Commentaire de Marché

Patrick Artus sur l’Inflation….

Patrick Artus sur l’Inflation

Désendettement ; seulement deux solutions : l’inflation ou le recul de la demande ; laquelle est préférable ?

Presque tous les pays de l’OCDE (Etats-Unis, Royaume-Uni, Zone Euro, Japon depuis longtemps…) sont confrontés à la nécessité de réduire les taux d’endettement, publics et privés. Ceci ne peut se faire que de deux manières, si la croissance reste modeste :

 – par l’inflation sans réaction de la Banque Centrale de manière à ce que les taux d’intérêt réels deviennent faibles par rapport au taux de croissance en volume ;

 – par la réduction de la demande, la hausse de l’épargne utilisée pour réduire les dettes.

On a l’impression que les Etats-Unis et le Royaume-Uni prennent aujourd’hui la première voie, la Zone Euro la seconde ; le Japon a pris (sans doute involontairement) la seconde voie il y a longtemps. Quel est le meilleur choix ?

Le premier choix (inflation) évite la « debt deflation » et la « décennie perdue » comme au Japon ;

le second choix a l’avantage d’éviter une politique monétaire très restrictive dans le futur, ce que le premier choix implique (comme en 1980) avec la perte de crédibilité. Choisir n’est pas facile.

Source et graphiques : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58259

PLUS DINFLATION EN SUIVANT :

Une très grosse différence entre 2007-2008 et aujourd’hui : l’inflation est aujourd’hui liée au cycle économique des pays émergents, plus à celui des pays de l’OCDE

 La tentation est forte de comparer la situation économique présente à celle de 2007- début 2008 : inflation due à la hausse des prix des matières premières, de ce fait banques centrales poussées à rendre les politiques monétaires plus restrictives, dépréciation forte du dollar. La faillite de Lehman en septembre 2008 a ensuite complètement modifié cet équilibre économique en conduisant à un effondrement mondial du crédit, mais il s’agit de comparer la situation présente à celle qui a précédé la faillite de Lehman.

Nous pensons qu’il y a une similarité entre la situation présente et celle de 2007 et du 1er semestre 2008 : la hausse des prix des matières premières, due à la croissance des émergents. Mais nous pensons qu’il y a une énorme différence entre ces deux situations qui est lourde de conséquences : le cycle de l’inflation mondiale est aujourd’hui liée au cycle économique des émergents et plus au cycle économique des pays de l’OCDE. Ceci a des conséquences considérables :

– grosses difficultés pour les banques centrales des pays de l’OCDE, qui sont confrontées à l’inflation alors que le chômage est encore très élevé ; en effet, l’inflation venant des émergents, elle peut apparaître alors que les pays de l’OCDE sont très loin d’être en fin de cycle d’expansion ;

 – la Réserve Fédérale, la Banque d’Angleterre et la BCE sont donc confrontées à un conflit d’objectif entre le chômage et l’inflation, ce qui serait impossible si l’inflation n’apparaissait qu’en fin de cycle d’expansion dans les pays de l’OCDE comme dans le passé ; les banques centrales faisant des choix différents (réduction du chômage aux Etats-Unis, contrôle de l’inflation dans la zone euro), l’euro va fortement s’apprécier par rapport au dollar ;

fort recul du pouvoir d’achat des salariés ; puisque l’inflation apparaît alors que le chômage, aux Etats-Unis et en Europe, est très élevé, les salaires nominaux ne réagissent pas à l’inflation (ce qui est très différent de la situation de 2007 – début 2008) et les salaires réels chutent. La zone euro est donc particulièrement affectée par la décorrélation entre le cycle de l’inflation mondiale et le cycle économique des pays de l’OCDE : politique monétaire devenant restrictive, forte appréciation de l’euro, recul des salaires réels.

Source et graphiques : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58263

Le Monde, pris globalement, va-t-il utiliser l’inflation pour réduire les taux d’endettement ?

Si la perspective est que les taux d’intérêt nominaux du Monde vont rester faibles par rapport à la croissance mondiale en valeur, alors on pourra dire que le Monde va bien utiliser l’inflation pour réduire ses taux d’endettement. Ceci sera le cas si la situation économique du Monde est inflationniste, si les politiques monétaires réagissent peu à la hausse de l’inflation et si la croissance potentielle en volume du Monde reste forte.

L’intérêt de regarder la situation globale du Monde est que cela élimine les anomalies qui peuvent apparaître pays par pays ; par exemple taux d’intérêt anormalement faibles dans le Nord de la zone euro et anormalement élevés dans le Sud de la zone euro en raison de la forte aversion pour le risque. Nous pensons que, globalement, la politique monétaire du Monde va bien permettre de réduire les taux d’endettement, les conditions citées plus haut étant vérifiées. Les taux d’intérêt vont rester inférieurs aux taux de croissance. Ceci est vrai pour l’ensemble du Monde, mais il existe des exceptions, Brésil et zone euro par exemple.

Source et graphiques :  http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58303

 

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