sage et qu’une poignée de gens regorge de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire». Il décrit l’injustice d’un monde qui est le sien et le nôtre.

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